Day Wave / Headcase EP

Disques | publié le 29 Déc 2015 par | 2 047 vues

daywave_headcase EPA posteriori, il n'y a évidemment rien d'étonnant à ce que Headcase, le premier EP du projet solo de Jackson Phillips, Day Wave, squatte nos platines régulièrement de façon presque obsessionnelle tant ce disque semble avoir été écrit pour s'installer avec bonheur dans nos oreilles. L'ancien membre du duo electropop d'Oakland, Carousel, a sur ce coup imaginé une bedroom pop crépusculaire et lo-fi, flirtant avec la new-wave, aux guitares indie et surf pop, aux lignes de synthétiseurs rase-mottes et aux mélodies joliment amères, suffisamment et doucement entrainantes pour arriver à nous faire craquer comme une série de frêles biscottes entre les gants de boxe d'un Mike Tyson sous amphétamines.

Tout autant que ses attraits sonores, c'est l'ambiance générale du EP qui emballe: ce décalage constant entre les mélodies catchy et la morosité à la fois honnête et profondément humble de ces textes dérisoires de fin d'adolescence. Sur le disque, tout tient de l'ordre du sentiment dérisoire, dispensable et anecdotique mais la sincérité, l'universalité, la modestie du discours et le rendu de celui-ci rendent la combinaison juste particulièrement désarmante et attachante. Ici, il n'est question de ne rien remuer d'autre que l'ennui jusqu'à en perdre son identité ("Nothing at All"), de la peur de n'être que le relou de service ("Drag") ou juste de ne pas être à la hauteur d'une relation amoureuse ("Total Zombie"). Légèrement différent dans son rendu sonore doucement plus agressif, "We Try But We Don't Fit In" conserve néanmoins ce contraste doux amer du disque tandis que "Headcase" en résume l'esthétique générale et le conclue sur des choeurs discrets et omniprésents et une note musicalement plus optimiste.

Il y a constamment chez Day Wave cette nostalgie post adolescente crampon, cette farouche sensation d'indépendance qui paradoxalement amène aussi à toujours se sentir seul. Mais le traitement est ici si simple et direct dans sa mise en scène qu'il rend même la déception amoureuse totalement enivrante. Si cela reste toujours un soulagement de réaliser qu'il est encore possible d'écrire d'excellentes et réussies pop songs construites sur cet équilibre à la fois précaire et rare, tristes et réservées mais pourtant dansantes et légères, il n'y a évidemment rien de spécialement original dans ce domaine; ce sillon a déjà été pas mal creusé par une quantité non négligeable de musiciens. Mais Day Wave en est aujourd'hui l'une des plus belles promesses.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.