Eve & the Travelers – Le Huit Bis (Roquemaure), 30/01/2016

Live | publié le 07 Fév 2016 par | 781 vues

DSC07649Eve & the Travelers est un parmi les jeunes groupes prometteurs que l'on rencontre dans le paysage français des musiques actuelles. Originellement formé il y a cinq ans par Eve, le groupe s'est stabilisé autour du song writing de sa chanteuse, dans une formation à quatre – claviers, lead guitare, batterie et chant. Repérés par les Inrocks Lab, les montpelliérains d'Eve & the Travelers ont testé une grande scène en ouvrant pour Emilie Simon à la Paloma de Nîmes. Ils ont enregistré un premier EP , le justement nommé Landscapes si l'on considère les paysages sonores du groupe, et proche des univers de Leslie Feist (sans compter avec une certaine ressemblance physique) ou Dark Dark Dark.

Sur scène, Eve & the Travelers, c'est d'abord une voix jazzy au chant syncopé, écho de Sarah Vaughan ou Nina Simone. Les mélodies sont ciselées et leurs humeurs mélancoliques, portant les textes d'Eve en anglais. Ce chant est rarement heurté, évocation de lieux ou de personnages ("Kika Bay", "Meadow"), de nostalgies de fin d'adolescence ("Travelers", "Lost") ou de peurs d'enfants ("Fears"). La musicalité des orchestrations traduit une maîtrise et un éloignement de toute improvisation. Le groupe joue précis et reste attentif. On lui suggérerait presque de lâcher prise à quelques moments, ce qui sera l'étape suivante à franchir dans la progression des Travelers. Appuyés sur un répertoire aussi construit, ils ne risquent rien à s'y essayer.

Le jeu de guitare lead de Maxime (on désignera chacun par son prénom comme le fait le groupe lui-même) est singulier et riche en harmonies. Sur un modèle Schecter peu connu - « choisi en fonction de critères précis » dit le guitariste – il orne le chant et les notes acoustiques d'Eve, d'arpèges et de montées chromatiques. On y devine des réminiscences d'un Jeff Buckley qui ne saisirait que l'essentiel et d'un Jonny Greenwood (Radiohead), célèbre adepte de phrases emberlificotées. Les claviers de Mathieu créent d'autres nappes d'ambiances ou des séquences plus rythmées (piano) et posent les fréquences basses des titres. Le jeu de Sébastien (batterie) est tout en nuances, d'une précision enviable, qui tire son caractère d'un relatif classicisme, lui donnant de l'efficacité sur les tempos médiums ou lents de la plupart des titres ("Lovely Corner"). Le public accroche et se laisse séduire par des couleurs qu'on retrouve chez des groupes comme Grizzly Bear, St Vincent ou Angus & Julia Stone - autres formations avec lead singer féminin. _DSC2395

Eve & the Travelers sont post-rock, qui ne mettent pas en avant l’ego dans leur prestation live et restent au service de la musique. Post-rock dans le sens d'un changement des données et dans la mesure où le rock peut être en mutation, comme leur musique, mixage de plusieurs tendances. Au moins deux sont évidentes. Ils sont folk ("You" – guitare et chant seuls avec sitting du public) et pop. Soit une formation folk-pop à moins que ce ne soit l'inverse? Mais folk parce que c'est la première proposition chant-guitare acoustique qui initie l'écriture de chaque titre.

Chez les Travelers on oublie revival ou recréation d'un genre. Maxime: « Ça m'ennuierait d'être dans un groupe de rock au sens strict ». Eve & the Travelers font partie d'une nouvelle génération de musiciens, âgés de moins de trente ans, bluffante de maturité et aux talents d'instrumentistes réels. Pas franchement rebelle mais pas résignée pour autant, et qui recherche quelque chose de l'ordre non pas d'un consensus mais d'une harmonie. Le public du Huit Bis, resté sous le charme jusqu'au bout du set, en a connu le goût avec un plaisir évident.

Le quatuor montpelliérain et niçois donnera plusieurs concerts ce printemps 2016. A Paris, Lyon et en région sud. Ils accompagneront la sortie de leur second EP prévu en Avril et soutenu par le label de Montpellier Kiwi records.

Photos: Nicolas Facenda

Vidéo: Jack Moulin

http://www.eveandthetravelers.com/

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Posté par Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.