Vinc2 / Rescued From Drowning

En lisant le titre de ce nouvel album de Vincent Coudert, alias Vinc2, je me suis d’abord demandé de quelle mésaventure le jeune savoyard nous interprétait ici la bande son? Rescued From Drowning pouvait-il être le sauvetage in extremis et par un jour d’hiver glacé, d’une immersion dans les eaux noires et indifférentes d’un profond lac montagnard? Considérant la froideur extrême de chacun des huit instrumentaux, je crus y percevoir la métaphore d’un naufrage existentiel heureusement évité. « Confusion » était le doute avant l’acte. « I Have a Cold » aux parties de guitares montant en intensité, mêlées aux arpèges du piano, jouait les éléments du drame. Le non explicite « TDR », scindé en deux, avec ses notes saturées sur batterie claquante, était l’expression d’une violence qui précédait un glissement dans un inconnu indistinct – le calme opaque des claviers sur les dernières mesures. Si la musique de Vinc2 servait des images, elle accompagnerait idéalement celles d’un film aux tonalités pâles, thriller hivernal, psychologique et peu bavard, à l’issue qui resterait incertaine.

Sauf que « Birth (again) »– titre d’ouverture semblant paradoxal en regard de ceux qui le suivent (notamment « Funérarium » ou « Overgrown Field » qui pourraient induire une autre voie) – désigne ce sauvetage comme celui de la musique de Vinc2 elle même. Ainsi les notes du Bandcamp précisent-elles que les huit pistes de Rescued From Drowning ont été composées pour certaines dès 2008, issues des chutes délaissées de Exoplanète, tout premier album. Une nouvelle naissance. On lit alors différemment la construction de ce projet. Si ce n’est, de façon plus nette, un propos orienté par des titres inquiets, cellules littéraires minimales pour des pièces musicales sans chants (à l’exception d’un long texte mixé très en retrait).

Ambient et Post-Rock, la musique de Vincent Coudert contient l’écho bien compris des productions des Islandais de Sigur Ros. Minimaliste elle n’en est pas pour autant dénuée de sophistication, et on y entend un travail de musicien soucieux du détail de ses orchestrations et d’un aboutissement musical. Sa mélancolie et son romantisme, empreints d’une volonté de classicisme, en font tout le charme, délicat sinon fragile.

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.