Ceux là, s’ils sont belges et basés à Mons et Charleroi, ne suivent pas vraiment la voie historique Factory Benelux/ Disques du Crépuscule, cold et new wave, initiée puis développée par Annik Honoré et Michel Duval au début des années 1980… Au contraire, on entend chez La Jungle (techno /trans ) et Spaguetta Orghasmmond ( disco/kraut/post-punk) qui ont fusionné depuis presque trois années, de l’afro beat et du disco punk rythmiques et déjantés, soit une sorte de joyeux bazar qui semble filer tout azimut dans un élan irrépressible et peu contrôlé dans ses embardées.
Ce qui devait rester une collaboration live entre les deux formations belges, s’est transformé en un projet durable qui a donné Disco Chiesa , dont le premier lp éponyme enregistré en mars 2025 est paru en fin novembre 2025 ( d’où cette session de rattrapage ). On retrouve dans Disco Chiesa toute « la fine équipe » des 5 membres des 2 groupes belges qui s’entendent comme larrons en foire, musiciens jouant pour une scène carnavalesque de James Ensor… Le résultat qui se résume mal stylistiquement, est un mélange de rock indé, de punk sauvage, de disco hypnotique terriblement entraînant. Le « super groupe » a beaucoup tourné, mené collectivement, avant d’enregistrer cette folie musicale surréaliste, née d’une union non pas St Gilloise, mais de forces qui driblent et shootent quand même en first league!

photo par Studio Derville
Disco Chiesa est musicalement une entité à part entière et non un collage de deux groupes . Il y a une vraie alchimie, audible, un mélange qui n’a rien d’artificiel. Quel fil conducteur dirige l’ensemble? C’est peut-être difficile de le décrire avec précision, ainsi que je l’évoquais plus haut, parce que rien ne ressemble à rien de connu au préalable. Là, je m’écris : « Formidable et rare ! Eurêka ! » ( comme s’exclamerait ce bon Triphon Tournesol).
Sur tout l’album il y a un groove dansant, disco et tropical , mis à la sauce krautrock/post- punk. Il y a aussi de superbes mélodies et de l’énergie à ne plus savoir qu’en faire, du chant en italien , l ‘italian disco s’acoquinant ici avec des séquences prog …Il fallait y penser. Foutoir ou richesse musicale ? Je penche pour la seconde option.
Pour prendre un exemple éclairant de la musique de Disco Chiesa ( l ‘Église Disco !), on peut écouter tout ce qui est joué sur un titre comme « Ali Buma Ye ». A la base de l’ensemble on trouve un rythme binaire tenu par une séquence de synthé « synth-punk » à la mélodie simple et accrocheuse. Puis les strates se superposent. Le beat punk demeure, efficace, renforcé par une basse qui groove. Vient un bongo par-dessus les refrains, et du tom basse martelé pour les couplets. Mika le chanteur nous narre le combat entre Mohamed Ali et Georges Foreman (1974), sujet qui peut paraître incongru à première écoute mais qui fait totalement sens avec la musique dès le deuxième round…
« Bestie Fiera » est un autre exemple édifiant: un rythme bien groove, pêchu qui donne du jus ! Des notes de basse, de clavier, de guitare s’ajoutent et il semble que le morceau vient à nous comme si nous l’avions toujours attendu.
Ces belges sont fortiches, vraiment. Et presque, sur ce coup là, révolutionnaires ! Lp disponible sur bandcamp. Tirages vinyles en nombre limité.
https://lajungle.bandcamp.com/album/disco-chiesa

Peintre et guitariste, adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.