Total Makeover / Total Makeover EP

Disques | publié le 01 Sep 2015 par | 890 vues

totalmakeoverEPCombien de semaines à chialer comme une prépubère pendant un concert de M Pokora à l'annonce de la mise en bière de Neighbors, le projet électropop du new-yorkais Noah Stileman? Car comment oublier un coup de foudre aussi inattendu que renversant tel que celui de l'écoute de l'album Failure lorsqu'il est suivi presque instantanément par un décès effectif et définitif? Comment effacer de ma mémoire ce scénario digne de la quatrième de couverture d'un roman Harlequin? Comment de temps donc à ravaler mon aigreur, à noyer dans l'alcool ces incessants relents d'angoisses fourrés aux soupçons, obsédé par l'attente de la découverte du nouveau projet du bonhomme, baptisé comme une bonne blague de potache un peu branleur Total Makeover? Bien entendu, j'en vois déjà parmi vous, "amis" lecteurs, la feuille de salade du cruel sarcasme déjà bien moisie coincée entre leurs canines pointues, qui sourient de mon affliction (un soupçon exagérée) longue de huit mois. Car ce sont bien huit mois qui auront donc été nécessaires à Stileman, ses acolytes et les potards de Justin Gerrish (The Strokes et Vampire Weekend) pour accoucher d'un petit EP de 5 titres sur lequel des perruches peut-être en sursis trompent encore un instant leur ennui sur des câbles électriques.

L'ouverture "Girls With Boyfriends" pose d'entrée l'humeur du EP: avec ses guitares comme des crissements de craie sur tableau noir en ouverture, sa rythmique en équilibre sur des nerfs tendus comme des slips, ses claviers branchés sur le mode hystérique, le morceau décrit de surprenants dérapages rugueux aux allures d'arabesques entre une new wave à la Wire et une britpop estampillée d'un vieux Blur, comme une tentative de se décharger dès l'ouverture du disque de toutes ces coquetteries de vieille fille à la Neighbors. En comparaison, "Different Shapes" choisit la ligne bien droite, solide sur ses appuis avec ses boucles de synthés martiales et une préférence pour la méthode dure pour fourrer un balai dans le cul de la synthpop et y dessiner une chanson joliment redressée par la force des choses, dégainant des vagues successives de nervosité toute rentrée. Pourtant, bien caché derrière tout cet arsenal de tension, il y a bien un petit coeur d'artichaut qui chuchote du bout des ses lèvres sa mélancolie ("Listen to some mixtapes you made when you were sixteen") sur un "New England Highway" doux et tendre comme une escalope de veau. Bien décidé néanmoins à ne pas perdre le fil de sa thématique et ne pas retomber dans des poncifs de chochotte, le morceau plongera tout de même la tête la première dans un final timidement lyrique et romantique juste comme il faut. "Self Destructive" est le titre presque dansant de la galette, porté par des lignes de synthétiseurs un peu niaises et en conséquence irrésistibles. Plus orienté guitares, "Either Way" joue la même partition d'une pop song directe en mode fuite en avant, presque sportive avec sa voix à bout de souffle, égayée d'un soupçon de ludisme faussement exotique avec ses quelques lignes de français.

Avec ce premier EP de Total Makeover, Stileman ne s'est pas encore complètement débarrassé du fantôme de Neighbors. Malgré ce choix de s'orienter vers une néo New Wave plus primitive, plus dépouillée et organique, il reste dans ces chansons un contraste réjouissant de mélancolie crampon entre la voix détachée et la simplicité hédoniste de mélodies pop et crève-coeurs habitées par le délicieux plaisir masochiste des déceptions quotidiennes ruminées. Même en privilégiant une approche plus frontale, la musique conserve donc son touchant et lumineux caractère doux-amer s'amusant juste, en notre compagnie, à résonner un peu plus fort.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.