Nosfell & Pierre Le Bourgeois / Octopus

Disques | publié le 17 Juin 2011 par | 2 722 vues

On avait laissé Nosfell quelque part entre Klokochazia et Los Angeles, s'extirpant discrètement de ses envolées folk fantasy en compagnie de Gunel et Sladinji pour s'essayer à de nouveaux contours musicaux, aux couleurs plus contemporaines et plus rock, collaborant avec Daniel Darc ou Josh Homme sous la houlette de Alain Johannes, et Pierre Le Bourgeois toujous tapi dans son ombre. Echappée des plus réussies - on fût donc heureux de retrouver le duo le plus imprévisible du paysage musical français en début d'année, composant et interprétant en direct la musique du dernier spectacle de Philippe Decouflé, Octopus.

Nosfell, près de deux ans après la parution de son troisième album, s'est donc prêté à l'exercice périlleux de la bande originale, exercice d'autant plus difficile qu'on imagine aisément les spécificités et les contraintes du cahier des charges pour un spectacle de ce type, et que la musique du spectacle est jouée live à chaque représentation, pour une tournée qui a commencé en décembre dernier et devrait se prolonger jusqu'à 2013. Projet d'envergure mais qui offre au compositeur et à son acolyte des fondations visuelles et émotionnelles tout à fait en adéquation avec leur univers musical.

Difficile, aussi, de considérer l'album hors de son contexte tant la musique et la prestation chorégraphique des danseurs de la troupe DCA sont indissociables. Pourtant c'est bien là un disque que tout amateur de l'oeuvre de Nosfell jusqu'à ce jour se doit de se procurer. On y boit une fois encore l'esprit féérique qui hante Le Lac aux Vélies, ces univers poétiques et fantastiques que les deux premiers albums avaient commencé à façonner; on y goûtera aussi le savoir faire du duo dans les compositions néo-classiques avec des pièces remarquables de beauté ("La Poupée de Verre", "Lumière sur le Sépulcre") - on y mesure à sa juste valeur la contribution de Pierre Le Bourgeois, et c'est d'ailleurs il me semble la première oeuvre que le duo signe de ses deux patronymes - dont les parties de basses et contrebasses, entre autres, donnent au disque un corps délicieusement rugueux et doux-amer. Les constructions subtiles et alambiquées, elles non plus, ne sont pas en reste. Les deux hommes ont vraisemblablement eu tout le loisir de laisser libre cours à leur désir d'expérimentation, avec lequel ils se montrent parfaitement à l'aise, jouant sur la poésie de la musique comme sur celle des textes ("Le Signe et le Hasard", "Opus Occiput"), voire avec le coté organique et mécanique des mots ("Ce Sourire sur ta Bouche"). Sur "La Marche du Gnou", c'est le sampler, outil de prédiléction de Nosfell  qu'il maîtrise maintenant à la perfection, qui l'aide à élaborer un étrange corps musical, décharné et gesticulant. Les clins d'oeil se succèdent: country music de rednecks sur "Shine on Me Skeleton!", balades blues envoûtantes ("Opus Bustes" ), on trouve même un boléro et une époustouflante reprise de "In the Pines", le standard repris par Nirvana plus connu sous le titre "My girl", jouée au piano et chantée en Klokobetz, cette langue insaisissable inventée par Nosfell lui-même.
Loin de l'anecdote, et s'il se veut surtout un reflet sonore du spectacle de la compagnie DCA, ce disque est un nouvel éventail du savoir-faire fascinant du duo, un opéra rock dont il a su se faire un incroyable terrain de jeu et d'expérimentation. C'est un vrai moment de plaisir qu'il procure de long en large, et dont il serait dommage de se priver.

A l'heure actuelle, il vous faudra aller voir le spectacle si vous voulez vous procurer cet album. Un mal pour un bien, puisqu'outre le fait que c'est un objet superbe, le show vaut vraiment la peine d'être vu. Pour autant, une sortie future ne serait pas exclue... On vous tient au courant.

En écoute: "La Poupée de Verre"

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).