Crocodiles + Love In Prague – Sonic (Lyon), 25/10/09

Live | publié le 27 Oct 2009 par | 2 351 vues

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Les concerts le dimanche soir, c'est toujours grisant, il y a jusqu'au dernier moment ce suspense insoutenable, cette question qui plane au dessus de nous comme une tonne de plomb : va t'on trouver l'énergie pour parvenir à hisser son cul jusqu'au pont du Sonic ou bien va t'on opter pour la solution désespérement facile de la soirée canapé / pizza / télécommande. D'autant plus délicate, la question, quand on a passé à peu près toute la journée attablé en famille à s'empiffrer de plats indécemment succulents et qu'on a du mal a respirer tellement la peau du ventre en est tendue. Mais ce concert, on y pense depuis un mois, et on a renoncé pour lui à deux autres dates non moins alléchantes (Gravenhurst à la Marquise, et Tapetto Traci au Lyon's Hall)....

On se traine donc tant bien que mal jusqu'à la péniche pour apprendre que Crocodiles, qui ont bien fait la chouille hier soir après avoir livré un concert semble t'il excellent, ont quitté Paris à 16h00 et ne sont pas encore arrivés. C'est donc Love in Prague, un duo Lyonnais guitare / basse accompagné de boîtes à rythme, qui a la lourde tâche de faire patienter le public qui se demande encore un peu s'il verra bien deux groupes ce soir. Histoire de corser un peu l'affaire (ça ne serait pas drôle sinon) il s'agit du premier concert du groupe. On sent en effet chez le guitariste et sa bassiste une certaine fébrilité, sans réellement pouvoir dire si elle est due au stress de la première scène, aux conditions exceptionnelles dans lesquelles le groupe joue, ou simplement à la fragilité qui habitent les chansons. On navigue en effet dans une pop très cold-wave, en plein milieu des années quatre vingt, période The Smiths et consorts. Très classe (armés tout deux de superbes Rickenbaker, je ne ferai jamais assez l'apologie de ces instruments) le groupe joue ses chansons posément, sans fioritures, sans réel jeu de scène - et si ce minimalisme convient bien au son du duo, à la voix du chanteur (plutot discrète) et au style dans son ensemble, on aimerait voir quelque chose d'un tantinet plus affirmé - d'autant que la qualité est là, dans l'interprétation comme dans l'écriture. Les amerloques tout juste arrivés lorsque LiP termine son set, on a droit à un titre en rappel, et c'est une excellente chose, car ce morceau se révèle pour moi bien au-dessus de quelques autres joués juste avant.

On va assister d'ici quelques instants au concert de l'un des rares groupes qui passe plus de temps à s'installer qu'à jouer (et je ne parle même pas de balances). Crocodiles est donc en quatuor (contre deux musiciens sur le disque) : guitariste, bassiste, batteur et chanteur (qui prend une guitare lui aussi de temps à autre). Après avoir lancé une boucle de loopstation criarde, remplie de reverb et de delay (je pense que ce sera le cas durant tout le set d'ailleurs) le guitariste est rejoint par le reste du groupe, et c'est parti pour à peine trente-cinq minutes d'énergie post-punk hallucinée. Alors que l'album laissait présager de plus de retenue, jouant sur un certain psychédélisme, sur scène c'est juste une déferlante de watts, de sauts, et de cris. Crocodiles se présente sous un visage excentrique et complètement décomplexé, on se retrouve instantanément perdu en plein Joy Division, et c'est vraiment bon. Clou du spectacle, l'évident single "I Wanna Kill". Après une demi-heure de set le groupe se laisse (difficilement) convaincre de remonter sur scène pour envoyer avec une fausse désinvolture une reprise du "Warsaw" des mancunéens cités précédemment, puis les lumières se rallument éclairant un public surpris et ébouriffé qui vient tout de se prendre une bonne décharge de 220 volts. Il n'en fallait pas plus.

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).