Children / Leaving Home

Disques | publié le 01 Mar 2015 par | 1 011 vues

Children Leaving HomeParmi les nouveaux adeptes des plans à trois, nous vous présentons Children: deux filles, Laura et Steffi, et un garçon, André, se connaissant depuis leur enfance dans un petit village allemand appelé Neustrelitz et désormais installés à Berlin. Pourtant, on ne retrouve pas grand chose de la frénésie festive et technoïde de la capitale allemande dans la musique du jeune trio. L'électro-pop du groupe fonctionne plutôt dans le ralenti artistique un peu flou, préférant les espaces intimistes entre les battements de coeur plutôt que les rythmiques brutales et débridées des pistes de danse berlinoises.

En cela, le groupe s'inspire pour leur premier album Leaving Home de l'esthétique sonore de The XX en leur empruntant certains gimmicks instrumentaux tels que le dénuement (la ligne de guitare et les rythmiques notamment sur "Cut" ou "Grace") ou l'importance portée aux respirations. Mais ce choix ne se veut pas le reflet sensible d'une introspection ou un détachement vis-à-vis de leur sujet mais d'abord une manière de structurer leurs chansons, les éloignant un peu plus de leur précédent EP aux compositions plus directes mais aux airs de brouillons parfois confus. L'objectif autant que le résultat sont donc très éloignés de ceux du groupe de Londres.

Leaving Home porte l'empreinte d'une nonchalance paresseuse et respire des souffles de sensualité duveteuse, faussement pudiques (le single "Grace" sur lequel le mot "touch" frissonne de plaisir ou le gentiment mais tout de même délicieusement polisson "Close Strangers" sur lequel est poétiquement évoqué "There are some strange noises coming from the room, it seems like tulips are in bloom"). Les chansons sont marquées par le prisme d'une fin de l'adolescence; une période qui révèle le temps qui passe, un thème d'ailleurs au coeur de "No Future" ("No beauty will last, no future will fit, we just own the past, that's the beauty of it"). Ces caractéristiques diffusent une naissance de la maturité et un sentiment de fatalité mélancolique absolument charmants sur l'ensemble de l'album. Car Leaving Home est une collection de titres catchy et addictifs, portés par les voix chaudes de Steffi et Laura et sachant utiliser avec légèreté et parcimonie des effets respirant les années quatre-vingt (des cuivres, une boîte à rythmes, le phrasé d'une voix masculine pour rompre le chant féminin jusqu'à un "your heart is beating so hard so soon it will get hurt" rappellant le refrain du "Shellshock" de New Order)  sur "Back" ou des lignes de basse funky tendrement moelleuses sur "Quiet Voices" ; un sentiment velouteux qui se retrouve aussi bien sur le presque fébrile "Rivers" que sur le doucement évanescent "Leaving Home".

Sans prétendre à une originalité sonore, Leaving Home est une œuvre de son temps (la photographie de la pochette aux effets Instagram est ainsi particulièrement représentative), baignant dans des références mais dessinant aussi avec justesse, délicatesse et un trait doux-amer la fin d'une époque de la vie de tout à chacun; que celle-ci soit parcourue par des doux et d'infimes soubresauts n'enlève rien à l'élégance de l'ensemble.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.