The Lemonheads – La Maroquinerie (Paris), 26/04/12

Live | publié le 09 Mai 2012 par | 2 580 vues

Y'a pas à tortiller. Reproduire un album en intégralité en live représente indéniablement un intérêt plus lucratif qu'artistique pour d'anciens groupes qui misent sur les trentenaires nostalgiques dans mon genre pour remplir les caisses. Car même sans avoir été particulièrement emballé par les prestations des Pixies ("Doolittle Lost cities Tour") ou du Wedding Present ("Bizarro Tour"), il n'y a pas vraiment eu d'hésitation au moment de se décider à aller voir en concert les Lemonheads pour la reprise de leur album phare It's a Shame about Ray, sorti en 1992 (piou, vingt ans!). Enfin, pour ce qui est des Lemonheads, il s'agit surtout de leur leader Evan Dando ; le reste du line-up ayant changé depuis leurs débuts presque autant de fois que le petit ami de Paris Hilton lors des six derniers mois. Au delà de la supposée petite perfection de cette album majeur des nineties (Classic Album Award aux NME Awards USA en 2008) tout en mélodies directes et accrocheuses, aux accents Beatlesien version West Coast USA, It's a Shame about Ray, c'est avant tout chez moi une boîte à musique fonctionnant sur mode mélancolie : une cassette offerte par une ancienne amoureuse (It's a Shame about Ray sur une face, Come On and Feel sur la seconde, soit en deux albums la définition même du charme Lemonheads), une mixtape avec l'excellente chanson Rudderless confortablement coincée entre le Kool Thing des Sonic Youth et le Star Sign des Teenage Fan Club à fond les ballons dans l'autoradio de la Peugeot ; autant de souvenirs comme des bouffées de nostalgie saveur douce amère.

Rendez-vous donc à la Maroquinerie ce jeudi 27 Avril et première surprise : malgré ce qui est indiqué sur le ticket, pas de première partie à l'horizon. Ce sont les nouveaux membres des Lemonheads, le bassiste et le batteur, qui s'amusent à une bataille de DJ près de la régie. Leur set provoque autant de réactions qu'un pet de plancton dans l'océan Pacifique à l'exception d'un petit garçon d'à peu prés six ans qui breakdance au milieu de la fosse vide et à qui on peut prédire un bel avenir sur les pistes de danse dans les deux décennies à venir. Toujours est-il qu'un quart d'heure avant le début du concert, la Maroquinerie sonne le creux, et la soirée prend l'aspect d'un four.

A neuf heures, Evan Dando apparaît sur scène, guitare acoustique sous le bras, cheveux toujours aussi longs, bien conservé malgré sa quarantaine bien entamée et ses excès passés d'alcool et de drogues, costaud sur ses appuis, chemise de bûcheron rouge tachée sous son coude comme au bon vieux temps, mais par-dessus tout, inexpressif. En solo, Il récite ses chansons les yeux mi-clos ou perdus dans les airs, grand bonhomme figé sur son coin de scène derrière son micro.

Le bassiste et le batteur le rejoignent ensuite pour débuter la reprise de l'album, "It's a Shame about Ray", tandis que Dando remplace sa guitare acoustique par une électrique. Son attitude, elle, ne change pas d'un iota. A enchaîner les morceaux avec aussi peu d'envie, à donner l'impression qu'il préférerait chanter autour d'un feu avec ses potes et sans même mettre en question le professionnalisme du bonhomme, on ne peut s'empêcher de se poser des questions devant une telle attitude : est-ce une réelle timidité, une manière d'être, un mal être lors des concerts, sait-il pertinemment qu'il lui faudra interpréter, pour se remplir les poches, pendant le restant de son existence un album qu'il a écrit voici près de vingt ans et qu'il ne retrouvera jamais un tel succès critique ou public ou juste ma propre méconnaissance du personnage, mes erreurs d'interprétations? Toujours est-il que Dando charge en apathie et presque dédain ses propres chansons, comme si elles ne lui appartenaient plus, comme s'il les mettait lui-même à mort.

Étrange impression de remarquer que ses deux musicos et même le public sont plus enthousiastes que lui. Car entre-temps, la salle a eu le temps de se remplir aux trois quarts. Dans le public, un jeune homme sans doute né la même année que la sortie de l'album, travaille bien seul à un head bang non stop. Plus intéressante, une ravissante jeune femme aux cheveux coupés très courts, aux lèvres parfaitement dessinées et habillée d'un imperméable sombre se distingue comme un soleil noir au milieu de la fosse. Un ange passe avant de s'écraser devant la réputation de Dando en matière de tombeur de groupies ; monde de merde.

Le groupe s'épargne le "Mrs Robinson" de Simon and Garfunkel que Dando méprise et l'album, comme la galette, est finalement expédié en un clin d'oeil d'escargot; moins de trente minutes. Le bassiste et le batteur s'éclipsent alors tandis que Dando débute un nouveau set en solo durant lequel il s'emporte contre un retour scène qui ne fonctionne pas correctement. Petit soulagement : cet homme possède bel et bien des sentiments. Enfin, ses deux acolytes le rejoignent pour la dernière partie d'un set plus improvisé durant lequel Dando indiquera parfois les morceaux à interpréter. Un "Great Big No" pour conclure, Dando jette un coup d'oeil à son batteur, esquisse un "thank you very much" à moitié audible et dégage de la scène plus vite qu'il n'est arrivé. Son roadie éteint l'ampli. Les lumières se rallument dans la salle. C'est fini.
Dans la rue, le tour manager du groupe s'est déjà assis au volant d'un sympathique mini van anglais vintage sixties qu'il fait chauffer en enfumant la moitié de la rue ; parfaite métaphore de la soirée que je viens de vivre et belle confirmation que ce n'est pas beau de vieillir.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.