C’est la Saint-Valentin ce samedi et, plutôt que le resto guindé, on a choisi de renouer, même de loin, avec nos béguins d’il y a quinze ans. Direction la cave du Trokson, bouquet de fleurs à la main, pour découvrir ce que sont devenus les restes de la légende lyonnaise mais tout à fait locale, Selar. Si le projet défunt a engendré deux rejetons distincts (dont G.S. Larse, évoqué ici), c’est bien pour le tout premier concert public de Selanes dans une cave blindée que l’on se presse ce soir.
À peine le temps de s’interroger sur cette étrange obsession de baptiser les projets musicaux d’après les astres de notre système solaire — Selar pour le soleil, Selanes pour la lune — et de nous installer face au quintet (Corentin à la batterie, Seb à la basse, Gaël et Sébastien G. aux guitares, Céline et Sébastien G. au chant) que l’on se retrouve en terrain connu : « Sitcoms Falling » démarre sur les chapeaux de roue, sur des routes que l’on jurerait avoir déjà parcourues.

L’indie pop-rock de Selanes est sèche, tournée en format cinémascope, balayée par un curieux goût de vents chauds et sablonneux. Plus qu’un virage stylistique, c’est un voyage qui reprend là où il s’était arrêté avec Selar. Rien d’étonnant à cela : Sébastien G. apporte la matière première, sculptée ensuite par le collectif. L’ensemble, carré, dégage un parfum délicatement rétro: est-ce dû à la chemises à carreaux, à la configuration classique du groupe avec ces deux voix ? À moins que ce ne soit cette reprise de Niagara, « Pendant que les champs brûlent », dont la fin vient s’enrouler autour des lignes de guitare du mythique « Creep » de Radiohead. Une chose est sûre : écrire des chansons aussi immédiatement accrocheuses que celles de Selanes (parmi lesquelles, on retrouvera l’excellent « February Girl » de G.S. Larse) n’est pas donné à tout le monde et le public ne s’y trompe pas, réservant une chouette ovation au groupe.
On ne connaissait pas grand-chose de Coup Dur (si ce n’est qu’il s’agit sans aucun doute du meilleur nom de groupe depuis longtemps), mais nous sommes bien heureux d’être restés pour assister au concert de ce trio formé entre Paris et Bruxelles (ça en fait des possibilités). Si Clémence (basse, chant), Avril (guitare, chant) et César (batterie) expliquent faire de la Pop Twist Yéyé , il y a en live quelque chose de gentiment punk dans ce côté sec et faussement simpliste de leurs compositions de deux minutes trente. D’ailleurs, le trio ne s’y trompe pas en reprenant le « Part Time Punks » des Television Personalities.

Les textes de Coup Dur possèdent ce côté désuet des banalités adolescentes et des drames de poche, chantés avec une insouciance qui cache un vrai mordant. Le résultat est court, ultra frais et malicieux. En piochant dans les petits riens du quotidien pour en faire des hymnes immédiats, les morceaux s’enchaînent avec une efficacité redoutable. Le charme opère à tel point que le groupe — avec Clémence grimée en demoiselle de cour époque Louis XIV — demandera même au public de lancer un pogo sur le titre « J’attendrai » filmé à cette occasion pour les besoins de leur prochain clip. Une fin de soirée en sueur et en collisions : finalement, la cave du Trokson était le meilleur endroit pour fêter l’amour ce samedi.
Photos : Guillaume D.

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j’assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l’électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu’aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.