The Raveonettes / Observator

Disques | publié le 07 Sep 2012 par | 1 080 vues

On vous avait pourtant prévenu. A peine le temps de respirer après leur EP du mois de Mai intitulé "Into the Night" et chroniqué (en retard) ici, et voici déjà Sune Rose Wagner et Sharin Foo, soit les Raveonettes, et leur pop-noire rétro-futuriste de retour avec un sixième album intitulé Observator.

Accouché dans la douleur, faisant suite à un diagnostique de dépression clinique de Wagner, l’album a été enregistré à Los Angeles et constate le retour aux manettes de Richard Gottehrer (Blondie, the Go-Gos, Richard Hell, Dum Dum Girls), déjà présent sur Pretty in Black. Tout au long des neuf morceaux, on devine que l’objectif était de dépouiller l’orthodoxie des murs de guitares Raveonnettiens pour révéler des chansons à fleur de peau, toujours aussi clairement mélodiques mais habitées par une mélancolie sourde et plongées dans un sournois et cette fois-ci évident mal-être.

L’élan avait été donné avec l’album précédent, un Raven in the Grave quasi métaphysique, et se poursuit directement sur Observator avec le rêveur "Observations" et un "Curse the Night" hanté par une voix féminine aux accents fantomatiques ; écho radio discordant comme une Julie Cruise circa Twin Peaks. Deux titres qui découpent de manière torturée et incertaine un univers brumeux et fantasmé comme un voile alcoolisé ; et c’est bien de boisson mais aussi de mort dont il est question sur le morceau d’ouverture :  "Young and Cold", Americana décharnée et explicite de la peur d’un décès précoce qui hante Sune Rose Wagner, pressé par ses médecins d’arrêter ses excès en tous genres ("So many times I lost control / I dont wanna be young and cold").

Pourtant, même enveloppé dans cette production homogène, cette lourde atmosphère et malgré l’apport d’un élément musical nouveau (le piano présent sur "You Hit me (I’m down)", "Observations" et "Young and Cold") , Observator est peut-être l’album qui propose l’un des panoramas rétrospectifs les plus complets du champ musical des Raveonettes. Ainsi "The Ennemy" surprend voire dérange avec son excès d’immédiateté, fait hésiter dans son constant aller-retour, ce si loin si proche, morceau si accessible qu’il pourrait en devenir anonyme mais fascine paradoxalement, reposant uniquement sur la classe des deux musiciens, leur capacité, ici plus qu’ailleurs, à sublimer le quelconque. Le nerveux et jubilatoire "Sinking with the Sun" remet ensuite les pendules à l’heure avant que n’éclate le romantisme urbain et délicat du juste immense crève-coeur "She Owns the Street". "Downtown" louche vers cette pop rock bruitiste et rétro toute en lignes droites qu’ils connaissent sur le bout de leur manche de guitare. "You Hit Me (I’m Down)" remet une couche de langoureux et douloureux bleus à l’âme tandis que "Till the End" conclut l’album tout fuzz dehors et remue l’auditeur dans son sursaut de vigueur ; symbole du plaisir vindicatif du survivant et de la poursuite de la course en avant.

Avec Observator, les Raveonettes gagnent en profondeur sensible ce qu’ils perdent en fulgurances soniques. Ils démontrent une subtilité dans l’écriture dont on n’avait jamais réellement douté mais qu’ils avaient tendance à cacher la plupart du temps sous des couches de guitares. En mettant à nu leurs compositions avec une richesse de détails et d’émotions parfois contradictoires mais d’autant plus émouvantes, ils retracent une plongée dans la prostration avec son pénible mais pourtant flamboyant épilogue. Ce qui en ressort n’en est que plus beau.

"Observations"

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.