Dominique A – Nuits de Fourvière (Lyon), 18/06/12

Live | publié le 21 Juin 2012 par | 3 867 vues

Voilà bien une date qu'on attendait avec impatience! Après plusieurs semaines à se délecter du dernier album de Dominique A, Vers Les Lueurs, nous avions rendez vous avec le chanteur ce 18 juin au théatre antique de Fourvière pour un concert un peu particulier en deux parties, grand écart de style surplombant les deux albums les plus distants de sa carrière et les vingt années qui les séparent. En première partie était revisité le tout premier, La Fossette (sorti en 1992) alors que l'autre versant de la soirée, plus conséquent, serait consacré au dernier disque sorti en mars, joué dans sa forme originale avec section rythmique (basse-batterie), piano et quintette à vents.

Il fait encore jour lorsque le trio entre sur scène. Dominique A salue l'assemblée, accompagné par Thomas Poli (guitare, claviers) et Nicolas Meheust (piano, accordéon), et entame une réinterprétation de La Fossette presque sans temps mort. Les morceaux sont réarrangés et leur son est remis "au goût du jour" (grâce notamment aux nappes synthétiques de ce qui ressemble fort à un Korg MS-20), néanmoins ils conservent le minimalisme de leurs versions premières, et l'instrumentation reste fidèlement au service du chant et des textes. Au bout d'une petite heure de cette présentation touchante, c'est une impression positive qui domine, mais ce premier set aura parfois été inégal - entre moments forts et captivants ("Va t'en", "Le Courage des Oiseaux", sublimés par leur nouveau visage, "L'écho" en final) et petites pertes de  rythme et de vitesse. Au final, l'idée de rejouer un album en intégralité vingt ans après sa sortie semble bonne mais se révèle vite un exercice assez difficile - certains morceaux se prêtant mieux à la scène que d'autres, et les versions retravaillées négociant plus ou moins bien les deux décennies qui les séparent de leur source. On retient le meilleur de ce set et on se prépare à la suite alors que la lumière du jour décline...

L'ambiance change résolument pour le début de cette seconde partie : la nuit est presque tombée et l'Odéon compte désormais en plus un batteur, un bassiste et un quintette à vent en arrière-scène (flûte, hautbois, basson, clarinette et saxophone soprano) ; au total, pas moins de dix musiciens. Après une courte introduction les notes de "Contre un Arbre" se font entendre : le son est d'une grande qualité (l'Odéon bénéficie d'une acoustique remarquable), la configuration de la scène offre une proximité vraiment plaisante avec les artistes, seuls quelques petits mètres séparent le chanteur du premier rang... Les chansons de Vers Les Lueurs se succèdent ainsi que quelques titres extraits des mêmes sessions ("Mainstream", excellent morceau très rock - un peu trop peut-être pour figurer sur l'album?) et le concert ne tarde pas à décoller, les guitares prenant de plus en plus le dessus sur les vents alors que la setlist se déroule. Sur "Vers Le Bleu", impossible de rester assis plus longtemps, bien que ce soit pourtant l'usage dans ce "petit" théatre : suivant l'exemple d'un courageux spectateur* qui se lève et s'engage dans une danse solitaire effrénée, c'est toute la fosse et une partie des gradins qui finit par le rejoindre et se lève pour se bouger le derrière à son tour. Magique ! Coté musique, on assiste sans que cela se fasse trop ressentir, à du très haut niveau ; par la présence de monsieur Dominique A en tête bien sûr, sa gestuelle à la fois élégante et fiévreuse, sa façon de chanter en laissant ses textes l'habiter littéralement - mais également, dans la lumière, par le talent de ses musiciens qui s'exprime ouvertement. On est notamment bluffé par Thomas Poli, jeune complice de Dominique A depuis quelques années maintenant, véritable "couteau suisse" aussi à l'aise au clavier qu'à la guitare (parfois les deux en même temps) ; le garçon manie les sons et utilise les effets avec originalité et dextérité, et on se prend d'ailleurs à penser que sa part de responsabilité dans les arrangements des guitares de l'album pourrait bien ne pas être négligeable.

A l'image de la balance qu'on retrouve sur le disque, il règne un équilibre parfait entre énergie, rythme ("Close West", les harmoniques de "La Possession") et retenue des titres plus orchestrés au tempo soutenu ; souvent, les guitares et les instruments à vent semblent se tourner autour, et se passer successivement les unes devant les autres.

Alors qu'on s'approche de la fin du set, Dominique A annonce "Ce Geste Absent", ajoutant qu'il s'agit "de la chanson préférée de sa maman" ; le genre de petite phrase anodine qui pourrait pourtant résumer l'ambiance du concert à elle toute seule, une douce sensation d'intimité partagée lors de ces presque trois heures. On reste dans l'émotion forte avec "Le Convoi", long titre de plus de dix minutes en lent crescendo, s'acheminant vers "Par Les Lueurs", ces lueurs qui nous enveloppent, nous traversent, puis finissent par s'éteindre avant que d'autres, plus agressives, nous réveillent. Un peu étourdis par la beauté simple du moment qu'on vient de traverser, il nous reste alors à l'esprit ces quelques phrases qui retentissent un peu plus fort que les autres, et tournent sans vouloir nous quitter : "A mimer la joie de l'ivresse / Sous les rires des feux de détresse / Qui ne s'éteignent jamais vraiment / Ce soir tu m'as vu autrement".

Quittant la scène sous une standing ovation, les musiciens reviennent nous saluer sous la traditionnelle pluie de coussins. Mais ne pouvant décemment pas mettre si tôt un terme à la soirée, le chanteur Brestois revient accompagné de son accordéoniste pour une superbe version alternative du "Sens", titre extrait de son album La Musique. Il est ensuite rejoint par le reste du groupe pour une interprétation bonne enfant de "Hasta Que El Cuerpo Aguante" et "Le Métier de Faussaire", histoire de finir en beauté. Le pari des nuits de Fourvière est réussi ce soir ; Dominique A nous a offert un concert magnifique qu'on est pas prêt d'oublier.

Crédits photo : Audrey Prud'homme
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* Salut Melville! ;)

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).