The Chainsaw Blues Cow Boys / The Magnificent Seven (part 1)

Voués corps et âmes aux cultes de Robert Johnson, Skip James et John Lee Hooker, The Chainsaw Blues Cow Boys jouent un Blues rageur, rugueux et sombre, à l’instar des américains de Left Lane Cruiser ou du français Harold Martinez. En les écoutant on se dit, comme pour Josh Pearson (Lift To Experience), que l’enfer doit exister, mais qu’il est sur terre, probablement quelque part au fond du Texas… 

Basé dans une région Rhône-Alpes pourtant peu sauvage de nos jours, le duo auto-baptisé des «frères Chainsaw» semble, avec ce choix de patronyme, avoir opéré une métamorphose irréversible. Les deux musiciens sont ainsi devenus d’étranges révérends ou cow-boys, hantés par les clairs-obscurs crépusculaires d’Eastwood et éblouis par les soleils aveuglants de Sergio Leone. Le western s’est immiscé dans leur imaginaire, lequel se déchaîne à la croisée de chemins parcourus guitare à la main.

The Chainsaw Cow-Boys sont des prêcheurs qui convoquent l’esprit d’Ennio Morricone pour sublimer des chants épiques où s’invite l’écho d’anciens gospels. Les voir ou les entendre c’est entrer, avec eux, dans les territoires lointains de l’Ouest et du Sud américain. Parce qu’ils s’y trouvent vraiment, on s’y retrouve nous aussi. Ou du moins le croit-on, paradoxe du musicien.

The Magnificent Seven – titre en clin d’œil (Les Sept Mercenaires? The Clash?) – est un troisième album ambitieux. Introduit par un «Once Upon A Time» suggestif et cinématographique, aux thèmes et phrases musicales qui évoquent directement Morricone, il se clôture, huit titres plus loin, par un «Cannibal Jesus», blues de résurrection pour damnés, accompagné de claquements de mains qui rythment une guitare blues tout droit sortie d’un enregistrement réalisé dans quelque chambre d’hôtel poussiéreux des années 1930. La composition millésimée suit un magnifique «Black Rock Punishment», chanson d’esclaves et de chaines, sublimée par des orchestrations de cuivres brillants.

Dépassant leurs précédentes productions, The Chainsaw Blues Cowboys ont eu la très bonne idée de s’associer au compositeur lyonnais Nathan Einhorn qui enlumine l’album en développant des séquences musicales qui font sens. L’ensemble est convaincant, utilise les éléments d’un blues / gospel originel (jeu de guitare et chant puissants, rythmiques de batteries et percussions primitives), mêlant formes à la fois rustiques et sophistiquées. C’est un univers qui est mis en sons, celui de la pénombre d’un saloon dans lequel on entre après avoir assisté à un abominable massacre au coin de la rue.

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.