Future Islands + Triviale Beauté – Sonic (Lyon), 11/07/11

Live | publié le 12 Juil 2011 par | 2 500 vues

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il règne déjà comme une légère ambiance de vacances un peu partout - je dis "déjà" parce que j'ai quitté le monde des étudiants il y a plus d'une décennie maintenant, ce monde magique et surréaliste où l'on commence à se souhaiter de bonnes vacances d'été alors que les skis n'ont pas encore fini de sécher (je plaisante hein, allez pas me foutre les confédérations étudiantes sur le dos, déjà que leurs bérets à pin's m'ont toujours fichu la trouille). Bref, peu de monde dans les rues aux heures de pointe, la moitié des bureaux vides, et le Sonic qui organise déjà sa dernière date de la saison, avec en invité un gros coup de coeur de l'équipe, le trio de Baltimore Future Islands: post-wave boum-boum et electro, ça sent l'été et le charbon de bois.

Une fois n'est pas coutume, c'est à nouveau Triviale Beauté, duo du coin, qui a la lourde tâche de chauffer le public à blanc en ouverture. Le groupe ne nous est donc pas inconnu puisqu'on l'a déjà vu il y a quelques mois partager l'affiche du même lieu avec Crocodiles, et qu'accessoirement Thibaud, guitariste de son état, officie également au sein de Pan Pan Pan et sous le pseudonyme quadriphonique Raymond IV, projet solo qu'on vous avait présenté il y a quelques temps. De nombreuses et variées facettes musicales, et celle de Triviale Beauté ne fait pas exception à la règle: la musique proposée par ces deux garçons s'inscrit délibérément dans une esthétique "dark eighties", cold wave et electro à souhait, chant monolithique, statures droite, claviers ostentatoires et boîtes à rythmes typiques des Suicide et autres A Flock of Seagulls (deux ans que j'attendais de placer le nom de ce groupe dans une chro, merci les gars). Assez pour rebuter les plus réticents aux piliers de cette époque (ils étaient peu nombreux ce soir) mais sur un vieil ours comme moi qui a commencé à écouter de la musique avec A-Ha, Alphaville et Depeche Mode (et encore, j'ai quelques années de retard là) ça fonctionne à merveille : mention spéciale au titre "Take a Picture", ultra immédiat et efficace. D'autant plus qu'au delà des claviers et des progs, il y a une guitare plutôt bien sentie qui - lorsqu'elle n'est pas employée à servir des motifs mélodiques tout devant - soutient habilement des morceaux au tempo plus aéré, à l'aide de nappes enveloppantes et divers effets d'espace (reverb, delay) bien placés. On avait apprécié le set en ouverture de Crocodiles, celui de ce soir confirme la tendance. Pour les curieux ou les absents, ça s'écoute ici.

Après une grosse frayeur pendant le changement de scène provoquée par une coupure d'électricité et le saut des plombs (heureusement vite réparée, la panne), les trois amerloques de Future Islands montent sur scène. Une scène quasi déserte puisque l'ampli du bassiste, quelques pédales, et un ensemble clavier + laptop, disposés contre le fond de la scène, sont les seules traces de matériel qu'on peut y trouver. Entamant la setlist avec un extrait de leur premier album - que je n'ai pas suffisamment écouté pour en reconnaître les titres - ce sera pourtant bien le dernier en date, In Evening Air, qui sera à l'honneur: "Inch of Dust", "Long Flight", "Walking Through That Door" entrecoupés de quelques nouveaux titres - un album devrait voir le jour en octobre, info d'après concert - et autres extraits plus rares de Wave Like Home ("Old Friend").

Sam Herring (chant) assure le show quasiment à lui tout seul,  injectant dans sa voix caméléonesque si particulière grognements, et soubresauts guturraux. Il semble littéralement possédé, se frappe parfois la poitrine et le visage violemment, suant à grosses gouttes et gesticulant, envoyant au public des regards exorbités et faisant état d'un charisme hallucinant qu'on n'avait pas vu depuis longtemps, certains sous-entendront depuis le dernier passage d'Oxbow sur les planches du Sonic. Finalement c'est un équilibre qui fonctionne parfaitement: le clavieriste et le bassiste, concentrés, discrets qui dictent et gèrent le fond et l'énergie sonores - et à bien les regarder ils ont du mérite, car les morceaux de Future Islands sont particulièrement denses, et seule la boîte à rythme semblait pré-enregistrée - et Sam qui occupe le champ visuel et la quasi-totalité de l'espace sur scène. Le résultat est diablement efficace, et en tout cas, le public est largement conquis: rarement on aura vu le public lyonnais danser à un concert comme ce soir là - et moi-même qui ai à peu près la grâce d'une otarie, je me suis vu pris d'une envie frénétique et irrésistible de remuer le postérieur (certains n'ont pas manqué de me le faire remarquer, merci à eux pour leur sollicitude).

Après "Tin Man", "Vireo's Eyes", et un rappel de deux titres dont un morceau de fin parfait, "Little Dreamer" (extrait du premier album lui aussi) le groupe quitte la scène en remerciant chaleureusement le public et le laissant s'extirper, avec un sourire béat, de la moiteur accumulée pendant cette heure approximative qu'a duré le concert, pour sortir sur le pont avaler une grande gorgée d'air (presque) frais entre deux autres de Grihète. Si on ne se retenait pas, on dirait bien que c'est le meilleur concert auquel on ait assisté cette année, mais raisonnable qu'on est, on va attendre un peu et garder ce genre de considération hiérarchique vulgaire et puérile (et dont on raffole, faut-il le préciser) pour le mois de décembre: quand il fera froid, qu'il neigera ou pire, qu'il tombera des cordes et qu'on se souviendra que cet été, on crevait de chaud - mais que c'était finalement pas si mal.

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).