amawok /「ミチノセカイ」

Disques | publié le 06 Oct 2011 par | 1 727 vues

14 Juillet 2011, 17h30. Bien loin des festivités de notre Fête Nationale, je suis à Fukuoka, île de Kyushu, Japon, en train d’essayer de m’expliquer avec le propriétaire de ce magasin de disques que j’ai tout de suite repéré à côté de mon hôtel. Le Monsieur a la quarantaine, une sacrée touffe de cheveux bouclés, une salopette pantacourt, des tongs et comme la grande majorité des japonais, il ne pipe pas grand chose à l’anglais. Son jeunot d’assistant se planque dans un coin redoutant sans doute que je me retourne vers lui pour demander de l’aide. Sauf que les deux ont l’air malgré tout tellement gentils que j’insiste lourdement: "Japanese Indie music? Indie-pop? Alternative music? Local rock bands?".

Quelques petites écoutes au casque ("J’aime vraiment beaucoup la pochette, mais vous essayeriez pas de me refiler du jazz par hasard ?") plus tard et me voici reparti avec les albums de awamok et Autumn Leaf (plus un EP de remixes pour ce dernier; les japonais sont quand mêmes de bons commerçants) sous le bras, deux groupes locaux signés chez Wood-water Records, petit label du même coin.

awamok est un groupe fondé en 2008 par Hiroyuki Yokota (voix, guitares, programmations et synthés), Takashi Hanada (basse) et Takehito Kitazumu (guitare, piano et synthés). Ils seront rejoints par la suite par Yohei Furukawa (percussions) et Hatsuki Moriyama (choeurs, claviers, saxophone et accordéon). ミチノセカイ, à prononcer "Michi No Sekaï" et que l’on pourrait traduire par "Monde inconnu", est leur premier album, sorti voici bientôt un an. Sous une très jolie pochette mélangeant abstraction et impressionnisme, awamok délivre une folktronica sans prétention à l’ambiance adolescente (l’illustration toute en ligne claire représentant le groupe à l’intérieur du digipack est d’ailleurs particulièrement parlante) et onirique, avec des guitares acoustiques aux accents parfois savamment discordants, à l'electro simple et discrète, retravaillant les bruits du quotidien (des chants d’oiseau sur "曇った空、それは秋の話"), des percussions programmées ou live comme des douceurs, le tout soutenu par une voix mixée juste au niveau de flottaison, dont le ton timide renforce cet espace d’intimité. Tout au long de l’album, awamok ne s’aventure jamais au-delà du jardin musical qu’il s’est délimité, se satisfaisant de ce qu’il a ou essayant au maximum de prospecter dans celui-ci. Leur aiguille musicale ondulant plus ou moins entre folk et electronica dans un environnement constamment ouaté, le groupe propose ainsi deux versions de "春風に乗って": une première très folk puis un lemix (ceci n’est pas une faute de frappe de ma part, je tiens à le préciser, il est VRAIMENT indiqué "lemix" sur la pochette) plus électro du morceau, pour conclure l’album. Et c’est sans doute dans cette dernière direction que l’on aimerait voir awamok se diriger pour s’affirmer comme un Mùm (groupe qu’ils apprécient comme semble l’indiquer leur page Myspace), première époque, nippon.

ミチノセカイ contient huit morceaux pop en fragile équilibre, de fausse simplicité, à la beauté naïve et délicate comme autant d’origamis musicaux. Le type même de musique que l’on s’imagine écouter, entouré de japonais assis en tailleur sur un tatami, leurs grand yeux noirs ouverts, dodelinant en rythme de la tête, un murmure de sourire aux lèvres, habillés en noir et écru, sous un éclairage légèrement surexposé comme un film aux couleurs passées, tout en harmonieux contrastes. Alors tant pis si mon incapacité à lire ou comprendre la langue m’empêche de comprendre le sens des paroles des morceaux. La volonté du groupe était d’offrir une musique qui donne l’impression de flotter. A quinze mille kilomètres du Japon, plus besoin de sémantique, juste des sons, des mélodies, des voix, une douce musique et l’objectif de awamok est rempli. Ami lecteur, tu ne trouveras rien ici qui bouleversera ton quotidien. Juste le compagnon idéal de ton iPod pour accompagner ton regard lors de ta traversée en train des forêts de l'île de Kyushu. Ou pour te souvenir de ce voyage. Ou encore en rêver. Ce qui est déjà beaucoup.

En écoute: "曇った空、それは秋の話 / ミチノセカイ"

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.