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Disques

Geese / Getting Killed

L’album qui dérange et qui reste

C’est mon fils qui m’a donné envie d’explorer Getting Killed de Geese. Je vais être honnête, je ne m’étais pas vraiment penché sur la musique de ces jeunes new yorkais, tous dans le début de la vingtaine…Il m’a dit : « Tu devrais écouter ce truc, c’est inécoutable, le chanteur chante comme un mouton et pourtant je l’écoute en boucle ». Une phrase qui, à elle seule, résume assez bien l’expérience Geese. Une phrase aussi énigmatique que les textes de Cameron Winter, leader et auteur du groupe…

Car Getting Killed fonctionne précisément sur ce paradoxe. À la première écoute, tout semble vouloir repousser l’auditeur : un chant volontiers nasillard, parfois hystérique, des structures brinquebalantes, une impression permanente de déséquilibre. Rien ici ne cherche à rassurer ou à séduire immédiatement. Pour un vieux comme moi , baigné par le rock progressif des Pink floyd ou la pop mélodique de Prefab sprout , la première écoute pique un peu ! Le bombardement de « Trinidad », en piste numéro un, aurait pu stopper net ma curiosité . Et pourtant! Comme une évidence contrariée, l’album finit par s’imposer et il apparaît que le groupe, formé en 2021, est en mesure avec ce troisième lp studio, de tenir les promesses de Projector, premier opus que je me suis décidé à écouter, certes sur le tard, mais qui a quelque chose de génial. Quoi? Je ne saurais le dire, mais il l’a…

Geese pratique un rock nerveux, tendu, qui refuse les formes établies. Même pas un solo de guitare. Bien que le solo ne soit plus une séquence établie ou obligatoire depuis le punk, je le sais….Impossible de mettre cet album dans une case. Les morceaux avancent par ruptures, accélérations soudaines, virages inattendus. Le groupe joue avec le chaos sans jamais perdre complètement le contrôle, donnant l’impression que chaque titre peut s’effondrer ou décoller à tout instant. Cette instabilité est au cœur de l’album, et c’est elle qui le rend aussi vivant.

Le chant de Cameron Winter, volontairement excessif, participe pleinement à cette sensation d’inconfort. Il frôle souvent la caricature ( effectivement l’image d’un mouton chanteur est pertinente et si par ailleurs vous comprenez toutes les métaphores chantées, je vous paie un verre illico! ), mais derrière cette étrangeté se cache une vraie expressivité, une manière de tordre les codes du rock chanté plutôt que de les respecter. Ce qui semblait « inécoutable » devient alors une signature. Nous voilà sauvés!

Geese en 2025. Photo par Mark Sommerfield

Getting Killed n’est pas un disque aimable. Il demande du temps, de l’abandon, presque une forme de lâcher-prise. « Island of Men » qui clôt la face A est presque une longue torture de 6mns pour des instruments – la basse notamment – non ménagés par leurs utilisateurs ( cf les lignes de basse). « 100 Horses » utilisé comme single, est habité par des cuivres inattendus – il y en a chez ces surprenants new yorkais cf « Trinidad »- et hanté par la voix de Winter. Mais une fois ses écueils apprivoisés, l’album révèle une énergie brute, une intelligence de jeu et une liberté rare. Ce que vous avez entendu est une œuvre qui ne cherche pas l’adhésion spontanée, mais qui finit par créer une dépendance étrange — exactement comme me l’avait annoncé mon cher fils.

Un disque inconfortable, déroutant, à ne surtout pas écouter lors d’un apéro cosy avec des amis . Ou tout dépend des amis et de leur sens du cosy…

https://geesebandnyc.bandcamp.com

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