Craft Spells / Idle Labor

Disques | publié le 14 Nov 2011 par | 1 741 vues

Lorsque deux amis, sans se concerter, te contactent le même jour pour te conseiller d'écouter un groupe appelé Craft Spells parce selon eux "tu devrais bien accrocher", tu en déduis rapidement qu'ils te considèrent comme le type le plus prévisible au monde. Ce qui, à bien y réfléchir, est peut-être vrai. Mais bon, dans ce cas précis, il n'y avait pas grand risque de se tromper. Avec sa pochette en énorme clin d'oeil au "Power Corruption and Lies" des New Order, son "Scandinavian Crush" qui sonne comme une relecture de "The Village" sur l'album cité précédemment (avec deux notes de basse à la Peter Hook à 1'30" pour bien faire passer le message), Idle Labor de Craft Spells ne cachait sûrement pas un gros machin de Heavy Metal qui sent bon la transpiration sous les aisselles. Enfin, pas une suée de bourrin gonflé aux hormones en tous cas.

Composé, interprété (à l'exception des choeurs féminins sur "Give the time"), mixé et tutti quanti par un seul homme, en l’occurence Justin Paul Vallesteros et sa bonne tête de nerd (style Jerry Steiner dans “Parker Lewis ne perd jamais” pour les connaisseurs) de vingt-trois ans, antithèse absolue du bellâtre blondinet même si Stockton est bien situé en Californie, Idle Labor représente le condensé même du DIY sous influence indie-pop 80's. Encore un autre, me diras-tu. M'en fiche, ça ne durera pas et en attendant, j'en profite...

Écrit en réaction à son environnement social (voir son interview sur le site de Magic), Idle Labor traite en majeure partie du désarroi amoureux de l'auteur. Un discours qui est paradoxalement épaulé par le manque de moyens techniques comme reflet du désoeuvrement émotionnel du compositeur. Et même s'il en est encore très loin en terme de carrière ou même de talent d'écriture, les paroles de Justin, par leur thème de l'isolement social, ce mélange entre fatalité et apathie, jusqu'au modèle du type solitaire enfermé dans sa chambre ayant trouvé l'écriture comme moyen d'expression (on y reviendra plus loin), rappellent parfois un Morrissey période The Smiths comme sur "Party Talk": "oh my darling girl, let’s talk about your life in this empty world " tout en s'autorisant un saut de l'ange avec des rythmiques bien plus funky. Car si bien des morceaux s'accompagnent d'une mélodie entêtante, notamment un "After the Moment" sous influence, ils sont tous contaminés par une mélancolie tenace incarnée par la voix désabusée et traînante de Justin même lorsque celle-ci est à deux doigts d'être décrochée sur le rythme saccadé de "You Should Close the Door".

Il y a toujours quelque chose d'à la fois émouvant et fascinant dans ce concept du musicien isolé dans sa chambre, s'exprimant sur ses peines de coeur au travers de ses instruments de deuxième main et composant des petites perles musicales au goût doux amer. Autant d'élans de sincérité qui sonnent comme la revendication d'une timide prise de parole, une manière de s'imposer dans un univers qui lui appartient en propre. Une envie que la plupart d'entre nous (oui, je parle de toi aussi ami lecteur, ne regarde pas derrière toi) avons dû ressentir et aurions aimé exprimer si nous en avions parfois eu le talent.

Toujours est-il que depuis la parution de l'album, Justin a débauché des potes musicos de sa connaissance et affichant le même look pour ne pas dénaturer, pour une tournée américano-européene qui vient de se terminer (et dont j'ai manqué la date parisienne). Avec, je l'espère pour eux, plein d'histoires de groupies et de drogues. Cela fera un bon sujet pour un remake du film "La revanche des nerds".

En écoute: "Scandinavian Crush"

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.