Tape Waves / Here to Fade

Disques | publié le 02 Oct 2016 par | 523 vues

tape-wavesA tort ou à raison, depuis que nous avons entendu Tape Waves, nous avions tendance à voir dans le duo de Charleston la petite soeur béate d’admiration pour son ainée Seapony; celle qui s’incruste en douce dans la chambre de sa grande soeur pour fouiller dans sa boite à bijoux ainsi que sa garde-robe et plagie la pose Instagram préférée de son ainée (lunettes de soleil protégeant d'un doux soleil californien et robe vichy gonflée par un vent chaud aux embruns de sable) ou qui y écoute en loucedé, casque audio bien maousse sur les oreilles, la collection de 45 tours Sarah Records vintage précieusement conservés sous emballage plastoc. Il faut dire qu’entre ces deux groupes les ressemblances stylistiques tiennent parfois du mimétisme: même rythmique métronome, même voix féminine menue et rêveuse, mêmes jangly guitares pour des compositions adolescentes trouvant avec candeur et simplicité le plus court chemin vers le palpitant. Mais tandis que Seapony a décidé d'arrêter les frais, Tape Waves tient bon le cap pour un second opus intitulé judicieusement Here to Fade.

Il y a donc bien évidemment chez Tape Waves cette évidence de la facilité mélodique rêveuse, cette capacité à se fondre dans un moule pop accueillant et lumineux défini par des grands mais tout à fait modestes anciens, en y rajoutant le caractère solaire de leur musique. Le duo sait mettre en scène cet été éternel et sans nuage totalement fantasmé, pour réussir sans coup férir et en plein dans le mille, avec pourtant des moyens limités mais toujours équilibrés, une entrée en scène débordante de charme («So Fast»). Car c’est ce dénuement bien balancé, ce jeu sur le caractère vaporeux de leur travail, uniquement relié au solide par la batterie rachitique et presque mécanique (à l’exception d’un « Calling », où grande absente, le morceau s'enveloppe d'un onirisme duveteux), qui nous font trembler les genoux et soupirer de plaisir ou installent de belle manière les clichés visuels en filtre lomo-fi ("The sun in your eyes, the wind in your hair" sur «Always Shine») devant nos yeux satisfaits.

Si l’ambition première du groupe semble d’abord d’écrire de chouettes bleuettes («Go Away» ou «Fine for Now»), c’est tout de même un sentiment amer de désillusion qui imprégne l’album. La voix se retrouve ainsi souvent noyée dans le mix (notamment sur « Standing in Line ») et semble annoncer une lente disparition ou un abandon, comme une explication au titre de l'album. C'est d'autant plus évident lorsque le groupe s’essaie doucement à des formats un peu plus expérimentaux. Ainsi, «Close Your Eyes» débute par un instrumental de presque deux minutes et se prolonge dans des boucles de guitares hypnotiques pour se transformer en une shoegaze joliment mutante, paradoxalement radieuse et légère comme l'éther. Car si le charme de ces malaises adolescents est par ailleurs imparable dans sa nostalgie et sa douce naïveté, le groupe prend en compte par son écriture musicale et son style le caractère éphémère de ces vagues à l'âme, tous voués à disparaître.

En développant par petites touches cette approche plus trouble de sa musique, Tape Waves inscrit son deuxième album dans une perspective non pas instantanée mais échelonnée temporellement pour un regard déjà conscient du déclin irrésistible du moment. Et même si cette distance se construit timidement, Here to Fade semble nous indiquer que le plus triste ne serait pas de vivre tous ces jolis petits drames de jeunesse mais plutôt de finir par les oublier.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.