Simian Ghost / Youth

Disques | publié le 21 Mar 2012 par | 1 982 vues

De ce côté ci de la rédaction de Dark Globe, on ne cache pas son penchant coeur d'artichaut et on l’avoue sans grande honte : on avait succombé avec peu de résistance aux mélodies électroniques et émois existentiels du suédois Simian Ghost. Auparavant projet du seul Sebastian Arnström, Il avait été rejoint dans un premier temps lors de ses concerts par le duo Light Vibes ; de proches connaissances puisqu’il s’agissait de son frère Erik Klinga et son pote de lycée, Mathias Zachrisson. La collaboration sur le live semblait avoir été convaincante pour toutes les parties puisqu’il avait été décidé de la renouveler pour l'écriture du nouvel album. Séduit par les deux premiers singles de ce dernier, "Wolf Girl" et "Curtain Call", tout en fraîcheur et heureuse mélancolie, on attendait depuis déjà plusieurs semaines de pouvoir jeter une oreille sur le nouveau album, Youth, histoire de vérifier qu’un de nos béguins préférés méritait bien toujours notre affection.

"Curtain Fall" est le parfait détonateur de la galette: court et jubilatoire, déjà léger et flamboyant, caractéristique de la pop toute en évidence du disque, avec la voix désormais reconnaissable de Sebastian Arnström ondulant en permanence entre douce nostalgie et fragile optimisme. "Youth", le morceau éponyme de l’album, enveloppé dans son atmosphère onirique ("I feel myself drifting off with you"), sa description sensuelle de l'être aimé ("I feel your heart in my hand"), s’amuse sur des sonorités électroniques dissonantes, des fausses pistes musicales pour mieux s’engager sur un final timidement béat et enchaîner avec "The Capitol", comme cachet indie pop du groupe. Tout en audace, "Wolf Girl" s’autorise un romantisme naïf tout en chatoiements et évitant la mièvrerie. En comparaison, la deuxième partie de Youth semble moins consistante, peut-être la démonstration des difficultés du groupe à mettre en valeur des morceaux plus lents : les un peu trop bénins "Sparrow"et "Sirens" et le pas assez crooner "Fenix". Mais "Automation" regonfle en substance l’ensemble avec un easy listening péchu avant de conclure l’album sur une note douce amère avec un "No Dreams" beau comme un ciel azur couvert de nuages noir.

Lorsque nous l’avions rencontré, Sebastian Arnström nous avait présenté Youth comme l’évocation du sentiment de jeunesse. A l'écoute de celui-ci, on comprend mieux sa pensée : il se dégage de l’album une insouciance et un hédonisme contaminés par des effluves de langueur. Cet entre-deux emblématique des sentiments du passage vers l’âge adulte est parfaitement illustré par la pochette de l'album avec ce portrait de jeune femme, regard frondeur droit vers l’objectif, au visage tuméfié comme autant de cicatrices sentimentales affleurant physiquement et visuellement à la surface de sa peau. Malgré cette sensible cruauté, Youth a des allures bucoliques d’éveil printanier, de fraîcheur de la rosée au matin et de rayons de soleil traversant une forêt d’arbre.

En partageant Simian Ghost avec les deux loustics de Light Vibes et en collaborant avec eux sur la composition de l’album, Sebastian Arnström a étendu son vocabulaire et ses ambiances musicales. Pour comprendre que l’influence a bel et bien été réciproque, il suffira ici de comparer le morceau "Youth" par exemple et le jouissif "Wish We Had" des Light Vibes et de remarquer les similitudes en terme de sons et gimmicks. Grâce à cette association réussie et en laissant un peu de côté l’électronique, l’univers de Simian Ghost gagne en cohérence par rapport aux efforts précédents. Il s’enrichit aussi de légèreté et d’une chaleur organique débordant souvent sur une sensualité candide et pleine de charme. Celle-ci est sublimée par une production subtile et astucieuse, offrant un authentique écrin d'élégance aux chansons de Youth et soulignant, encore une fois, les compétences d’Arnström en la matière.

Bizarrement, alors qu’il témoigne d’un retour dans l’esprit à une forme d’innocence et à un tranquille renouvellement tout à fait scandinave dans sa sonorité, Youth s’installe comme l’album de la maturité en terme de style pour Simian Ghost. Sans toutefois complètement les renier, il s’éloigne des recherches de Infinite Traffic Everywhere, des essais chillwave de Lovelorn et pose les bases pour un nouveau point de départ pour Simian Ghost en tant que groupe. Youth est la balise à partir de laquelle les trois membres pourront se lancer à la conquête du monde. Ils le méritent bien.

(En écoute ci-dessous, l'album complet)
1. Curtain Call / 2. Youth / 3. The Capitol / 4. Wolf Girl / 5. Sparrow / 6. Fenix / 7. Automation / 8. Siren / 9. Crystalline Lovers Mind / 10. No Dreams

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées de Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.