Lambchop – Paloma Club (Nîmes), 02/02/17

Nashville skyline

Actif depuis la fin des années 80 le collectif Lambchop, s’est fait connaître avec une country alternative – genre hybride aussi roots que post-rock – qui pour les musiciens de Nashville réunis autour de Kurt Wagner, a pris la forme d’indéniables réussites avec l’enlevé Nixon (2000), le très subtil Is a Woman (2002) ou encore le plus récent Mr. M (2012), album hommage à l’ami disparu Vic Chesnutt.
Mais parler de Lambchop c’est évidemment parler de Kurt Wagner. Song writer prolifique et charismatique, également artiste peintre, le quinquagénaire à lunettes et immuable casquette, a ainsi écrit et composé une quinzaine d’albums mis en musique avec un groupe aux dimensions variables. Pour Wagner, l’expérience Lambchop consiste en une très personnelle visite du patrimoine Americana, comme en une description critique de la société américaine. En témoigne le clip de « NIV » extrait de Flotus (paru en Novembre 2016) qui joint à la bande son de l’album un reportage sur des sans abris vivant près de Nashville. Quand on sait par ailleurs que la toile photographiée pour la pochette du dernier album représente l’épouse de Wagner, actuelle présidente du parti démocrate du Tennessee, la main d’Obama posée sur son bras, on situe complètement l’homme et l’artiste. Nashville skyline, d’accord, mais en mouvement.

Electronica

Ce mouvement on le retrouve avec la tournée hivernale qui accompagne la parution de Flotus – acronyme de For Love Often Turns Us Still. Sorte de révolution musicale pour Lambchop, Flotus bouscule en effet les codes musicaux auxquels nous étions habitués. De Country et Soul, la musique écrite par Kurt Wagner a pris une nouvelle forme étonnante, que nous serions tentés de résumer (trop vite sans doute) par l’oxymore Country Electronica.
Joués à tempo lent, mélanges de boucles, de machines et d’effets vocoders conjugués aux instruments classiques du groupe tels le piano de Tony Crow (remarquable et poétique), la guitare de Wagner (plus discrète) et la basse superbe et feutrée de Matt Swanson, les titres de Flotus, en live, sont une surprise. Surprise partielle toutefois – si elle n’était pas forcément attendue – pour les fans connaissant l’intérêt de Kurt Wagner pour la musique électronique et qui avaient écouté Hecta son récent projet solo. C’est ainsi en formation réduite, presque minimaliste, que Lambchop 2017 se présente sur scène, à contrario des grands orchestres qu’on avait connus dans la précédente décennie. Vocoder et Auto tune en suppléments incontournables, s’invitent sous le micro de chant, utilisés ici comme véritables instruments qui transforment la voix et jouent avec mélodies vocales et mélopées d’un Kurt Wagner crooner toujours poignant et solide.

Club
Légèrement en retrait des trois autres musiciens Wagner se tient debout au centre de la scène. Le visage est dans l’ombre sous la visière de la casquette. Batterie et piano se retrouvent sur le devant pour encadrer le chanteur et un bassiste qui ne bougera qu’à peine, souriant presque timidement entre chaque titre, mais dont on ne dira jamais assez tout le bien qu’on peut penser du jeu et de son apport. D’emblée on est plongé dans une atmosphère très down tempo, la voix du chanteur de Nashville, rarement nue ou sans effets, paraît flotter, égale au travail des autres instruments, jamais mise en avant selon les cadres du projet Flotus. Pour les avoir écoutés depuis peu, on en reconnaît les titres longs et maniérés: «The Hustle», «NIV», «Directions To The Can», «JFK». Quelques autres de Is a Woman dont «The Daily Growl» qui lorgne franchement vers le jazz.
Plus que d’une énergie qui fût parfois rageuse chez Lambchop – lors de la période Nixon notamment dont on garde en mémoire l’entraînant «Up with People» -, l’humeur qui domine à présent la musique du groupe est empreinte d’une sérénité qui fait du bien. Passé les dix premières minutes d’adaptation, on se surprend à esquisser des pas de danse lents et souples, dans une ambiance qui tient du funk, de la soul ou du jazz. Les ombres de Marvin Gaye et d’Al Green s’invitent et c’est un délassement profond qui gagne le corps et l’esprit. Il y a quelque chose qui tient du Lounge et du club dans ce concert en comité peut-être un peu réduit, mais dont on sort ravi et comme merveilleusement apaisé. Sans doute parce que, ainsi que nous le suggère Flotus défendu sur scène et qui, très clairement, est une grande réussite pour Lambchop : «L’amour nous émeut souvent encore». Kurt Wagner lui aussi qui, à cinquante sept ans et trente années de carrière et parce qu’il se réinvente à nouveau, en est encore capable.
http://www.lambchop.net/tour/

 

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.