Wave Machines / Pollen

Disques | publié le 03 Avr 2013 par | 1 090 vues

wave-machines-pollen240x240Bizarrement, tandis même que je t’écris ami lecteur, je n’arrive plus vraiment à retrouver les raisons précises pour lesquelles j’étais aussi anxieux à l’annonce du second album des Wave Machines. Je me souviens encore de cette diffuse prémonition, de cette impression que mon histoire pleine d’affection pour ce groupe de Liverpool allait arriver, comme tant d’autres,  à sa triste fin, noyée le bec dans l’eau, les fesses dans les airs, une bonne claque sur les miches... Pourtant entre Wave Machines et moi, tout avait très bien commencé voici quatre ans avec l’album Wave if You’re Really There et sa pop racée et ludique, singulière et dansante, avec des zestes de douce électro dedans et une voix masculine qui pousse dans les aiguës façon Bee Gees (tic musical qui m'agace la plupart du temps mais nous n'en sommes plus à un paradoxe près). Est-ce qu’il s’agissait de ce titre en avant-première du second album que j’avais entendu entre deux portes, l’oreille perdue ailleurs et qui m’avait emballé comme une barre de chocolat Milka manipulée par une marmotte estropiée et perturbée par son problème d’alcool? Ou encore la peur du syndrome du redouté second album et de son inéluctable conséquence : cette trop fréquente (grondement guttural) prétendue “maturité” toute en chienlit. Toujours est-il qu'au moment de le laisser s'engouffrer dans mon mange-disque, ce n'était pas vraiment Monsieur Espoir qui s'essayait au Break Dance sous mes petits yeux verts enchantés mais bien plutôt Madame Déception et son gros cul sur le point de s'effeuiller.

Et bien celle-ci a juste le temps de renfiler sa culotte ; Pollen , le second album des Liverpuldiens est tout à fait enthousiasmant. Plus intellectuel, plus riche, moins sensoriel et joueur que son prédécesseur, si Pollen cède au traditionnel besoin d'affirmer le sérieux du groupe, il le fait avec intelligence et sans forcer le trait, préférant le défrichage autour de la zone de jeu habituelle du groupe plutôt que la totale remise en question. Ainsi “Ill fit” autant que “I Hold Loneliness” entouré de sa funk blanche rétro 80’s à la classe moite et sensuellement lascive auraient sans aucun doute pu s’incruster tranquilou au milieu de l’album précédent. Mais c'est “Counting Birds”, le morceau d'ouverture qui pose déjà les bases de la démarcation ; berceuse grinçante et sous tension au chant haché, presque parlé, accompagnée de violons dramatiques et dessinant une atmosphère quasiment cinématographique. Tandis que le politique  "Blood Will Roll" aidé par sa rythmique syncopée et porté par une bonne tranche de lyrisme sans gras, serrent ce morceau de bravoure de près de six minutes dans une dramaturgie élégante et tout à fait excitante. Sous des apparats parfois doux ou éclatants ("Gale") c'est une tension remplie de pessimisme qui supporte l'album. Par exemple, le titre éponyme "Pollen", tout en calme et tendresse auditive, raconte la disparition de travailleurs chinois noyés dans la vase de la baie de Morecambe en 2004 tandis que l'émouvante conclusion de "Sitting In A Chair, Blinking" au fatalisme désabusé clôt la galette en déposant un goût doux amer dans la bouche.

Avec Pollen, les Wave Machines enrichissent leur champ lexical, s'aventurent dans un territoire plus sombre que leur précédent effort pour y gagner en épaisseur symbolique, et cela tout en conservant leurs habitudes et particularités délicates de dandys musicaux premiers de leur classe ; grand écart réalisé avec intelligence et les doigts dans le nez. La classe.

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Posté par Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.