Impossible d’entamer sereinement cette nouvelle année 2026 sans regarder mes traces de freinage sur la piste effrénée de 2025, histoire de ne pas « quitter cette île de rêve sans jeter un dernier regard » (Bergman/Bashung).
Un certain rock made in France – et/ou francophone- m’a longuement retenu et c’est une très bonne chose dans un paysage global pas forcément passionnant, du moins à mon point de vue. Je détaille et pose ici quelques jalons essentiels.
Dans la production hexagonale récente il faut absolument retenir le nouvel album d’Arman Méliès. Un disque au nom prédestiné, « Ambrosia », nourriture des Dieux de l’Olympe qui est un album envoûtant, balade nonchalante dans l’univers onirique de l’artiste, avec sa poésie mélancolique, fantasmagorique et hypnotique. Le tout est servi par une partition élégiaque, violon et banjo en exergue. Illustration en musique avec le titre « Belle de nuit », du nom de la fleur péruvienne Mirabilis Jalapa, dont le parfum délicat se répand à la nuit tombée, quand elle ouvre ses fleurs en trompette. Et la vie nous effleure, et la vie prend racine…Vent d’espoir floral dans la désespérance…
D’une fleur à l’autre, transition assurée vers une fleur de jouvence, un anthurium à spathe rouge pour la pochette de « Reloaded », l’inattendu et enthousiasmant retour de Kas Product, 39 ans après la sortie du précédent album studio du groupe. Son complice Spatz disparu en 2019, la divine prêtresse Mona Soyoc a su réinventer le groupe en s’entourant des inspirés Thomas Bouetel (ex Monty Picon), aux claviers et machines et Pierre Corneau (ex-Marc Seberg et Dominic Sonic) à la basse métronomique. Kas Product revigoré ! Le retour de la cold wave au pays de la synth pop frenchy !! En attendant rapidement un nouvel album (juste parce qu’on est devenu gourmand et que ce « jeune » trio semble empli de sève créatrice !).
Et quand on parle de rock made in France, du moins si je vous en parle, je ne peux oublier Bashung qui reste un phare pour la scène hexagonale la plus aboutie. La référence absolue pour une classe à la française qui a fleurté avec Gene Vincent, Presley et Link Wray … Les rumeurs laissaient espérer une ressortie de l’album mythique « Pizza » (dont l’inaltérable « Vertige de l’amour » et son fameux riff d’intro inventé par feu Olivier Guindon, le Clapton d’Aix en Provence), Grand Prix du Rock français en 1981, ressortie augmentée -pourquoi pas rêver- des maquettes enregistrées à l’été 1980 dans les studios Phonogram avant le départ du groupe pour enregistrer l’album chez Dave Edmunds à Rockfield. Partie remise sans doute ! En tout cas je l’espère !! Mais pour patienter, et rester dans mon sujet, plongez dans le superbe concert à l’Olympia de Bashung mi-juin 2008, témoignage important et émouvant de cette dernière tournée aux accents crépusculaires, avant que « plus rien ne s’oppose à la nuit ». Enregistrement enfin dispo depuis l’été 2025 en high res audio sur les plateformes. La reprise dépouillée et déchirante du « Nights in white satin » des Moody Blues en guise d’au revoir… « Faîtes de beaux rêves »
De l’aube à l’aube, retour dans le monde du vivant. Warhaus tout d’abord, avec l’hypnotique et enthousiasmant Karaoké Moon Tour du groupe de Marteen Dewoldere, le Jim Morrisson flamand, a démontré que sur scène il n’y a pas seulement les anglo saxons qui assurent le haut niveau. Pour s’en persuader la captation du concert à l’Ancienne Belgique de Bruxelles a été mise en ligne. A redéguster sans modération !!
Idem avec les prestations de Gaspard Royant, artiste qu’il faut suivre de près. Abonné en 2025 aux concerts en solo avec Life is a Minestrone, le crooner vintage, l’héritier de l’esprit Motown au groove Northern Soul a investi La Maroquinerie de Paris fin décembre en format big band pour une Christmas Party avec vin chaud, biscuits de Noël et répertoire de Christmas songs (originales ou reprises) égrenées avec ses invités, parmi lesquels Bobbie, Héléna Nogueira ou encore Aurélie Saada (ex Brigitte). L’occasion pour Gaspard d’annoncer un prochain album à venir en duo avec cette dernière sous le nom de Ravages. Je vous en reparlerai.
Au rayon des bonnes nouvelles à venir en 2026, j’attends impatiemment, dans ce territoire musical qui mérite tout notre intérêt d’auditeurs – vous l’avez compris avec cette chronique – , la sortie de l’album de Yan Péchin et Emma Foreman, annoncée pour fin janvier. Habitué à prêter sa guitare aux projets des autres -des plus célèbres aux plus indés- Yan Péchin s’est consacré à habiller musicalement un projet personnel avec la chanteuse anglo-saxonne. Deux premiers clips ont été diffusés en prélude, « Stomach Parlor » et « Empty Space ». Release Party à ne pas manquer le 26 février à Paris au Nouveau Casino pour cet album dont les premiers extraits fleurent bon le Velvet.
C’est certain, il y a par ici une vague indé à part entière qui n’imite personne et ne doit rien à personne, avec ses racines propres et ses influences. Ne glissez pas à côté.
Frenchy but chic !
Photo mise en avant: Gaspard Royant ( Rolling Stone)

J’ai grandi à l’aire des dauphines, jeune scélérat sans roi. Adolescent, une voix à la radio m’a soufflé « Je fume pour oublier… » et a éveillé ma curiosité musicale jusqu’à l’envie. Balayés le disco et ses paillettes, le noir était de mise et resterait ma livrée. Toujours pas dynamité d’aqueduc, à peine dressé quelques loulous… J’aime la musique qui ose et les voix qui en imposent. Et que ne durent…