FELDUP: Arthur, Félix et la clef…

A tout juste dix-huit ans Félix Dupuis (aka Feldup) publie un premier album étonnant de maturité. La chose est aussi rare que remarquable. A Thousand Doors, Just One Key – écrit et réalisé en solitaire –  qui sort ces jours prochains chez Talitres, s’il ne réinvente pas l’entièreté du langage musical comme un  jeune homme aux semelles de vent réinventa l’écriture poétique, offre objectivement des propositions qui, à moins d’être sourd, laissent entendre des perspectives ambitieuses. La maîtrise musicale avancée ne cache pas ses influences (regroupées au début des années 2000 pour l’essentiel), mais permet une construction cohérente qui développe un ton mélancolique et expressif. Il y a chez Feldup de la brutalité et de la sophistication. L’envie évidente de mettre en forme l’émotion fait ici dépasser le niveau du fabriquant, pour situer Félix Dupuis dans celui de l’artiste en devenir. «Century Long Fire» et «Falling Apart» qui ouvrent l’album et «Paris I Hate You» qui le clôt, sont des jalons sur une voie syncopée.

Rimbaud écrivit son œuvre avant l’âge de vingt ans. Puis il s’arrêta. Après lui un chemin s’ouvrit pour d’autres. On espère que  l’écriture de Feldup ne s’éteindra pas et qu’il tracera lui-même cette nouvelle route dont il tient la clef.

Jean-Noël

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d'amplis Fender. Né en 1962 - avant l'invention du monde virtuel - pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.