Suite à la sortie de « Layers » le 20 février chez Howlin Banana, nous avons demandé aux Marseillais d’Avee Mana s’ils se prêteraient au jeu de passer en revue leur album titre par titre. Nous nous retrouvons donc le soir de leur release party au premier étage de l’intermédiaire avec Rémi (chant/guitare), Julien (guitare), Franck (basse) et Sylvain (batterie)
EXIT
Dark Globe : Le premier morceau s’appelle donc Exit. C’est une forme d’humour ?
Julien : Pas du tout. En fait, c’est vraiment purement esthétique. À la base, ce n’était pas ce qui était prévu. Et c’est vrai que j’ai un peu fait cette proposition, je me suis dit que cette espèce d’intro au synthé, ça pouvait être très cool comme entrée d’album, je trouve ça intéressant. Sinon, il n’y a pas de sens caché, s’appelait déjà Exit.
Rémi : Le morceau s’appelait Synth Shit, à la base, parce que c’était un morceau en synthé et qu’on savait pas comment l’appeler. C’est un peu le truc, je sais pas d’où ça vient, c’est-à-dire qu’on rajoute shit à la fois à la fin de l’unanimité du morceau. Le morceau parle d’essayer de trouver des portes de sorties ou des moyens d’exprimer des choses qu’on ressent. Il y a un peu cette métaphore de la maison et des sorties qui sont envisageables. Il se trouve que Exit s’est retrouvé au début de l’album, mais comme dit Julien, c’était juste musical au début.
C’est le seul morceau où il y a du synthé ?
Julien : Dans « Always », il y en a un petit peu, dans « Reminder » aussi, mais très légèrement. Même sur « Inner Life », avant, il y avait déjà un peu de synthé sur certains morceaux. Là, il est un peu plus devant et surtout, on l’a sur scène.
GREEN BUDGIE
Le deuxième titre s’appelle « Green Budgie », c’est une chanson sur les perruches ou ça veut dire autre chose ?
Rémi : C’est un peu métaphorique. Celle-là, je l’avais écrite aux trois quarts, boulevard Chave, au bar, en terrasse. Je me sentais pas hyper bien ce jour-là, bien énervé par plein de choses. Il se trouve que les perruches vertes, en général, qui sont de plus en plus présentes dans les villes, ont un cri assez perçant. Là, ça a piaillé très fort. J’étais à ma table en train de boire mon café, de pester contre les perruches. Au bout d’un moment, je me suis dit: On va faire un petit pas de côté ça commence à être vraiment ridicule, elles n’ont rien demandé à personne. L’idée, c’était un peu ça, c’était de se rendre compte qu’il y a des moments où on déverse ses émotions sur des gens ou des choses qui n’ont rien demandé. C’est le refrain: Pauvre perruche verte.
LOVE 101
Le suivant, « Love 101 » adopte un style plus en rapport à vos débuts, un peu Led Zeppelin ?
Julien :Je suis rentré chez moi un soir après le taf. J’ai pris ma guitare, j’ai fait une note, j’ai chanté une note à la voix. L’enregistrement devait durer 10 secondes. Je leur ai proposé, ils m’ont fait: Ouais, c’est super. Allez, on développe. Et voilà, ça a démarré comme ça. C’est tout simple à comprendre.
Vous aimez bien Led Zeppelin ?
Julien : Oui, c’est ma plus grosse influence, effectivement.
Vous n’êtes pas dans le même format, Led Zeppelin c’est un peu des solos à rallonge.
Julien : C’est un aspect qu’on voulait éviter au bout d’un moment, qui fait un peu… égotrip. Sauf quand c’est très bien fait. On voulait quand même garder l’esprit plus chanson avec un aspect moderne, maintenant, c’est plutôt « radio édit ». Au début, c’est vrai qu’on avait des morceaux très longs qui duraient 8, 10 minutes. Là, c’est vrai qu’on voulait des trucs un petit peu plus condensés.
Rémi : Encore, tu dirais ça aux gens du Egg-punk, ils te diraient: « Putain, c’est trop long ! » (rires)
Sylvain : C’est bien pour les live, pendant le live, les solos rallongent, on en a un sur « Idiot Punk », mais c’est vrai qu’on aime faire un truc le plus efficace possible.
Rémi : En plus sur « Idiot Punk », pour le coup, on en joue un peu, on fait vraiment les solos blues un peu à l’ancienne. C’est un peu une blague aussi.
CATALINA
Le suivant, « Catalina », est plus en rapport avec « Idiot Punk », ce genre de titres, plutôt qu’ avec ces titres que vous aviez sortis à la façon de Wire. C’est le premier titre de l’album qui raccroche un peu le punk ?
Sylvain : Il a cette ascendance, mais je pense que c’est plus complexe que ça, peut-être.
Rémi : Je vais juste dire, par rapport au punk, c’est un terme que je n’aime pas trop employer car ce n’est pas juste le style musical. Il y a toute la culture derrière. Et non, ce n’est pas du tout le créneau dans lequel on est. Je traite de certains sujets, mais disons qu’il y a peut-être plus une influence garage et pas garage punk. Dans le punk il y a vraiment un état d’esprit, une mentalité, un truc, une manière d’appréhender les choses qui ne sont pas trop l’approche musicale dans laquelle on est. Ce sont des trucs à manipuler, je pense, avec précaution. « Catalina », effectivement, c’est plus proche des trucs qu’on a fait au départ.
A ROSE IS A ROSE
Après on a « A Rose is Rose » que j’aime beaucoup. C’est un bon exemple de ce que vous faites en terme de guitare lourde avec cette légèreté qui apparaît avec les chorus et qui génère un certain contraste. L’idée, c’était d’aller vers un style comme ça ? De changer un peu ?
Julien : En fait, au départ, j’ai trouvé un sample. J’ai vu une batterie sur Instagram qui n’était pas du tout celle qu’on joue sur ce morceau du coup. Jai mis ça en boucle et j’ai trouvé ces accords. C’était plus dans un esprit King Krulien on va dire. Je ne m’attendais pas du tout en fait à ce qu’elle soit, à ce qu’elle est maintenant, je la trouve très bien. C’est vraiment en proposant l’idée une fois encore aux gars qui vont dire « c’est trop bien vas-y ». On l’a appelé « Skate shit » au début parce que c’était un mood un peu skate. Et eux ils ont une vision qui était complètement différente, et se sont réappropriée la chanson, ils ont gardé juste cette guitare vibrato-chorus. Mais le style qui est derrière et qui l’accompagne a changé complètement.
Rémi : Pour moi ce qui a été déterminant et ce qui fait la force du morceau, c’est la batterie, c’est le pattern que Sylvain a trouvé. Et je pense qu’à ce moment-là on écoutait beaucoup Turnstile. Ils n’avaient pas encore sorti le dernier album mais c’était encore Glow On et Underwater Boy notamment. Donc il y a cette influence-là qui est aussi présente. Ce titre a un côté adolescence, sans être trop adolescent non plus.
Sylvain : Il a un petit peu ce truc-là dans le fond qui fait appel à cette idée de skate d’adolescence. Moi je me retrouve beaucoup par rapport à ce critère-là. Et par rapport à la sensation, l’émotion qu’il procure aussi.
STEALER
Ensuite avec « Stealer » on revient à quelque chose de plus lourd, c’est drôle, l’intro fait un peu Beach Boys
Rémi : Je sais pas si c’était The Who ou les Beach Boys. Ça fait Beatles aussi.
Julien : C’était un gros délire qu’on avait quand on devait juste enregistrer les voix et j’ai commencé à faire n’importe quoi dans la cabine. Rémi a dit vas-y c’est super, vas-y harmonise. J’ai fait ok, on le garde.
Rémi : C’était un gros clin d’oeil aussi à Ty Segall et à l’ouverture de son album Hello Hi qui commence aussi comme ça. Donc voilà, vu que c’est une grosse influence pour nous qu’on essaye de digérer aussi pour pas que ce soit trop présent. Mais on sent Ty Segall d’ailleurs sur ce morceau-là quand même. C’est parti d’un truc à la con, j’avais trouvé un sample de batterie, j’avais trouvé ce riff à la maison et j’avais fait une story juste sur mon compte perso. Enfin je travaillais ce truc-là à la maison. Et les gars m’ont dit c’est quoi ce riff et tout. Et du coup on a développé le morceau à partir de ça.
BASIC NEEDS
Dans « Basic Needs » on ressent une influence inédite chez vous, style Gang Of Four…
Rémi : C’est un morceau que j’avais vraiment fait à la maison de A à Z. Écrit tel quel. On a dû le jouer une fois avant de l’enregistrer en groupe, collectivement. Donc on était vraiment là dessus. Et il y a l’influence de Police aussi dans les sons de guitare avec le chorus , c’est un truc qui me parle beaucoup. Il a failli ne pas être dans l’album parce qu’on le trouvait assez différent ce qui est con, parce que c’est le seul morceau où le mot Layers, qui est le titre de l’album, apparaît dans l’album.
TUNE IN
« Tune In » sonne un peu Shoegaze ? On pourrait penser à Ride pour les voix…
Rémi : Je suis ultra fan mais ce n’est pas ce qui infuse le plus dans la musique qu’on fait. Mais oui j’ai pris une énorme tarte au lycée avec My Bloody Valentine que j’avais découvert via Brian Jonestown Massacre, une grosse influence. Avec le côté un peu plus bluesy de Spaceman 3, Spectrum, des choses comme ça. Et le côté plus dream pop de Slowdive, My Bloody Valentine, Ride et Bryan Magic Tears aussi. C’est une grosse influence dans l’écriture. Et je trouve que c’est une super belle synthèse de plein de styles musicaux qui me plaisent. Quant à l’autotune, je ne sais plus comment c’est venu. En fait j’adore cet effet il y a un truc hyper satisfaisant.
Sylvain : C’est beau, c’est pur, ça rend la voix encore plus musicale je trouve.
Rémi : Et en même temps le texte de ce morceau est hyper important pour moi aussi et je trouvais ça cool d’avoir ce côté de difficulté d’exprimer certaines choses et d’avoir ce filtre robotique. Mais les textes sont globalement très importants. Je reviens là-dessus. Mais c’est pour ça qu’on les a imprimés dans le vinyle aussi. On a bien mis l’accent là-dessus..
Vous avez beaucoup d’influences parce que vous écoutez beaucoup de choses, c’est un élément qui contribue à la richesse de votre musique. Pensez vous qu’il faut s’affranchir de ses influences ?
Rémi : En fait non, tu digères les choses et ça se fait malgré nous de toute façon. Tout ce qu’on écoute au bout d’un moment est digéré et ressort d’une autre façon et c’est ça la musique aussi. On ne copie pas, on fait notre propre truc et tout.
Sylvain : J’y crois pas du tout. Je trouve que chez tous les artistes tu peux repérer des trucs dans ce qu’ils ont écouté ou dans un truc même s’ils ne s’en sont même pas rendu compte en fait. Ils ont trop traîné à un endroit, et ils ont infusé un truc. Ce que j’ai pu faire en musique c’est clair et net et surtout avec Avee Mana à chaque fois on a toujours ce joke de « On va faire un mail à tel artiste pour faire des excuses et leur dire désolé on vous a pompé le truc » (rires). Mais je trouve que c’est pour tout le monde pareil. Tu peux prendre même Hendrix, tu peux prendre qui tu veux. Lui c’était Rory Gallagher, c’était X, c’était Y. Dans n’importe quel style de musique ça a toujours été ça.
Rémi : Et puis aussi c’est très bien de rester à sa place et d’essayer de faire de la musique mais sans prétendre faire quelque chose de nouveau, il y a beaucoup d’artistes aussi qui ont cette ambition là, qui peut être très bien. Il y en a qui y arrivent extrêmement bien. Il y a des artistes qui m’inspirent énormément, les Psychotic Monks par exemple. Ils ont développé quelque chose, et encore on pourrait dire qu’il y a eu une énorme influence de Gilla Band et de plein d’autres choses derrière. Mais voilà il y a des artistes qui arrivent à vraiment proposer quelque chose et nous je pense qu’on n’a pas cette prétention là, tant mieux si on fait une musique cool, qui est agréable à écouter,
Sylvain : Je pense qu’on n’a pas inventé l’eau chaude mais on essaye que l’eau ait une bonne qualité comme on dit à Marseille. On est des bons travailleurs pour ficeler un morceau, pour évoluer d’album en album, de projet en projet, et cet album là c’est cool parce qu’il retranscrit ça.
REMINDER
On retrouve une accalmie sur les deux derniers titres et « Reminder » fait très pop
Rémi : On est des gros fans de pop. Moi j’avais vraiment envie que ce morceau ait une énergie, même si c’est pas du tout pareil, proche de Dreams de Fleetwood Mac, qui est vraiment ce truc balade, avec l’image de la main sur la portière. Et en même temps avec un texte assez deep aussi qui me tient à cœur, et qui est un peu plus métaphorique. Le texte est assez psyché sur ce morceau là, c’est peut être un des plus psychés de l’album je pense. Mais oui, il y a vraiment cette énergie très fluide, peut être proche de choses qu’on a fait sur l’EP d’avant, comme « If You Want Me », ou des choses un peu plus pop comme ça, mais sans chercher à faire un truc trop sucré . Un truc plus doux, mais sans y être franchement. C’est un morceau où par exemple la voix n’est pas doublée. Merci John Lennon pour l’astuce! Et celui là on voulait qu’il y ait juste l’émotion du morceau et la prise. Voilà, j’ai dû en faire deux trois, il y a peut être des petits défauts, mais c’est comme ça, c’est bien spontané.
ALWAYS
On arrive au dernier titre, « Always », j’ai pensé à Eliott Smith et je me rappelle que je vous avais vu, lors d’une très belle session acoustique, est-ce que vous avez des idées pour les futurs titres, d’aller toucher d’autres choses, d’autres styles ?
Sylvain : J’espère, personnellement qu’on va continuer à voyager entre les compos des uns des autres à huis clos et ce qui est cool et rassurant, c’est que ça reste complètement identifiable. On n’a pas à chercher midi à 14h pour aller expressément chercher quelque chose d’autre, mais on se laisse juste pencher par l’envie d’aller vers là ou là. Ce qui n’est pas non plus une révolution par rapport à ce qu’on faisait avant… Je pense qu’on va continuer à chercher à se surprendre, tu vois, explorer, c’est très important.
Rémi : Avee Mana, c’est le terrain de jeu, c’est le bac à sable. Après si on tente des bonnes choses, tant mieux, mais il faut que ça reste fun et léger, quand même. Là, pour le côté acoustique, je pense qu’on a vraiment envie de développer un live acoustique, c’est un projet qu’on a pour l’an prochain.
Photo pochette lp mise en avant avec l’aimable autorisation du groupe (c) Avee Mana/ Howlin Banana

Amateur de guitares éthérées, passionné de pédales d’effets et de bières IPA, en recherche permanente de nouveaux concerts et de nouveautés post punk et dream pop.