Seoul / I Become A Shade

Disques | publié le 09 Juil 2015 par | 845 vues

Seoul_IbecomeaShadeCommençons par nous débarrasser de ce qui pourrait ressembler à une affligeante évidence au goût de tarte à la crème bien épaisse. Bien sûr que non. Seoul n'est pas un groupe sud-coréen et DarkGlobe ne s'est pas encore reconverti dans la chronique d'albums de K-pop... Même si, pour être tout à fait honnête, cette option a bel et bien été évoquée par notre rédaction dans le but tout à fait non louable de finalement réussir à attirer des lecteurs autres que, parfois, nos amis et notre famille. Seoul, donc, est un trio (Nigel Ward, Julian Flavin et Dexter Garcia) de musiciens installées à Montréal, apparu il y a deux ans avec un single d'électro pop duveteuse et élégante intitulé “Stay With Us“. Suite à cette sortie, le groupe a préféré prendre son temps pour se consacrer à l'écriture de son premier album: un I Become a Shade au titre particulièrement judicieux tant leur musique semble par dessus tout posséder cette particularité d'évoluer constamment dans un environnement intermédiaire entre l'éthéré et le corporel.
Car effectivement, il y a dans les compositions de Seoul cette faculté à s'égarer entre des frontières troubles situées entre le rêve et l'éveil: sur le titre éponyme "I Become A Shade", la voix est paresseuse, dans un état hypnopompique, portée uniquement par le caractère accrocheurs des craquements d'un vinyle. Mêmes les boucles de synthétiseurs au caractère joliment rétros finissent par s'affaisser. "White Morning" est construit sur une monotonie charmante et expose une sensualité lente, tranquille et presque endormie; comme un titre des High Highs à qui on aurait refilé un Tranxène. "I Negate" porte aussi cette marque de lente nonchalance, d'apathie à fleur de peau presque cotonneuse aux allures de délicieux surplace. Mais le groupe ne se complait pas pour autant uniquement dans ces rythmiques indolentes, il s'attache à proposer un délicat et gracile funk blanc en gardant toujours cette prédisposition pour les coins arrondis, pour une chillwave qui continue à préférer les légers flous aux images tout à fait nettes: "Stay With Us" et "Haunt / A Light" sont ainsi destinés à des pistes de danse au ralenti sur lesquelles les phéromones ne s'entrechoqueraient pas avec agressivité pour mieux se dévorer mais resteraient quelques instants en apesanteur dans les airs. "Real June" et "Silencer" remuent comme un Phoenix sans poil au menton et accélèrent le rythme pour disperser un peu, à l'aide de mélodies tout à fait pop, les brouillards environnants. Mais, même en pilotage à vue d'oeil, ces deux titres conservent cette faculté à se déplacer avec grâce et légèreté comme un chat sur ses coussinets. Entre ces morceaux quasi-dansants et ceux destinés aux presque narcoleptiques, il y a tous ces intermèdes musicaux se rapprochant d'une esthétique encore plus atmosphérique et expérimentale, sous forme d'instrumentaux ("Fields", "Thought You Were") ou pas ("Carrying Home Food in Winter"), presque toujours très courts, exception faite d'un "Galway" de près de cinq minutes en clôture; titre idoine pour figurer un assoupissement et révéler une boucle avec l'ouverture du disque. Ces quatre titres, encore moins articulés que les autres, ancrent encore plus le disque dans son esthétique sonore brumeuse et crépusculaire.
Avec son air faussement engourdi, I Become A Shade réussit son objectif: celui de charmer sans même se forcer. Tout au long de l'album, il se dégage une frêle volupté en une série de souffles tièdes sur l'épiderme; la température parfaite pour ne pas totalement s'éveiller et, quelquefois, s'imaginer danser.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.