Grrnd Zero birthday party – Rail Théatre (Lyon), 16-17/09/10

Live | publié le 20 Sep 2010 par | 2 460 vues

A chaque nouvelle rentrée des classes, on a droit à la birthday party du Grrrnd Zero ; cette année (tout est bon prétexte à faire la fête) on célèbre les six ans de l'association des trublions, et il faut leur reconnaître qu'ils ont (avec l'aide de quelques structures qui programment habituellement sous leur égide) préparé un programme des plus sympathiques. Deux soirées, la première n'étant autre que l'accueil de la tournée de "la Colo" dont on vous parlait il y a peu, et la deuxième - le jour suivant - proposant les japonais de Melt Banana et D.V.D. (un combo atypique dont le nom signifie en fait Drum Video Drum), ainsi qu'un duo d'impro sax / guitare et les locaux de Chevignon.

On décide d'arriver à l'heure en ce jeudi soir, parce que même si on est là (nous aussi) principalement pour voir les  trois Montpellierains de Marvin qui ont bien buzzé depuis la sortie de leur excellent Hangover The Top, on se dit que l'affiche est quand même quasiment un sans faute: les quatre groupes sont véritablement parmi les meilleurs de ceux qu'on peut voir et écouter en Hexagone en ce moment, et ils s'apprêtent à en faire la preuve par l'image - et par le son. Je suis donc le tout premier à pénétrer dans l'antre du Rail théatre, félicité chaleureusement pour cette prouesse par un des membres de GZ , et suivi de près par un collègue qui a eu lui aussi la bonne idée de se pointer assez tôt pour voir le premier groupe: oui parce que les quatres formations ont pris l'initiative de tourner sur l'ordre de passage, et ce soir, c'est au tour de Marvin d'ouvrir le bal. Pas de bol pour les retardataires, et malgré les coups de fils passés pour presser les (encore) absents, crois-moi, plus d'un s'en mordent encore les doigts. Il y a de quoi.

Le trio attaque donc devant un public clairsemé, mais qui s'étoffe rapidement, alors que la file d'attente se rallonge dangereusement à l'extérieur. C'est la première fois que je vois Marvin en live, et contrairement aux craintes que je pouvais avoir leur musique se révèle diablement efficace, tout aussi efficace que sur disque - disque que j'ai adoré et que je classe lui aussi dans les meilleures surprises de l'année pour l'instant. Le groupe enchaîne tube sur tube, et fichtre, diantre, sacrebleu, leur hybride rock/electro/funk/technoïde parvient sans peine aucune à chauffer l'ambiance à blanc. Phénomène amplifié par le fait que de toute évidence, le groupe s'amuse, et il le montre! Les trois gugusses ont des bornes au compteur et les titres s'enchaînent avec facilité, sans pause trop longue ni trop courte. Un set réglé comme du papier à musique, à la suite duquel le trio quitte la scène devant les visages déconfits de ceux qui viennent tout juste de parvenir à rentrer dans la salle. Je leur dédie pour ma part ces deux vidéos pourries en espérant que cela leur fera plaisir et apaisera un peu leurs regrets.

C'est Papier Tigre qui prend la suite. C'est là aussi la première fois que je vois le groupe, dont la formation est finalement assez classique: deux guitares et une batterie. On en profite pour constater que de plus en plus de groupes se passent des services d'un bassiste, ayant recours à divers subterfuges pour gonfler le son des guitares. Chez Papier Tigre, en tout cas, cela fonctionne très bien, et si la musique des trois compères est loin d'être aussi groovy et entraînante que celle de Marvin, elle ne manque certainement pas d'énergie et provoque elle aussi son effet sur le public (désormais plus nombreux et décemment réparti). En ce qui me concerne je peux dire que j'ai pris une véritable claque, devant la maîtrise des éléments rythmiques qui s'enchaînent sans vraie logique, mais le chant aidant, en laissant pourtant aux compositions une fluidité pas désagréable du tout. Mention spéciale au batteur qui m'a tout bonnement impressionné.

Parlons en des batteurs, tiens. Le batteur de Marvin, sec comme sa frappe de caisse claire; celui de Papier Tigre, à la précision métronomique; celui de Pneu qu'on a pas encore vu ce soir mais dont la prestation en première partie d'Oxbow il y a peu nous avait déjà bien marquée à ce niveau là; c'est la soirée des batteurs de ouf, et celui d'Electric Electric ne va pas me déroger à la règle. On me confiait à la suite du concert que leur set au Sonic en octobre dernier avait fait encore meilleur effet. Voilà qui me fait regretter de ne pas y avoir assisté parce que le rock hypnotique du trio strasbourgeois (lui aussi est un trio) est un mélange explosif de noise, de groove et de dance totalement frénétique qui, ce soir, colle illico des fourmis dans les fesses.

Sorti pour discuter un peu du concert de Marvin avec ceux qui l'ont raté (quoi, non, je remue pas le couteau mais t'avais qu'à arriver à l'heure aussi merde) la musique me rappelle à l'ordre: la surprise est de taille. Electric Electric livre un show carrément apocalyptique, et laisse à Pneu le soin de clôturer dignement la soirée. Les Tourangeaux s'installent alors par terre au milieu de la salle, comme à leur habitude, et c'est parti pour une démonstration hallucinante de math-rock-noise-punk. Le duo guitare batterie s'en donne à cœur joie, et malgré l'énergie du set, je déclare forfait au bout d'une demi-douzaine de titres, épuisé que je suis par une longue journée de labeur - et c'est pas le tout mais c'est qu'on remet ça demain ma bonne dame. Je quitte donc les lieux, un peu avant l'arrivée de la bleusaille m'a t'on dit par la suite - les problèmes de voisinage du Rail Théatre sont toujours d'actualité et il m'est avis qu'on a pas fini d'en entendre parler.

Peu importe, cela ne nous empêche pas de remettre le couvert, en on est de retour ce vendredi soir - à la bourre cette fois ci, ben ouais, c'est ça de se moquer des autres, on finit toujours par avoir la poisse soi-même, quelle belle leçon de vie. Je manque donc le premier groupe, un duo mixte d'impro saxophone/guitare dans lequel on retrouve Andy Moor, ancien guitariste de The Ex. Hazam vous raconte ça très bien (le reste de la soirée aussi d'ailleurs, des fois je me demande vraiment pourquoi je m'escrime à parler des concerts que je sais pertinemment qu'on va tous les deux rapporter, alors que j'ai une pile d'au moins quinze disques en retard à chroniquer sur mon bureau. Whatever.), moi je file au bar m'abreuver abondemment, c'est que tous ces concerts en deux jours ça vous donne une soif d'étudiant en médecine, et soyons honnête pour une fois, je n'ai pas gagné le slogan officiel qu'arbore ma nouvelle bannière (et dont je ne suis absolument pas responsable) en sirotant du lait de soja.

C'est donc D.V.D. (Drum Video Drum) qui enchaîne. Concept plutôt rigolo, deux batteurs qui jouent et un troisième larron qui semble contrôler un programme qui diffuse des images réagissant aux rythmes et aux sons produits par ses deux collègues. C'est pas mal fichu, ça a un petit coté Nintendo rigolo, ça fleure bon le vieux Mario Bros des familles et ça rappelle même aux plus anciens de la salle (la moyenne d'âge est de plus en plus jeune dans ces soirées, c'est effrayant, il va falloir faire quelque chose, quoi, mais non je vieillis pas) leur parties endiablées "Arkanoïd" - voire, comme on me le faisait remarquer, "Pong". (Si tu as vingt ans, que tu n'es pas un geek boutonneux et que tu n'as pas la moindre idée de quoi je parle, pas de panique, c'est tout à fait normal). Mais si c'est marrant à regarder, ça devient vite chiant à écouter et en on vient à se rendre compte que le groupe ne joue vraiment pas fort, et que c'est une très bonne chose.

Les quatre foutraques de Chevignon prennent la suite. Je les avais vus au Grrrnd Gerland il y a à peu près un an de celà, sans être vraiment convaincu par le propos si tu te souviens bien. Et bien il n'a pas vraiment changé, le propos, même si j'avoue (peut-être à cause de la scène plus accueillante du Rail) que j'ai pris un peu plus de plaisir à les écouter jouer cette fois-ci, sans doute le fait que je savais un peu à quoi m'attendre. Ce n'a apparemment pas été le cas de tout le monde, certains manquant peut-être du second degré que ce genre de musique (& paroles) exige, parce que quelques esprits (je devrais peut-être utiliser des guillemets à esprits, là) dans la fosse se sont un tantinet échauffés, et on a échappé de peu au concert qui dégénère en baston. Tout ça s'est heureusement fini dans la joie et la bonne humeur une fois les japonais de Melt Banana montés sur scène.

Le quatuor nippon n'en est pas à son premier passage chez nous, et joue ce soir devant un bon parterre de gens déjà ralliés à sa cause. C'est dans le noir complet que le set commence, la chanteuse et le guitariste (lampe frontale vissée sur le crâne, comme les locaux de Celeste à leur habitude) balançant un mix de hardcore electro-technoïde bruyamment saccadé pendant quasiment un quart d'heure, avant d'être rejoint par le reste du groupe. Les lumières se rallument alors et le set plus "conventionnel" commence. La musique de Melt Banana est extrêmement efficace, c'est une sorte de noise punk déstructurée joviale bruitiste à souhait - le guitariste s'en donne à coeur joie sur sa pédale Whammy, et la chanteuse saute de partout comme une gymnaste dopée qui se serait enfilée à elle toute seule une palette de Red Bull (l'occasion de réaliser que l'infrastructure du Rail offre un terrain de jeu tout à fait adapté aux adeptes de la varappe en salle de concert, cf ci-dessous).

Les presque quatre-vingt minutes qu'auront duré le set seront passées comme une lettre à la poste; il n'en fallait pas plus, mais Melt Banana a prouvé qu'il est un sacré groupe de scène, et tout le monde semble d'accord à le leur accorder. Après un concert des plus intenses et énergiques, un rappel de cinq ou six minutes au cours duquel le groupe trouve le moyen de jouer quasiment dix titres, la lumière se rallume, et on finit tranquillement de souffler ces six bougies en tapant la discute - sans le passage de la brigade sonore ce soir. La saison peut commencer...
C'est parti pour 2010 - 2011.

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).