The Raveonettes / Rarities / B-sides

Disques | publié le 03 Jan 2012 par | 907 vues

Le plus célèbre groupe noisy pop rock danois était donc de retour cet hiver pour une compilation regroupant raretés et faces B, tirées des sessions du EP inaugural Whip It On et des trois premiers albums du groupe, Chain Gang Of Love, Pretty In Black et Lust, Lust, Lust. Déjà annoncée l'an dernier, cette compilation est finalement sortie discrètement à la mi-Décembre, avec principalement les fans des Raveonettes en ligne de mire: cinq-cent exemplaires de cds et vinyles pressés, disponibles uniquement sur le site Internet du groupe et vendus comme des petits pains. Pour l'aficionado du travail de Sune Rose Wagner et Sharin Foo, l'occasion était trop belle.

Et l'objet armé de ses vingt-sept chansons réparties sur soixante-dix-neuf minutes, avait des airs de surprenante découverte quant à la quantité de tout un pan inconnu de l'oeuvre de l'un de mes groupes chéris. La très belle pochette avec son énigmatique photo de jambes de femme aux bas déchirés et allongées sur un lit illustrait et résumait de manière radicale une musique alimentée depuis ses débuts - que ce soit dans sa forme ou son fond - par les pulsions humaines les plus primaires, soit le sexe et la mort.

Dans un exercice dans lequel les Raveonettes ne font pourtant jamais de chicihis, préférant emprunter les lignes droites pied aux plancher ("Evil LA Girls", "Demon’s Fire") plutôt que les tortueux chemins de traverse, les morceaux de Rarities / B-sides, même les plus calmes (délicieux "Dreams Come True" ou "Railroad Tracks" très Buddy Holly), peut-être parce que privés de la thématique des albums, sonnent souvent encore plus directs et dépouillés, comme un condensé de leur démarche artistique; à la manière d'une rétrospective inédite de l'esprit Rave On, tout en classe et rock and roll. L'association facilement imaginable des morceaux de Rarities / B-sides aux sessions d'enregistrement des albums du groupe grâce à leur sonorité ou leur style (la pop crâneuse, bruyante et sexy de "Get Lost" se glisserait si bien dans Chain Gang of Love tandis que "Another Noise" et son mur du son shieldsien aurait dû trouver sa place à grands coups de bottes en cuir dans Lust Lust Lust) démontre aussi la cohérence de la discographie du groupe. "Christmas Song" tout en douceur et mélancolie réussirait presque en un admirable tour de force à réhabiliter le concept couillon de chanson de Noël. En fait, tout au long de la galette, on ressent une attitude de respect du groupe vis à vis de tous ces morceaux un peu secrets, envisagés comme des pendants de qualité de la discographie "officielle" et jamais comme des bouche-trous.

Mais c'est aussi à cause de son encyclopédique liste de morceaux et sa longueur que Rarities / B-Sides déçoit un peu. En fait, il épuise avant tout. Car après avoir encaissé vingt-sept salves successives qui suintent la luxure et la sueur, malgré tout l'évident plaisir, on met parfois un genou à terre, comme si on n'était parfois pas à la hauteur de la tâche, comme si on devinait que la digestion se révélerait difficile. Étrange paradoxe pour une musique qui se distingue par son immédiate assimilation et un désir quasi automatiques de danser et / ou d'en découdre avec nos pulsions. Mais cette particularité de l'instantané s'épanouit mieux sur des galettes d'une demie-heure et ne saurait jamais au grand jamais dépasser les quarante cinq minutes. Car comme chacun le sait, le plaisir n'a le droit d'être bref que lorsqu'il est intense. La maitrise du coït entre durée et lasciveté par les Raveonettes sur leurs albums expliquerait alors comment certains morceaux de Rarities / B-sides ont bien pu, malgré tout leurs mérites, être évincés. Mais l'erreur serait de considérer ce disque comme un album et non pas ce qu'il est véritablement: la brillante démonstration d’une production musicale prolifique et de qualité, un cadeau pour les fans qui prend le risque d'en offrir trop et un compagnon de route tout à fait précieux.

En écoute: "Another Noise"

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.