Iko Chérie / Dreaming On

Disques | publié le 26 Déc 2015 par | 702 vues

ALBUM COVER Iko Cherie - Dreaming On ER-240x240Sur les étagères déjà bien trop encombrées de nos espoirs déçus, il y aura (sans doute ou peut-être) cet album de Lisbonne que nous attendons depuis bientôt trop longtemps. Car c'est peu dire que le projet solo de Marie Merlet avait su nous charmer avec une série de singles pop délicieux à l'esthétique lo-fi raffinée et délicatement rétro. Si la londonienne d'origine bordelaise a décidé de revenir nous bercer avec ses douces et rêveuses mélodies, c'est donc désormais sous le pseudonyme de Iko Chérie qu'elle s'attelle à la tâche. Mais plus qu'une rupture radicale de style, ce changement de nom semble d'abord représenter les débuts d'une oeuvre musicale envisagée sous forme de groupe puisque Marie s'est entourée pour la réalisation de ce disque de ses collègues de Monade (Julien Gasc, Emma Mario) et Zooey (Mathieu Beck). Sans être l'équivalent d'une terrifiante prise de stéroïdes, ses chansons y gagnent sans doute en aplomb, en complexité et en profondeur technique tout en conservant l'équilibre précaire et l'écriture si particulière, moelleuse, tiède et intimiste des compositions précédentes.
Et s'il y a bien quelque chose dont Marie Merlet ne sait pas s'affranchir et c'est juste tant mieux, c'est d'une élégance naturelle que l'on aime s'imaginer typiquement française; toute à la fois charmante et tranquillement distante. Ce caractère marque sereinement de son empreinte l'ensemble de Dreaming On; un premier album enveloppé du bout des doigts dans un toujours enchanteur velours rétro, tout à la fois totalement musicalement référencé et farouchement cinéphile. Les figures tutélaires transparaissent ainsi parfois de façon explicite comme Brian Wilson sur un artisanal et hypnagogique "Flowers for Brian", le Jean-Luc Godard de Pierrot le Fou sur un "Comme Ferdinand Et Marianne", ressuscitant de manière précise l'esprit libertaire, vif et coloré du film ou le classique "Dreaming" de Sun Ra adapté pour l'occasion et de très belle façon en français. Car l'aisance et le plaisir linguistiques sont retrouvés en permanence chez Iko Chérie. La mélancolie mélodique s'exprime tranquillement à la fois par le verbe et la voix naturellement suave de Marie Merlet dans une langueur toute douce amère, Hayworthienne en noir et blanc, en permanence séductrice, presque immatérielle ("If Every Song Could Break Your Heart" et "Even The Stars "). A l'autre bout du scope du disque, il y a quelque chose du Katerine des tous débuts dans le ravissant maniérisme en série d'instantanées Polaroid jaunis par le temps de la bossa nova soixante-huitarde et nostalgique du "Jardin des Plantes" tandis que Laetitia Sadier apporte son gage de singularité à l'excellente et stereoloabienne - mais comment aurait-il pu en être autrement? - pop song "Go Now!" Et de pop, il sera aussi question sur un "Wild Child", chaud et d'une clarté matte ou un "Colour Me Dark" au parfum lo-fi presque Sarah Records.

Dreaming On dessine précisément les contours d'un univers riche où les références musicales des sixties et de l'indie pop s'entremêlent aux classiques hollywoodiens noir et blanc et à la Nouvelle Vague. Loin d'une vénération béate de ces périodes, les couleurs pastels n'apparaissent souvent que pour furtivement révéler un sentiment tenace de mélancolie et de perte inexorable. Si ce n'est pas encore suffisant pour nous faire totalement oublier Lisbonne, Dreaming On reste un très beau début...

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.