Cheri Cheri Jaguar / Collapsing Vapor

Disques | publié le 27 Avr 2014 par | 1 111 vues

cheri cheri jaguarLa première image qui me vient à l'esprit à propos des jeunots de Cheri Cheri Jaguar (si l'on excepte leur patronyme qui est volontairement et carrément port'nawak), c'est celle de leur concert en plein air sur la plage du Glazart en Septembre dernier. Ce soir là, le trac des membres du groupe transpirait jusqu'au dernier rang de l'assistance et une pochtronne dansait devant la scène avec la volonté de reconstituer Woodstock à elle toute seule. Pourtant, quelques mois plus tard, sur la petite scène de l'International, le rapport de forces avait singulièrement changé: non seulement la groupie alcoolisée avait disparu mais le groupe avait aussi pris les choses en main, bien droit sur ses appuis, ne demandant qu'à en découdre, déclinant une série de coups de pop songs fébriles, en contrastes de gris sombres et directes comme autant d'uppercuts successif. Si la partition semblait parfois encore un peu maladroite, le style rayonnait déjà d'une lumière ténébreuse et preuve d'une petite révolution, la chanteuse, Sacha, s'autorisait même un (très chaste) bain de foule a cette occasion; une attitude scénique qui convenait bien mieux à la musique du groupe, à ce constant sentiment d'urgence, cette nervosité toute refoulée.

Après un single (Jaguar/ICE) au mois de Novembre, les Cheri Cheri Jaguar sortent donc en Mai leur premier EP, un Collapsing Vapor imaginé sur le même tempo que celui de leurs dernières prestations live: morceaux préférant les autoroutes mal éclairées aux détours précieux et maniérés, sur lesquels un rock  fiévreux baigne dans un bouillon cold wave (le batteur et le bassiste connaissent de toutes évidences  l'intégrale Joy Division sur le bout des doigts) et où la voix de Sacha domine, à la fois agressive et nonchalante, distante mais brulante. "Walk Don't Walk" drague, dans un long souffle haletant, le chaland sur la piste d'un dance floor ombreux, fébrile et moite. "Sosho" porté tout le long par une basse bien en avant, est sans doute le morceau le plus pop du EP avec son refrain chanté en cercles délicieusement hypnagogiques. En comparaison des autres titres, bien plus accrocheurs, "To Darkness" avec sa fuite en avant linéaire, son trouble par trop constant, son manque de rupture, parait plus quelconque. L'hymne du groupe, le très sexy et rétro déviant "Jaguar" clôt le disque avec des souffles courts et des frémissements dans la voix haletante, une guitare en mode caresses glacées le long de l'échine pour une séduction intense, irrésistible et instantanée. Entre ces titres, Cheri Cheri Jaguar s'accorde deux courts intermèdes instrumentaux ("Spiel I" et "Spiel II") improvisés au clavier en forme de boites à musique et émergeant comme des ilots persistants de vulnérabilité et de candeur au milieu d'une esthétique générale qui semble en annoncer la disparition.

Avec son approche arty et ses transitions invariables entre le froid et le chaud, le Collapsing Vapor de Cheri Cheri Jaguar ressemble à un malaise agité et infectieux s'amusant à gratter du bout des ongles des recoins sombres de la psyché humaine pour en dénicher l'étrange glamour et se rendre désirable.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.