Hawaii94 / Nightvision EP

Disques | publié le 25 Fév 2014 par | 1 127 vues

Hawaii94_Nightlife_240Alors bien sûr, ce n'est pas le genre d'electronica à laquelle la maison Stellar Kinematics (le label d'Opale) nous avait habitué: trop de lumière par ici, trop de vagues de chaleurs, de contrastes bigarrés pour nos spécialistes parisiens de la cold wave. Et pourtant, selon toute vraisemblance, ces deux contraires se sont bien rencontrés et appréciés; une union sans doute rendue possible par la distance et la magie de l'équateur. Car Hawaii94 est un musicien, un autre "DIY bedroom producer", vivant aux antipodes, de l'autre côté de la terre: en Australie, là où il fait jour tandis que chez nous, il fait nuit, où c'est l'été durant notre hiver. Hawaii94 habite pourtant à Melbourne; en aucun cas une ville tropicale. Mais il semblerait tout de même que les murs de la chambre à coucher du bonhomme, striés par des rayons du soleil traversant les stores, dégoulinent de moiteur alanguie jusqu'à imprégner les compositions de son Nightvision; un EP de cinq titres d'electro pop chétive et blanche comme un cul.

Sur le premier morceau, "Runaway", les échos vocaux déterminent un espace sonore et solaire hanté par un chant à la fois paresseux et presque sans substance accompagné de restes d'instrumentation comme autant de soupirs d'une lascivité endormie et négligée. "Fresh Blood" avec ses bons vieux gimmicks sonores estampillés eighties, fantasme sur des montures des lunettes de soleil fluorescentes, des chemises flashy débarquées de Sauvés par le Gong et des vestes roses trois fois trop grandes; Miami Vice style. Si le début de l'album se prélassait dans un entredeux somnolent et rêveur, "Sliding Doors" réveille un moment la calme léthargie de l'ensemble en rassemblant les caractéristiques stylistiques du disque et en déverrouillant sa structure pop par l'intermédiaire appuyé des rythmiques et des synthés, des riffs de guitare pour conclure le morceau tout en entretenant continuellement son identité engourdie. "3797" est le moment romantique et langoureux du disque: un slow pour geeks construit sur de longues notes de synthétiseurs et au refrain addictif, rafraichissant et fondant comme un glaçon dans un diabolo menthe en plein été. "Apparition" clôt le disque sur une ultime tentative de réveil, de construction d'un classique pop abandonnée les bras ballants comme pour résumer le charme de Hawaii94: une production astucieuse de gringalet portée par une attitude de somnambule, un flou artistique constant comme un poster de soleil couchant sur l'horizon et se transformant par la grâce de l'engourdissement en tâches de couleurs vives mais indistinctes.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.