Ivy / All Hours

Disques | publié le 18 Jan 2012 par | 1 392 vues

Je l’avoue. Au mois de Septembre, j’ai écouté puis laissé de côté le dernier album de Ivy intitulé All Hours. Une mise à l’écart qui (même si tu t’en fiches royalement, ami lecteur), avec le recul et particulièrement au vu de ma relation passée avec la musique de ce groupe, apparaît aujourd’hui un peu cruelle. Mais ce léger dédain semblait alors s’expliquer comme la révélation d’une amourette tout à coup dépassée, marquée par six années d’absence depuis l’album Into The Clear ; l’un d’entre nous avait-il stagné pendant que l’autre évoluait? Cette rapide interprétation, résonnait, je te l’accorde, comme un bilan de rupture digne des "Feux de l’amour".

Pourtant, c’est de constance dans la qualité dont il a toujours été question avec le trio new-yorkais : éminents représentants d’une pop à guitares aux contours parfaits orchestrée par Adam Schlesinger (Fountains of Wayne) et Andy Chase (Brookville) et dans laquelle la voix de la française Dominique Durand distille avec son accent et sa classe des saveurs douces amères. Et ce n’était certainement pas le virage électropop de cet album, construit sur des rythmes programmés, qui pouvait me décourager, étant plutôt friand de ces manoeuvres de pilotage lorsqu’elles sont parfaitement contrôlées.

Après donc quelques mois, la combinaison de la nostalgie des moments partagés entre la musique de Ivy et moi-même depuis Apartment Life en 1997 ainsi que le hasard réincarné sous la forme rectangulaire de mon iPod en mode shuffle m’avaient décidé à jeter à nouveau un coup d’oreille sur cette galette. Et de rapidement comprendre ce qui m’avait fait tiquer sur All Hours et ressentir un à priori pas-défavorable-mais-presque, à son endroit : en l'occurrence, le titre d’ouverture "Distant Lights", poussif et sec, engoncé dans un costume de strass mal taillé. Pour faire la toupie sur les dance floors, on lui préférera largement la plupart de ses confrères au cachet électro de l’album : le bien nommé et balnéaire "Lost in the Sun", le catchy "She Really Got Into You" porté par ses clavier nineties ou encore "Fascinated", deuxième single de l’album sur lequel on s'émoustillera au ralenti, tout en retenue, ponctué par les "hahahahaha" délicatement sexy de Dominique et les effets sonores au charme désuet. Mais l’électropop d’Ivy ne se contente pas de faire remuer des fesses, elle se conjugue harmonieusement avec une mélancolie tenace comme sur "World Without You" au format sensiblement éloigné des constructions pop habituelles du groupe.

Ces nouveaux penchants électroniques n'éloignent pas pour autant Ivy de ses prédispositions génétiques : on reconnaît ainsi dans "Suspicious" cette tendance à envisager la musique comme un objet ludique avec ses hand claps et son piano tout en ricochets. Tandis que "Everybody Knows" et ses guitares s'intègreraient sans difficulté dans un album plus classique du groupe, accompagné, pour l’occasion, par un "The Conversation" plein de délicatesse qui fait plier sans peine mon coeur d’artichaut.

Malgré tout, on retrouve encore chez Ivy une sorte d’indolence, de manque d'agressivité, du trop propre voire une recherche du conventionnel à la fois dans les compositions et la production ; un choix qui pourrait s'interpréter comme un total manque d’arrogance et d’ambition comme si le talent d'écriture, les mélodies imparables, l’intelligence et la richesse des arrangements se suffisaient à elles-mêmes. Dans de telles conditions, il reste compliqué de s’enthousiasmer sans réserve et force est de constater que si de ce côté du palpitant All Hours n’a pas déclenché un retour de flammes, il a su raviver des braises.

En écoute : "Fascinated"

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.