The Cure – L’Arena (Montpellier), 18/11/16

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The Cure fait partie de ces groupes blockbusters dont le simple nom suffit à remplir les salles et à mettre à mal les sites de réservations de billets en ligne. Pour autant, qu’en est-il des actuelles prestations du groupe ? Magie réelle ou grand messe pour fans dévots ? Productif durant les années 80, The Cure surfe désormais sur son histoire. Et si le groupe n’a plus à la faire reconnaître, régulièrement il l’entretient. Après une tournée américaine au printemps, Octobre a marqué le départ de dates européennes qui n’oublient personne et qui connaîtront leur conclusion par trois concerts londoniens qu’on imagine énormes. L’Aréna de Montpellier est la troisième étape de Smith et ses acolytes, dans un hexagone qui lui est acquis depuis longtemps.

Pluie fine et froide sur le parc en bord de voie rapide qui file vers la mer. L’Aréna est une gigantesque salle couverte d’une toiture mauve, plantée entre étangs, littoral, aéroport et zones péri-urbaines de l’ambitieuse métropole Languedocienne. Il y a une certaine démesure dans ce lieu. Voici plus de trente ans, The Cure, en trio, jouait dans la même ville, mais dans un Palais de Sports mal sonorisé et aux trois quarts vides. Autre temps, autres mœurs. Pendant le set de The Twilight Sad – combo post-cold Wave écossais qui assure la première partie sur toute la tournée – la salle se remplira pour atteindre le nombre de 14000 spectateurs. The Cure déplace les foules, et cela a quelque chose d’impressionnant.

Curieusement à l’entrée du groupe sur scène, la première chose qui saute aux yeux, est le look improbable du bassiste Simon Gallup. Le musicien pourrait sortir tout droit de la BD Ricky Banlieue de Frank Margerin et Smith, par effet contraire, paraît un modèle de sobriété. Le rugueux « Shake Dog Shake » de l’album The Top démarre le set. Le light show se met en place, la basse sonne fort, les autres instruments aussi. Sûrement l’effet Aréna ? Ou une volonté de puissance affichée, si ce n’est une grandiloquence assumée et répétée de très grande salle en très grande salle ? L’entame de concert scotche sur place. La foule hurle… Le light show suit chaque musicien, les deux écrans géants sur les côtés diffusent le show pour des spectateurs au loin, au fond. On peut être certain qu’une part d’entre eux est venue en raison de la popularité du groupe, mais n’en connaît pas vraiment le répertoire. The Cure est une institution. Et le public de ce genre de concert est aussi un public de masse.

The Head On The Door, Disintegration et Wish s’enchaînent : « Fascination Street », le très Roxy « A night Light This », « The Walk », l’efficace « Push » et son intro hypnotique. Gallup virevolte, les autres membres restent statiques. On sent une complicité, des sourires, des coups d’épaules entre les titres. Il y a du plaisir du scène et il est communicatif. Ainsi avec l’attendu « In Between Days » qui chavire la foule. Les écrans diffusent des images en mode caméra thermique, comme dans le clip. Robert Smith qui n’arrive plus autant à monter dans les aigus, chante toujours juste, use et abuse de ces petits effets de voix qui le caractérisent. Gros Bob évite de devenir sa caricature ce qu’on aurait pu craindre. Il reste une sorte de maître supérieur en mélancolie jouée en accords mineurs. Sur le trône, c’est lui.

Enchaînements plus ou moins heureux : « Pictures of You », « High », « Charlotte Sometimes » (version magnifique), « Love Song », « Just like Heaven ». Puis « From the Edge of the Deep Green Sea » ( qui ne fut pas à la hauteur de sa version d’origine, tant la basse de Gallup en a monopolisé chaque mesure). La lancinante boucle de guitare de « One Hundred Years » emplit l’Arena. A la basse on ne rigole plus … On écoute et on se tait. On ne le sait pas encore, mais on vient de vivre le moment le plus fort du concert. Déjà quinze morceaux. Nous sommes à peine à la moitié du set, une chose est sûre, avec The Cure, on en a pour son argent.

Au premier rappel, des milliers de voix sont aux anges qui reprennent les notes du titre « Play For Today », puis basculent complètement dès l’intro du classique « A Forest ». The Cure ne compte pas son temps et reviendra deux fois, les rappels constituant un véritable second concert, conclu par les presque joyeux « Boys’s dont Cry », « Close To Me » et « Why can’t I Be You ? ». Soit un marathon de près de 2h30 pour trente deux titres. Qui fait plus ? Balayant plus d’une dizaine d’albums, jonglant avec son répertoire comme un magicien avec des foulards, Robert Smith est une incontestable icône du rock, il le sait et nous le considérons bien ainsi. Le groupe est toujours là, qui peut compter sur une réserve de fans inconditionnels, traversant les décennies avec la même passion. Ce set de l’immense Aréna n’était certainement pas le plus grand concert du groupe. N’est certainement pas non plus ce vers quoi iront les chercheurs de nouveautés – oui, il en existe (bien que toujours relatives). Mais l’enthousiasme, la joie ressentie et partagée accentuent l’impression d’avoir vécu un moment fort. On peut, en effet, espérer voir encore Smith et ses hommes en 2016. En attendre quelque chose qui, quoi qu’il advienne désormais, fait partie intégrante de l’ADN musical de millions d’amateurs de musique rythmée.

« I must fight this sickness/ Find a cure ! » ( Robert Smith, Pornography, 1982).
Pari gagné, Bob.

Live report par Olivier Ruiz

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.