Neighbors / Failure

Disques | publié le 23 Juil 2014 par | 1 183 vues

Neighbors_Failure Noah Stitelman a une chouette tête de nerd et un étrange sens de l'humour. Comme si baptiser son groupe Neighbors, patronyme déjà utilisé par une palanquée de formations de part le monde et donc sans aucun doute l'un des moins googleable au monde, ne suffisait pas, le bonhomme a décidé d'intituler son second album Failure; un bel exemple de stratégie marketing indéchiffrable et foireuse et surtout une bonne blague à l'écoute de cette juste excellente galette d'electropop qui correspond autant à un échec que Brandão à un joueur de football. Même si, après réflexion, cette attitude n'est finalement pas tellement surprenante de la part d'un gars qui s'amuse à poser fièrement, un sourire moqueur aux coins des lèvres, avec un tee-shirt "Quitters are winners" pour ses photographies de promo. Tu nous plais déjà, garçon.

En guise de préliminaires comme autant d'œillades attendries en direction des années quatre-vingt, la pochette de Failure réinvente celle du classique Violator des Depeche Mode en enveloppant une rose d'un voile de plastique gris surmontée par des néons pastels très John Hughes. Mais musicalement, en dehors de l'emploi permanent de synthétiseurs, la musique de Neighbors s'éloigne ostensiblement de la grandiloquence du groupe de Basildon en lui préférant des compositions à la fragilité délicate. Si electropop il y a, Neighbors a décidé d'éviter le clinquant pour s'attacher au sensible: les morceaux de la galette ont beau être catchy, ils sont traversés sans exception par une mélancolie tenace mais pourtant radieuse et invariablement rafraichissante; équilibre précaire toujours lumineusement heureux entre les mélodies entraînantes et parfois timidement dansantes, l'introspection suffisamment obscure des thèmes jusqu'au chant limité, parfois monotone de Stitelman mais juste et sincèrement émouvant dans sa modeste simplicité.

Une formule musicale dans laquelle les fantômes de New Order (sans toutefois la basse de Peter Hook) traînent quelquefois leurs guêtres comme sur l'excellent "Spacing Out": courtes envolées de synthétiseurs, rythmiques électroniques martiales et refrains qui glissent du cœur jusqu'aux pieds pour se réincarner dans un tube comme les Mancuniens ne savent plus en écrire depuis maintenant une décennie. Plus troublant et surprenant dans sa limpidité synthétique déclinée en lignes de clartés successives, "Long Time Gone" avec ses discrets chœurs féminins évoque la simplicité ingénue du Daho des débuts. Mais plus qu'un simple exercice de rétrospective réactualisée, l'album charme sans forcer (malgré parfois d'étranges choix stylistiques tels ces incongrus soli de guitare sur le par ailleurs très plaisant "Wild Enough") avec son caractère affirmé mais faussement désinvolte: la cruauté froide de "Jenny Jones", la candeur sans doute feinte mais si sympathique de "Epic Meltdown", la rêverie désabusée de "Last of a Kind" et finit sur un tout à fait énorme "Young Things". Sur ce dernier morceau, peut-être le titre le plus péchu et sans doute le plus caractéristique de cette stabilité précaire mais absolument ravissante dans lequel baigne l'ensemble de l'album, la voix trébuchante et nerveuse de Noah Stitelman surfe en déséquilibre sur des rythmiques nerveuses; étrange et paradoxale conclusion conduite sur les chapeaux de roue pour nous laisser sur notre faim avec un grand sourire aux lèvres.

Car Failure possède un charme qui ne se perd jamais durant tout l'album: celui d'un disque à la production harmonieuse et qui n'a d'autre prétention que celle, tout à fait honorable, d'offrir une belle collection de pop songs électroniques mais fraîches, à la fois tendrement délicates et lumineuses et surtout à l'échelle humaine. Cerise sur le gâteau, cette modeste mais difficile ambition se révèle, sans même se forcer, non seulement une belle et simple réussite mais aussi absolument addictive et indispensable.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.