Cold Mailman / Heavy Hearts

Disques | publié le 07 Jan 2014 par | 1 183 vues

Cold MailmanLa première fois que nous avons remarqué Cold Mailman, c'était fin Avril 2013 dans leur ville natale (mais cela, nous ne le savions pas encore): Bodø, bourgade norvégienne située au-delà du cercle arctique et terminus du Nordlandsbanen, le réseau ferroviaire du pays en direction du Nord. Auparavant, leurs précédents disques et leur reprise d'un morceau des Cocteau Twins sur une compilation réalisée pour commémorer les vingt ans de Magic RPM n'avaient pas le moins du monde retenu notre attention (à tort sans aucun doute). Mais ce jour de printemps scandinave pluvieux et grisâtre, même si notre rencontre s'était résumée à une affiche (similaire à la photo de l'album) collée à la vitre d'un 7-Eleven et annonçant un concert auquel nous n'assisterons pas, cela avait suffit à piquer notre curiosité: l'image de cette jeune femme tête bêche nous indiquait que le monstrueux se cache souvent dans les détails et que l'ordinaire peut se révéler renversant si nous nous y attardons un tant soit peu.

Heavy Hearts est donc le troisième album de ce groupe norvégien qui a, cette fois, décidé de prendre en charge la totalité de la réalisation (enregistrement, production, mixage et mastering) du disque. Une volonté qui pourrait paraître carrément prétentieuse mais dès les premières mesures d'"Intervention", nous nous rendons compte que le pari est réussi haut la main et de manière éclatante: morceau d'ouverture faussement dépouillé pour en faire d'autant mieux ressortir le côté à la fois classieux et subtil, porté par des violons aux arrangements élégants, survolé par la voix fragile de Ivar Bowitz épaulée par les choeurs féminins éthérés de Catharina Sletner (qui s'occupe aussi des claviers). Si les morceaux suivants prennent du muscle, ils continuent à suivre le même sillon de mélodies de haut standing et rafraichissantes, aux références rosbeefs quelques fois évidentes ("Future Ex"), s'approchant parfois du classique pop ("Heavy Hearts") tout en évitant néanmoins toujours consciencieusement le gras. Mais force est de constater que le talent et la technique même réunis n'évitent pas toujours les fautes de goûts:  "I was Wrong" est un morceau de soft-rock poussif, tiré par un pathos au souffle court, que l'on pourrait à la rigueur apprécier si un solo de guitare électrique ne finissait pas de le repousser dans les abysses de l'ennui suivi par un "Returnity" aux sonorités seventies (un saxophone, quelle idée!) ni drôles, ni vraiment excitantes et surtout lourdaudes. Mais, heureusement, lorsque le groupe décide d'emprunter des chemins plus torturés et sombres, s'aventure à baliser une pop plus électro, l'enchantement relève à nouveau véritablement le bout de son nez : que ce soit l'emballement d'un coeur affolé sur l'introduction aux synthétiseurs du presque étouffant et étouffé "Mountaineer's Foot" sur lequel le chant paraît se distendre sous l'impact de la mélodie, la ligne de basse de l'hypnotique et ténébreux "Recurring Dream" (illustré par une magnifique vidéo en forme de mises en abymes successives réalisée par André Chocron; si vous ne la connaissez pas, on vous la recommande) jusqu'à l'électropop calmement sous tension de "Venetian Blinds".

Heavy Hearts est un album à la fois extrêmement (et parfois trop) riche dans ses compositions, au style pourtant tout à fait cohérent et représente la preuve irréfutable des compétences musicales des membres du groupe. Cependant, si Cold Mailman est désormais localisé sur Oslo, le groupe ne devrait pas se laisser uniquement charmer par les rayonnements artificiels de cette ville mais continuer à se souvenir que c'est dans l'obscurité des nuits sans fin de l'hiver polaire que l'on retrouve les plus belles lumières.

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.