Tindersticks / No Treasure But Hope

Trois ans après Waiting Room, Stuart Staples a retrouvé les Tindersticks pour un album enregistré entre Paris et Londres, et qui restera parmi les plus belles sorties de la fin d’année 2019.

No Treasure But Hope, dans sa pochette qui montre une très stylisée représentation de la mer Ionienne – l’île d’Ithaque où Staples vient de s’installer après plus de dix ans passés dans la calme ruralité de la Creuse -, est un ensemble d’une humeur plus apaisée que celle de son prédécesseur. Introduit par un piano en majesté qui lance «For The Beauty», puis qu’on retrouvera imposant sur le final de «No Treasure But Hope», ce treizième album montre une homogénéité et un équilibre réussis, de son ouverture à sa conclusion. La voix très soul de Staples – auteur / compositeur de la plus grande part des dix chansons -, chante à sa manière personnelle charismatique sur des musiques et des mélodies brillamment orchestrées, à l’habitude des Tindersticks. Staples est convaincant et crée avec le groupe une intimité et un raffinement rares. Tout est harmonieux, sans ostentation, chaque séquence posée et mesurée.

Mélancoliques et délicats, «Take Care In Your Dreams», «The Old Man Gaits» sont des moments de poésie qui dépassent leur format de chanson pop. «The Amputees» – qui annonça l’album- pourrait être son single parfait, enlevé et presque entraînant, en contraste avec son thème plutôt sombre. «Trees Fall» évoque Léo Ferré. Il touche au mystère de la beauté, cette sensation que l’art poursuit sans toujours la saisir, mais que caressent ici les Tindersticks. «Pinky In The Daylight», dont Stuart Staples, homme d’images, a lui-même réalisé le clip vidéo, est imprégné d’un soleil méditerranéen que l’anglais de Nottingham vient de rejoindre, et qui a su l’inspirer. Enfin « See My Girls» est la proposition la plus envoûtante qui soit. Climax de l’album avec ses voix mêlées – un chant principal très habité et des chœurs en réponse -, sur un piano qui devient derviche tourneur, une guitare se glissant entre ses notes répétitives balancées par les violons d’un bal inquiétant.

Avec No Treasure But Hope, les Tindersticks évoluent à un haut niveau de maîtrise. Leur pop / soul aux accents de musique de chambre se montre toujours très suggestive. Tout comme le songwriting d’un Stuart Staples dans sa maturité, magistral et actif. Cet album ravira tous ceux qui suivent le groupe depuis 1992, et il sera une excellente entrée dans son univers pour ceux qui le découvriront en 2020. Lors des prestations live à venir, on hésitera sans doute entre s’asseoir pour écouter pleinement, salle Pleyel, ou onduler doucement, debout et subjugué…

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.