« J’aime pas le rock » chantait Jean Yanne, pastichant en 1962 la vague jerk, rock et Yéyé qui déboulait en France. Il fallait y voir du second degré, bien sûr, mais aussi l’expression d’un doute quant à la manipulation d’un nouveau style musical par le monde financier qui l’imposait à la jeunesse. L’humoriste râleur s’amusait d’un phénomène de société qui exprimait de nouvelles aspirations mais, en inscrivant « Johnny Rockfeller » en travers du scopitone, il posait aussi quelques questions… Entre autres celle de la liberté du nouveau courant musical…
Depuis, le rock a fait du chemin. Il a connu des mutations, de petites et grandes révolutions. Il a aussi été aseptisé , récupéré, transformé en produit de consommation destiné à la distraction pure et simple, de la jeunesse d’abord mais aussi de tranches d’âge plus étendues au fur et à mesure que sont passées les décennies. Intrinsèquement associé au business – Yanne n’avait pas tort! – il a pu quelquefois devenir un enfer pour les artistes eux-mêmes, transformés en produits ou objets. Certains l’ont décrit, de « Welcome to the Machine » du Pink Floyd sur WHWH en 1975 , jusqu’au « I hate Rock and Roll » des Jesus and Mary Chain début 1990…D’autres artistes, par contre, ont accepté sans difficulté ce qui , quoi qu’on en pense, peut être une règle du jeu… L’art doit aussi se vendre.
Qu’en est -il en 2026? Le public rock est davantage quadra, quinqua et plus si affinité, qu’un rassemblement de teenagers adolescents, de garçons et filles dans la vingtaine, mods, hippies ou punks, que sais- je encore? Ces tribus sont d’ailleurs bien moins présentes aujourd’hui -n’est-ce pas un signe? – et on peut se demander ce que sont devenus celles et ceux qui cherchèrent utopiquement à créer une contre culture. Le rock était-il ou non en mesure de bouleverser les conventions? Etait-ce pure illusion ou possibilité effective ? Les chantres de la contre-culture, de Dylan à Joan Baez, en passant par Waters, Gilmour,Mc Cartney et d’autres, sont octogénaires ( ou morts!) et surtout millionnaires… Il y a cependant celles et ceux qui ont connu des trajectoires moins heureuses… Mais ont-ils changé quoi que ce soit ?
Statistiquement, l’amateur de rock a donc vieilli. C’est logique puisque le rock a plus de soixante dix printemps… Sept ou huit décennies d’existence avec des lettres de noblesse, des hits qui enthousiasment, de véritables chefs d’œuvre de l’art du XX ème siècle ( Sergent Pepper, Dark Side of The Moon, Pet Sounds, Closer… )et des ratés caricaturaux… C’est toute une rock culture qui s’est construite. Nous nous y référons en historiens, esthètes ou en sociologues. Le genre avec ses sous divisions a une histoire. Elle n’est ni hasardeuse ni isolée d’autres faits de société et d’avancées diverses. Une petite chronologie récapitulative est nécessaire si, d’aventure, on a perdu le sens de tout celà…
Tout d’abord n’oublions pas que ce que nous aimons aujourd’hui, n’a ni été inventé par les classes moyennes ni par les catégories sociales les plus aisées, blanches et occidentales. Ce que nous aimons ( ou ses mutations ) vient originellement d’un peuple opprimé . Les origines les plus lointaines du rock sont afro-américaines . Ce sont le Blues et le Jazz. Elles se situent ensuite dans des styles traditionnels nord-américains ( Country music), dérivés des folklores de migrants anglo-saxons, irlandais, venus vers les USA… Les folk songs et protest songs (cf Woody Guthrie) s’y sont ajoutées dès la grande dépression ( années 1940 ) . Elles ont fleuri jusqu’en 1960, engagées, militantes, parce que certains artistes n’étaient que très moyennement convaincus par le modèle de l’american way of life ( Phil Ochs, Pete Seeger…)
Années 1930/40 : Le blues des états du Sud
C’est en premier lieu dans les états du sud des USA, que se développe le style blues, joué par des musiciens noirs, pour la communauté noire. « Crossroads Blues » de Robert Johnson, est le titre phare ( ou le plus célèbre) de ce répertoire. Il est enregistré en 1936 au Gunter Hôtel, Austin, Texas, lors d’une session unique. On pourrait dire que le blues est une musique communautaire à son origine, et que dix ans après son invention, quelques blancs curieux s’y sont intéressés. Dans quelle intention? La faire connaître, oui, par intérêt artistique. Mais également pour la commercialiser, ce qui a bien arrangé tout le monde.
A la même période, apparaît la première guitare électrique « hollow body » mise sur le marché. On la doit à la firme Gibson. Les progrès techniques, puis technologiques, seront toujours étroitement associés aux évolutions du rock. Cette observation est valable à toutes les décennies.
Les années 1940 qui connaissent de très larges progrès en matière de techniques d’ enregistrement et de diffusion, vont ainsi impacter positivement le développement du genre musical. Le rock est une musique faite pour être enregistrée puis multipliée via les supports. Elle n’est pas écrite la plupart du temps – ou bien est-ce à postériori . Son enregistrement est un moyen de la conserver et de la faire connaître. L’essor des techniques joue un rôle dans sa très grande diffusion, ce mouvement débutant avant le mitan du XXème siècle.
En 1949 les premiers disques 45t sont sur le marché. Ils sont beaucoup plus performants que les 78t qu’ils remplacent et font disparaître. Les prémices d’une industrie sont alors en place.
Années 1950 : Après la seconde guerre mondiale, vient un temps de reconstruction et un nouvel élan mondial sous domination américaine.
Si les Etats Unis paraissent à la pointe de l’évolution du rock and roll sur deux décennies, c’est notamment parce que c’est le pays où s’inventent des instruments nouveaux, guitares et amplis. Et parce que les stations radios se penchent sur une musique qui émerge franchement dès 1950. On peut retenir deux dates clefs:
– 1951 , première guitare électrique ”solid body” : Fender Esquire
– 1951 le DJ Radio Alan Freed à Cleveland, invente le terme de « Rock and Roll » qu’il utilise dans ses émissions et prestations.
Les premiers enregistrements en nombre important, comme leur diffusion, se font à ce moment là. Ils sont destinés à la jeunesse nord américaine. Le public est en demande , on lui répond. Le 21 mars 1952 : organisation du premier véritable concert de Rock au Moondog Coronation Ball, Cleveland ( Ohio). 20000 billets sont imprimés pour…. 10000 places. C’est l’émeute!
Mais comment sonne alors le rock and roll? Le Rockabilly est sa première forme stylistique identifiable. Stylistiquement c’est un mélange de rythmn and blues et de country music.
Elvis Presley « That’s alright Mama » (1954), Bill Haley and the Comets “Rock around The Clock” (1955), créent un gigantesque buzz qui ne va pas s’arrêter et entraine d’autres artistes dans les sillons des 45 tours!…Le Rock venu des Etats du Sud gagne le Nord du continent, notamment Chicago avec le label Chess records qui se fait grand diffuseur du genre.
1958 : explosion médiatique et commerciale. L’ échelle devient cette fois internationale. L’industrie du rock est active et installée. Une musique qui était rebelle ( et l’est encore à ce moment là ), se plie toutefois aux règles du marché. Premiers émois chez les fans purs et durs qui en 1959 annoncent ou redoutent « La mort du Rock ». Pourtant le genre reste rejeté par la société américaine conservatrice. Stylistiquement la fin des années 1950 marque l’essoufflement des premières formes rockabilly…
Une nouvelle fois, ce sont des innovations techniques qui vont relancer la machine et font avancer les musiciens. En particulier la mise au point de nouveaux amplificateurs (Vox, Marshall, Fender) qui permettent un développement et une transformation du son originel.
Années 1960 : Dans les « 30 glorieuses » on veut profiter de loisirs et s’émanciper
Les variations nouvelles se font via les styles Surf et Garage au début des années 1960. Deux tendances nord américaines qui font date. The Kings Men avec « Louie Louie » (1964) , sortent le premier hymne rock garage. Enorme succès pour cette adaptation électrique du titre doo wap bien innocent de Richard Berry qui en vend les droits pour des clopinettes… Le succès est tel que le FBI enquête sur des messages qui seraient cachés dans les paroles! La crainte de la jeunesse envahit les gouvernements…
Dans la foulée, l’Angleterre connait le British Blues Boom . Cette explosion musicale de groupes anglais est inspirée par le rock américain ( Animals, YardBirds, Rolling Stones, Kinks) et par la découverte du répertoire blues fondateur.
Philips invente la Cassette audio qui devient un nouveau support de diffusion pour une musique plébiscitée par une jeunesse au cœur des « 30 glorieuses ».
1965 : Invention de la Pop Music en Angleterre, pays qui prend la main sur les USA. The Beatles ( lps Help ! et Rubber Soul/ Sergent Pepper) en sont les inventeurs incontestables . Tout ne se passe plus uniquement aux USA désormais. Le mouvement et le style Mod ( The WHO) font des émules. C’est l’époque du Swinging London ( 1966/1967) qui fait de Londres un épicentre artistique.
The Beatles dominent alors les charts et sont à l’avant-garde de la mutation pop. Ils représentent la première révolution culturelle du XXeme siècle d’impact international. Rien de moins.
Aux Etats Unis, c’est New York qui propose au même moment le plus d’événements novateurs. En particulier Andy Warhol et le Velvet underground contribuent à l’émergence d’une contre-culture artistique. Le Rock s’associe à d’autres formes, comme les arts visuels, le cinéma, la poésie ou la littérature.
Bob Dylan , qui a sorti son premier album d’obédience folk chez CBS en 1962, s’en affranchit dès 1964. Il s’électrifie, devient beaucoup plus ambigü et invente le Folk Rock accompagné par The Hawks ( futurs The Band). Ses albums Bringing It all Back Home, Highway 61 et Blonde on Blonde sont des sommets du style. L’artiste devient un acteur majeur de la scène internationale.
Aux USA, l’émergence du rock psychédélique (Californie) avec The Doors, Jefferson Airplane , est notable sur la Côte Ouest. Ces nouveaux groupes américains deviennent les stars de la seconde moitié des années 1960, bien plus que le Velvet qui reste très local. Jim Morrison incarne un nouveau genre de front man, poète charismatique et sexué, qui dépasse largement ce qui fût l’apanage premier de Presley durant 5 ou 6 années… On pense que le chanteur de rock n’est plus seulement une voix, mais qu’il est aussi un vecteur de mots et de messages si possible subversifs. Ce qui coûtera sa sérénité à Morrison dès 1969…
En France les années 1960 voient une première scène qui fusionne rock et attitudes mod ou hippie selon le cas.. Ce sont Johnny Halliday, Jacques Dutronc, Eddy Mitchell, Antoine… Les disques Vogue, Barclay produisent et diffusent les styles musicaux incarnés par ces artistes de 22 ou 23 ans au milieu d’une décennie joyeuse où l’on aspire à se distraire. Il y a dans l’hexagone un courant qui, bien qu’essentiellement localisé dans la capitale, va diffuser un peu partout. Une autre culture se met en place dans un paysage où l’accordéon et la chanson Rive Gauche sont détrônés par les guitares électriques et les batteries.
Développement de la presse musicale spécialisée : le rock et la pop music sont une culture à part entière
Toute culture a besoin de vecteurs de transmission. Une nouvelle forme de presse se crée en parallèle d’émissions radios et ( plus tard) de programmes TV ( il faut attendre les années 1980). NME, Melody Maker, Rock and Folk, Rolling Stone (1967) sont les supports journalistiques du rock de cette période.
Fin 1960 un tournant musical d’importance: Hard Rock (Led Zeppelin, Deep Purple) et Rock Progressif ( Pink Floyd, Genesis) se placent sur le devant de la scène.
Evènements et faits sociétaux : France “Mai 68” /1969 Festival de Woodstock ( USA) à apogée du mouvement Hippie et Flower Power / mouvement contre la guerre – Guerre du Vietnam
Années 1970 : Opposition des styles, fin des 30 glorieuses et début de crise économique et sociale
La décennie 1970, troisième décennie du genre rock, voit un éclatement des genres . C’est la domination du Glam Rock (Bowie, T Rex) et du Rock Progessif de 1970 à 1975 (puis déclin). En Allemagne c’est l’ invention du Krautrock à Düsseldorf ( Neu !, Kraftwerk) qui pose une pierre à l’édifice. Le genre expérimental, utilisant les synthétiseurs, va imprégner post punk et new wave. C’est aussi le premier mouvement et style venu d’Europe qui impacte durablement le rock et ses sous genres.
Les grands festivals apparaissent cette décennie là, dans un grand élan d’utopie. S’ils se sont aujourd’hui transformés en moments essentiellement culturels et de diffusion live , ils sont alors des rassemblements idéologiques révélateurs d’une époque. La culture rock se vit dans ces moments qu’on imagine de communion, même s’ils sont très vite détournés ou montrent des limites.
1975/76 : des deux côtés de l’Atlantique émergence du mouvement PUNK .
Il s’agit ici d’une nouvelle explosion rock. Elle est en opposition stylistique avec ce qu’était devenu le rock et, par ailleurs, elle marque une désillusion de la jeunesse née à la fin des années 1950, à contrario de celle des années 1960. Le Punk , clairement, a une dimension sociologique. Un grand nombre de groupes sont politisés et revendicatifs ( The Clash en est le plus criant exemple).
LE PUNK est -il la véritable seconde révolution culturelle et artistique du XXeme siècle?
Un album essentiel , en 1977, est Never Mind the Bollocks par The Sex Pistols. Si le disque est parmi les plus connus du genre punk, c’est parce qu’il est une synthèse du genre. A la fois critique et radicalement en rupture musicale, quand bien même trouve t-il des racines chez New York Dolls ou Ramones et garde dans l’écriture un format pop ( couplets/refrain).
Le 16/08/1977 meurt Elvis Presley à l’âge de 42 ans, d’un arrêt cardiaque effet secondaire d’une trop grande prescription d’opiacés… Un roi est mort, qui donc le remplace ? A priori on n’en veut plus. « No More Heroes » chantent The Stranglers… Les groupes importants de la fin 1970 sont anglais, qui ont trouvé ( toutefois) une première inspiration dans la scène new yorkaise de la même période. Ce sont Buzzcocks, Clash, Stranglers, Doctor Feelgood, The Jam… Aux USA les groupes à retenir sont Television, Ramones, Blondie, Talking Heads, B 52… Ils ouvrent d’autres voies.
Mais le punk n’a pas tout balayé. A la fin des seventies, la scène rock voit la survivance du Hard Rock et l’apparition du Heavy Metal (Iron Maiden, Metallica). Sur des bases pop punk, apparait de plus une pop rock relativement commerciale ( ou très commerciale!) : U2, Police, Simple Minds etc. ces groupes s’accommodent du système et n’en dénoncent rien. S’ils ne sont pas main stream à leurs débuts, ils le deviennent très vite , utilisant tous les rouages possibles.
Le 8/12/80 est un jour sombre: John Lennon est assassiné par un ‘fan’ psychopathe devant le Dakota building (NYC). Une icône de la Pop Music « plus célèbre que le Christ », disparaît soudainement au moment même où il annonçait son retour artistique… Exit la Pop ? Les années 1980 s’ouvrent et la décennie est celle de la domination New Wave. C’est aussi celle où fusionnent deux genres aux rapports qui ne furent pas toujours nets: dance music et rock…
Les années New Wave commencent pour être précis en 1979. La tendance est issue du punk rock mais pas uniquement. Ceci en raison de la diversité d’implantation de très nombreux groupes, aussi bien aux USA qu’en UK , Australie, New Zeland et en France . Dans la new wave on trouve des groupes à guitares et d’autres très orientés vers les synthés ( synth pop). Le style se divisera assez rapidement en sous genres: Cold Wave, Synth Pop, C86, Twee Pop etc..
La création du label Factory Records (Manchester) par Tony Wilson en 1980 est l’acte fondateur du mouvement dit des labels indépendants, en réaction aux majors du disque. L’acte est en prolongement de la philosophie Do It Yourself apparue avec le punk rock. Cette volonté d’indépendance montre un désir renouvelé d’émancipation, trait qu’on espère toujours associé à la culture rock.
Joy Division, New Order, The Cure, Echo and The Bunnymen sont alors parmi les groupes anglais les plus marquants. Dans la catégorie groupes à synthés on relève OMD, Depeche Mode,Yazoo… En Australie il faut compter avec Go Betweens, Nick Cave, The Saints…
En 1983 sort « Blue Monday » (New Order), mélange de rock et de dance music. Le maxi est à ce jour celui qui a été le plus vendu au monde. Le Disco venu des clubs nord-américains flirte avec la musique rock blanche et anglaise.
1985 Le Live Aid, concert caritatif organisé par Bob Geldof (plus grand concert donné à ce jour). Si l’évènement n’est pas artistiquement un sommet, il est mémorable. On y retrouve l’esprit initié par George Harrison, presque 15 ans plus tôt, avec son concert pour le Bengladesh ( premier concert caritatif de l’histoire rock) rassemblant quantité de stars.
1986: Le magazine Les Inrockuptibles en France, se démarque de Rock and Folk et Best. Il est associé au courant indépendant et marque à ses débuts , la volonté de parler différemment de musique et de ce qui peut s’y associer. A la même période, de nombreux fanzines musicaux traduisent l ‘essor du genre indé ( qu’on n’appelle pas encore ainsi ).
La fin des années 1980 – où domine musicalement la scène de Manchester – voit le mouvement House ( Happy Mondays, Stones Roses) prendre une certaine ampleur. L’impact reste toutefois limité et essentiellement britannique.
Années 1990 : Le rock indépendant
Les mouvements GRUNGE (Seattle) au USA avec Nirvana, puis ShoeGaze et BRIT POP (UK) avec BLur et Oasis sont les lignes de force de la décennie. Plus discrètement les prémices du Post Rock se feront entendre en 1991 avec le travail d’un groupe comme Radiohead et un peu plus tard avec les écossais Mogwai…
On parle alors volontiers de rock alternatif ( début au milieu des années 1980), et surtout de rock indépendant. La tendance se veut pourtant marginale avec ses niches musicales. Mais elle va peu à peu imprégner les productions les plus pertinentes du rock. On peut citer des formations comme Grandaddy, Arab Strap, Pavement, Low etc , d’un côté ou l’autre de l’Atlantique.
A la fin de cette même décennie, le rock aime également la fusion de genres (Rap, métal, musique électronique).
Années 2000 : Une tendance à revisiter l’histoire du rock.
Le rock est peut-être conservateur, car il cherche souvent à revenir vers ce qui a été fait. Brusquement des tendances refont surface. Ou bien les considère t-on comme des bases ou des piliers qu’on ne peut oublier. La British Blues Explosion fit exactement cela au milieu des années 1960, revisitant le blues des années 1940…
En tous cas, des mouvements de revival sont nombreux! On retrouve sans cesse du Garage, de la cold wave, du post punk. Le néo psychédélisme est la tendance forte de la Côte Ouest des Etats Unis ( BJTM, Dandy Warhols, Allah La’s…)
Les groupes qui deviendront importants sont, aux USA, The Strokes,The White Stripes. En UK, The Libertines qui sortent du lot mais revisitent clairement une histoire du rock anglais…
Les grands festivals sont désormais internationaux. Ils sont devenus des événements gigantesques aux budgets énormes: la dimension est planétaire. Quand bien même diffusent -ils du rock indépendant, ils sont en conséquence une partie d’un système. La culture rock s’est mondialisée. Peut-on dire qu’elle est uniformisée?
Fait intéressant, le rock étant une musique qu’on diffuse, l’avènement des réseaux sociaux et des plateformes permet au plus grand nombre d’artistes de faire entendre ses enregistrements. Un groupe comme Clap Your Hands Say Yeah, au milieu des années 2005/2010, va d’abord se faire connaître par cette voie, sans avoir de maison de disque . Il obtiendra un succès international durant une paire d’années.
A partir des années 2010 la fusion des genres est de rigueur.
Ceci a sans doute pour origine la généralisation d’internet qui permet un accès immédiat à toutes sortes de musiques… Arcade Fire, Fleet Foxes etc… qui sont des collectifs, illustrent nettement cette tendance. Elle court sur toute la décennie et semble prégnante aujourd’hui. C’est peut-être par cette voie que l’originalité pourra apparaître à nouveau… Un artiste dans sa maturité tel Damon Albarn, en est un actif et inspiré représentant.
En guise de conclusion possible ( mais pas certaine)
Le rock and roll est originellement une musique venue de minorités sociales vivant dans la précarité. Ses racines sont afro américaines et sont observables dès les années 1930. Le Rock and Roll ( secouer et rouler … selon des termes d’argot noir américain évoquant l’acte sexuel), est d’abord une musique « jeune », qui n’est jamais isolée de son temps. Les évolutions techniques comme les mouvements sociaux ou politiques et les faits marquants des décennies 50/60/80 ont impacté le genre. C’est probablement moins vrai aujourd’hui et depuis les trois dernières décennies.
Le Rock and Roll a pris son plein essor dans les 30 Glorieuses. Il s’est souvent voulu rebelle et revendicatif, tout en devenant une véritable industrie liée à la consommation et au loisir. Cette musique qui a besoin d’ être enregistrée, est dépendante de la diffusion qui en est faite, essentiellement au travers des médias (radios, télévision ensuite) et via le support du disque ou plus récemment des plateformes. Aujourd’hui ces dernières permettent un très large accès à la diversité des styles ou sous genres. C’est un bien par plus d’autonomie, mais c’est aussi un piège…
Enfin si le Rock and Roll venu du blues, du jazz et de la country ou du folk se renouvelle sans cesse, il aime faire des retours sur son passé et les grands élans créatifs ne sont pas l’apanage de toutes les décennies… Il reste une culture qui peut regarder son histoire, ceci expliquant cela. Loin de la contre-culture qu’il a voulu représenter, il est aussi devenu main stream et a composé avec le système capitaliste auquel, quoi qu’il en soit, il est lié, tout autant qu’avec sa révolte originelle. Ceci posé, comme disait Neil Young: « Rock n roll is here to stay » – My My Hey Hey (1980)
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Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.