Nine Inch Nails / Ghosts I-IV

Disques | publié le 26 Mar 2008 par | 860 vues

080326aJe suis bien forcé de l'admettre, parler de ce nouvel album (double album? quadruple album?) de Nine Inch Nails est un exercice pour le moins délicat. Parce que tout ou presque à propos de cette œuvre a un coté passablement déroutant. Sa sortie d'abord: Franchement c'est arrivé comme un cheveu sur la soupe!!! Je sais pas pour toi mais moi j'avais pas du tout entendu parler d'un nouveau NIN, et encore moins en licence creative commons...

Résultat, lorsque la nouvelle a été annoncée (on sait que Trent apprécie le mystère autour de son projet et aime ces effets de surprise - souviens toi des clés USB de Year Zero) la nouvelle s'est propagée sur le net en quelques heures, à vitesse grand V! Après Radiohead, voilà que NIN joue la carte de l'auto-distribution. A la formule près, c'est que cette fois ci Reznor sort pas moins de quatre disques (d'une trentaine de minutes chacun tout de même). Le premier est en téléchargement libre, il vous en coutera 5 dollars (3.30 euros) pour l'ensemble et le double - plus les frais de ports - pour la version CD digipack. Précision qui a son sens, l'album a été mis à dispo sur les réseaux peer-to-peer... Par Trent Reznor lui-même.

Déroutant ensuite, parce que Ghosts est entièrement instrumental. Pas une seule petite goutte de chant n'y a été versée sur les trente-six plages, dont la durée varie entre deux minutes trente et cinq minutes. L'album est une oeuvre conceptuelle qui vise clairement à "décrire avec des sons des paysages et des lieux, décors de rêves éveillés". Reznor joue la carte de l'ambient, et fait usage de son expérience en la matière: outre les sons et rythmes digitaux, on retrouve moult pistes où le piano reste en avant par des accords minimalistes, le fond sonore étant assuré par des nappes de petits bruits disséminés, rappelant l'époque de The Fragile ou les versions acoustique du deuxième disque de And all that could have been. Les ambiances dépeintes à coups de textures parfois très indus, au rythmes soutenus, flirtant carrément avec le trip-hop par moments, restent très cinématographiques - et c'est à ces instants que Ghosts illustre le mieux le projet de Reznor: celui d'un album visuel. L'artwork et le graphisme jouent d'ailleurs leurs rôles: photos épurées, paysages désertiques ou marins, lumières pastelles, tout est fait pour guider l'auditeur dans sa propre imagination. NIN.com vient d'ailleurs de lancer à ses fans un appel à participations sur la réalisation de vidéos mettant en images la musique de l'album: un procédé visant à approfondir toujours plus l'interaction entre NIN et son public. Après le Year Zero "Remixes project", on aura rarement vu autant d'engouement et d'efforts de la part d'un musicien dans ce sens.

Incroyablement bien produit (Reznor commence à maîtriser ses armes) et écrit avec brio, Ghosts n'est pourtant pas exempt de tout défaut. Petits défauts certes, mais d'abord sa richesse et l'affluence des morceaux en fait surtout une œuvre complexe à aborder, et dans laquelle il reste difficile de voir un fil conducteur. Les titres se suivent sans véritablement s'enchaîner, et on se prend parfois à souhaiter que les morceaux prennent davantage le temps d'évoluer et de se "déplier". Certains se résument presque à des bribes de rythmes dans lesquelles aucun changement ne vient intervenir le long de leurs trois minutes. Si ce coté répétitif accentue le visage sombre et ambiant du disque, il est parfois un peu irritant. En bref Ghosts aurait pu être tout aussi fascinant, voire plus, avec quelques morceaux en moins - qui l'alourdissent au risque de rendre ses deux heures de musique un tantinet ennuyeuse. Mais même après un bon nombre d'écoutes, on n'en est pas encore là. Et pour reprendre une expression bien connue: "Etant donné le prix... on aurait tort de se priver".

A voir: ici, le player mis à disposition par le site officiel.
En écoute: "10 ghosts II"

[audio:http://darkglobe.free.fr/public/music/NineInchNails_10ghostsII.mp3]
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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).