Blue Hawaii / Untogether

Disques | publié le 01 Juin 2013 par | 1 037 vues

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Untogether est un premier album qui souffle un air glacé sur l'échine, un de ceux qui s'essaie au grand écart entre une electronica à la précision chirurgicale, aux inspirations parfaitement assimilées et reconditionnées (house, RnB, trance voire une certaine forme d'expérimentation) et une voix féminine toute en grâces et fragilités; un exercice de style dont les canadiens semblent être devenus les champions du monde depuis quelques années (remember Purity Ring ou encore Grimes). Cette fois-ci, ce sont les montréalais Raphaelle Standell-Preston et Alexander Cowan, couple dans la vraie vie et officiant sous le pseudo de Blue Hawaii qui jouent aux équilibristes, oscillant entre maîtrise technologique et voix à fleur de peau.

Après leur EP intitulé Blooming Summer à l'ambiance plus lumineuse et chillwave, Blue Hawaii nous propose sur Untogether un voyage introspectif en clair obscur comme autant d'intérieurs mentaux où la conscience, la voix éthérée délicate et mélodieuse de Raphaelle se disperse en découpes et collages, perdue au milieu de ricochets électroniques élégants, dans une production talentueuse et efficace aux filtres mates. Mais au lieu de se noyer dans cette entreprise de destruction et reconstruction, le discours imprègne l'atmosphère tant dans la forme que le fond: la voix restructurée se substitue à la rythmique pour décrire un état second, délimitant les frontières floues d'un vague à l'âme tenace et aride. Cette langueur parvient même à s'exprimer sur les très RnB "In Two I" et "In Two II" (tube en puissance sabordé avec un malin plaisir par le duo par une fin précipitée lorsque le morceau se fait trop pop). Quant à "Try to be", sans doute le morceau le plus chaleureux, organique et viscéral de l'album, il enchante déjà comme un bouleversant chef d'oeuvre de mélancolie réunissant intelligence et sensibilité au parfum de (souvenez-vous) folktronica. Untogether ressemble à un travail de réflexion fortement contemplatif, absolument résigné sur la solitude de l'être, sentiment parfaitement illustré sur la belle pochette de l'album: de l'impossibilité intrinsèque d'être avec autrui jusqu'à la disparition inéluctable des liens qui nous relient, les deux musiciens, tout en conservant leurs attaches, deviennent progressivement des fantômes l'un pour l'autre. Ce principe peut être pointé dans la structure même de l'album avec cet enchainement entre une abstraction de chanson comme "Daisy" et un presque dansant "Flammarion", pulsations en avant, illustration sonore d'un va et vient entre le matériel et l'immatériel. Enfin, sur l'aérien final "The Other Day", Raphaelle soupire un "Don't give up now" à l'optimisme mesuré, rempli d'illusions abandonnées contrebalancé plus tard par un "What if I didn’t care at all?" radiant d'évidence comme un abandon salvateur.

Tout au long des onze titres, Untogether développe une electronica extrêmement talentueuse et complexe, sèche et pourtant riche, hantée par une affectivité et une torpeur pudiques, sans pathos exagéré, au regard contemplatif et désabusé. Toute la séduction de l'album tient dans cet alliage abouti du glacial et du sensible, pénétrant comme une nuit d'hiver solitaire, nécessaire pour se sentir vivant.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.