Alan Vega sortit son premier album solo aux USA en 1980. Pour se distinguer de Suicide et qu’on comprenne bien la différence, il lui donna pour titre son propre nom. Dire qu’au même moment le duo avec Martin Rev cartonnait serait un rien exagéré, mais les deux associés en étaient tout de même arrivés à leur second album sur ZE Records, étape toujours délicate dans une carrière discographique. ZE Records, en tout cas, croit en eux et pousse Suicide vers une synth pop disco, qu’il voudrait déclinaison hybride de Donna Summer et Georgio Moroder .
Vega n’a rien contre, mais il aime surtout le rock n roll à ses prémices, le rockabilly et Presley qui est son modèle absolu. Avec son premier disque solo c’est dans ce sens qu’il veut aller. Pour être sûr de ne pas se faire sur-produire ou piéger, il enregistra dans les conditions du live ce Vega que nous retrouvons aujourd’hui remasterisé et proposé en édition luxe.

Le travail réalisé aujourd’hui ne trahit pas le minimalisme rock originel ni la vision esthétique de l’artiste new yorkais. “Jukebox Babe” qui devint un véritable hymne rockabilly dans l’hexagone à sa sortie française au printemps 1981, classé 25 ème dans les charts durant plus de 10 semaines, sonne toujours incroyablement et n’a pas pris une ride. Il n’est pas pour autant botoxé par l’édition 2026. “Kung Foo Cowboy” est resté tordu et bluesy, “Ice Drummer”, pure chanson pop aux guitares cristallines, fait encore entendre son solo d’harmonica hululant qui vous donne immédiatement des frissons… De quoi? On ne sait pas…
Le travail de Josh Bonati , à partir des bandes d’époque, est une petite réussite qui actualise sans dénaturer un album fondamental des années 1980, augmenté de demos dans sa nouvelle version. Le premier opus d’ Alan Vega n’est pas aseptisé par la réédition de Sacred Bones Records; l’indépendance d’esprit voulue avec Vega reste entière – on se demande d’ailleurs comment une quelconque mutation plus « main stream » aurait été possible?
Un disque culte, d’art punk rock, qui nous fit vibrer en son temps, inventant il y a presque cinquante ans (!) le mélange du rock , de l’électronique avec une certaine rudesse sauvage et brute. L’édition 2026 – plusieurs tirages vinyles couleurs et cd – , de 15 titres au total, est une opportunité pour retrouver et redécouvrir ce chef d’œuvre de pop culture.
https://alanvega.bandcamp.com/album/alan-vega-deluxe-edition

Redac chef chez Dark Globe, a le rôle ingrat! Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.