Rendez-vous – Grand Auditorium Centre Beaubourg (Paris), 10/02/17

Live | publié le 24 Fév 2017 par | 4 036 vues

Cet hiver 2017 le Centre Beaubourg fête ses quarante ans. Entre rétrospective Cy Towmbly ou exposition Gaston Lagaffe (au choix), c’est aussi une quantité d’événements qui animent l’emblème culturel de la France de la modernité. Parmi eux un concert qu’on aurait qualifié de "branché" et "pour jeunes gens modernes" si nous étions encore à l’aube des années 80, dans cet espace spatio-temporel juste avant l'au-revoir giscardien ; dans le cas qui nous intéresse ici, cette période où le Forum des Halles tout proche était un trou sombre autour duquel se promenèrent quelques instants les quatre Joy Division n’est évidemment pas citée pour rien.

Quartet parisien visiblement très prisé par la jeunesse de la capitale, Rendez-vous, qui se produit sur la scène du grand auditorium, est semble t-il tombé dans la froide potion Cold Wave qui domina musicalement ces années post-punk de 79-82.

Observation qui me fait ouvrir ici une petite parenthèse. Phénomène remarquable ces temps-ci dans notre joyeux hexagone, les revivals musicaux auraient-ils la côte? Cette impression que les jeunes groupes (disons entre 25 et 30 ans de moyenne d’âge) seraient pour certains empêtrés dans une forme d'impossibilité à se démarquer de l’histoire de leurs aînés. Soit on est néo-Garage (cf les Grys Grys de Sète, pour ne citer que les meilleurs de la catégorie), soit on est néo-Cold ou New Wave. Dans cette deuxième famille, Rendez-vous peut sans doute prétendre au titre de leader. Reste à savoir si tout cela, passée une empathie de première instance, est d’une nature suffisante pour accrocher l’auditeur?

Visiblement, oui! Pour la plus jeune part du public, du moins, l’intérêt existe comme chez les groupes, chacun dans sa réciproque chapelle. Les nouveaux "Jeunes gens modernes" font salle comble et l'auditorium est plein à craquer. Nous ne remercierons jamais assez le président Pompidou.

Après une première partie assurée par Théodora, duo féminin de même obédience et qu’on aura écouté poliment, le public se lève dès l’arrivée très (trop?) mise en scène de Francis Mallari, chanteur et frontman. Vêtu de noir - comme ses acolytes - le jeune homme impressionne par les prémisses d’un chant un peu lugubre et macabre, à se demander si ce n’est pas la mutation génétique de Siouxie et de Peter Murphy apparaissant devant nous. Le reste du public, quant à lui, ne se pose apparemment pas la question. Pendant toute la durée du concert et dans une ligne esthétique identique à celle du manifeste néo cold wave joué par le groupe, le fond de scène sera agité de projections sur grand écran, mélange de montages vidéo et d’extraits de films très bousculés. L’humeur est sombre, trash et sado-maso. Pour résumer. Les amateurs de sensations fortes en matière de distraction sont servis. Je songerai brièvement à Crash de Ballard, avec tout de même l’impression d’avoir déjà vu cela ailleurs - sans pour autant en avoir été fan. Techniquement les musiciens sont irréprochables, soutenus par un saxo additionnel. S’ils citent Wire parmi leurs influences, je penserai en écoutant les compos de Rendez-vous, extraites de l’album Distance, à ce que proposèrent Fad Gadget et The Passage. Ceci pour l’essentiel. La posture physique des musiciens m'évoquera des OMD qui auraient bouffé du lion (je n’enlève pas au Rendez-vous leur belle énergie), auraient oublié les brushings et se seraient rendus plus durs par des tenues vestimentaires encore plus rigides. Soit Doc Martens, jeans étroits et cols roulés noirs millésimés. Un véritable uniforme.

Mais il serait pourtant très injuste de s’arrêter là en parlant de Rendez-vous. Diffusés par le label italien Avant!, ces parisiens qui chantent en anglais tiennent leur affaire et manient avec une sûre habileté synthétiseurs, guitares passées au flanger (comme il se doit), basse linéaire et séquences de batterie électronique. Il y a un son et un propos. Celui d’une époque où les inquiétudes dominent les certitudes, jusqu’à empêcher pour certains ce qu’usuellement on nomme "le bon temps". Sujet dont on le sait, on écrit volontiers des chansons, qu’il soit acquis ou perdu.

"The Others" qui sera le final du concert est un titre fort, lequel traduit ce sentiment de malaise qu’expriment avec sincérité les quatre garçons du onzième arrondissement - celui du Bataclan. "Foreseen Death" aurait pu se trouver sur le grand Pornography de The Cure. "Ignorance and Cruelty" - si justement nommé - conserve des réminiscences pop qui apporteront une ouverture possible pour la carrière de ce groupe sombre qui, quoiqu’il en soit, doit lui aussi aimer la lumière. A moins que ce ne soit définitivement le contraire? La cave au lieu de la terrasse.

"Rien ne reste que la foi" nous disait Robert Smith en 1982. Il me semble pourtant qu’on trouve toujours un remède et qu'il y a des solutions à tout. Prenons éventuellement rendez-vous.

Photos concert: CG Watkins

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Posté par Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.