Avant toute chose, je me dois de préciser que je connais plutôt bien les No Jazz Quartet, pour les avoir vus sur scène un certain nombre – voire un nombre certain – de fois, avoir partagé la scène avec eux pour leur premier concert (en 2019), les avoir même accompagnés en tournée et joué ou enregistré avec les ¾ du groupe.
Et malgré cela, je vais essayer de relever deux défis : ne pas me laisser aveugler par les sentiments et éviter ce que je fais depuis le début de cet article : vous raconter ma vie au lieu de parler du groupe. Donc là, promis, c’est fini !
Pour parler de ce second album, The Storm Is Coming, il faut sans doute revenir un peu sur le premier. Même s’il était, à mon avis, largement supérieur à la grande majorité des productions hexagonales (et pas seulement) en ce qu’il s’agissait vraiment d’un album de rock et pas juste d’une soupe tiédasse agrémentée de sons saturés, de recettes éculées et de cette énergie (« ça envoie ! ») qui semble être le leit-motiv désespérant d’un nouveau public rock que, personnellement, je trouve très peu exigeant ; quelques points me gênaient quand même.
D’abord une noirceur qui me paraissait un peu trop ostentatoire. C’était peut-être juste un peu trop noisy à mon goût. Mais même sans être grand fan de pop acidulée, légère et souriante, ni des jerkeries sixties où l’on fait passer le vide pour de la légèreté, j’avais la sensation d’un trop plein de ce pessimisme rageur et agressif que j’ai tendance à trouver un peu trop premier degré. J’ai toujours pensé que le second degré ou la dilution (sans tomber non plus dans l’homéopathie) permettaient de faire passer des idées ou des convictions quand une agression brutale n’entraine qu’une réaction et prive souvent de réflexion.

Ensuite, je n’étais pas convaincu par le mélange des deux voix de Paul (Sonic Polo) et Cédric (les deux guitaristes) dont l’accord n’était pas pour moi d’une évidence flagrante.
Et, pour noter un troisième petit truc qui me dérangeait, je trouvais la basse (Pierre) un peu bavarde et pas assez en soutien des guitares. Il me semblait aussi que, même si le but d’un nouveau groupe ne peut pas être d’effacer le passé des musiciens qui le composent, cela restait trop proche d’Elektrolux (ou Shiloh) groupes précédents de Cédric et Manu (drums). Ce n’était évidemment que mon ressenti et libre à chacun de ne pas le partager. Mais au final, c’est avec un plaisir non dissimulé que je peux aujourd’hui barrer d’un grand trait de plume ces trois ou quatre « pseudo-critiques » à l’écoute de ce second album.
La cohésion entre les deux chants s’est renforcée, la basse est partout où elle doit être et les compos me semblent bien plus riches avec des thèmes qui s’enchaînent, des rythmes mouvants, glissants, des envolées, des tensions. Quelque chose de toujours aussi puissant mais plus enveloppant, plus aventureux aussi, plus dégagé, plus libre, sans doute moins noisy, plus tranchant.
On va évidemment parler de l’influence des groupes australiens, de ce son épais et précis à la fois mais j’y entends aussi du Magazine voire du Television (plus dans certaines mélodies, toutefois, que dans le son).
Ça commence avec « The Storm is Coming », qui donne son titre à l’album et dont je vous invite par ailleurs à regarder le clip dont la réalisation est due à Marcia Romano et Benoit Sabatier (Fotogenico – le film – ainsi que plusieurs clips du groupe Pleasures). Un morceau qui est tout à la fois l’ouverture et déjà quasiment la synthèse de cet album. Tous les points forts y figurent. Mélodies, puissance, variations, précision du son, etc…

Je ne vais pas détailler morceau par morceau mais si je dois sortir quelques extraits pour l’exemple, je retiendrai :
« The Flood », que j’ai entendu plusieurs fois sur scène, avec ses changements de rythmes, d’ambiance, un riff imparable et par moment une batterie faussement disco. Un morceau qui fonctionne extrêmement bien sur scène.
« Out of Tune », de facture mélodique peut-être plus classique, qui pourrait presque évoquer le Marquis de Sade de Rue de Siam, avec une basse très présente et à bon escient.
Ou « It was worth it », qui dépose devant mes yeux la pochette du Strange Days des Doors.
Mais, vous savez quoi, je vais vous laisser continuer la découverte tout seul parce que c’est un album qui a envie de s’adresser directement à vous et pas juste de déposer ses chansons, déjà emballées, sur votre paillasson. Ajoutez-y vos oreilles et écoutez ce qu’il va devenir. Label : MARS INVASION RECORDS
https://nojazzquartet.bandcamp.com
crédits photos NJQ par Benoît & Marcia

Dilettante de la musique, de l’écriture, de l’image et de la chemise à fleurs (ou à tête de mort). J’aime bien dire ce que je pense… et j’aime tout autant la mauvaise foi. Tout est question de dosage et de sujet.