All Clouds Bring Not Rain est le deuxième album de Verity Susman, membre de Electrane ( 1998/2012), en duo avec Matthew Simms de Wire. On peut dire d’entrée de jeu que ce sont là des références solides, mais les deux artistes dépassent largement leurs formations d’origine par leur inventivité.
Avec Memorials on sort des sentiers battus, le groupe proposant des arrangements très inhabituels à des compos qui montrent tout le talent de Susman & Simms. Le son est de fait plus que surprenant, au dessus de la moyenne, dans un registre qui évolue entre pop expérimentale, influences CAN, style dub et tape music. L’effet est saisissant, on perd pied pour se retrouver en train de flotter dans un environnement sonore envoûtant. Les multi instrumentistes ont cette capacité à se mettre hors des modes et tendances quand ils se retrouvent en studio ce qui produit une musique signature absolument singulière. Sonorités inattendues, bruitages, participent à un effet d’ensemble produit par chaque morceau, et viennent ajouter aux mélodies pop une dimension directe et de réalité.
Par rapport au premier opus du duo de Canterbury – Waterslides en 2024 – il n’y a pas ici de fil conducteur qui relierait les pistes entre elles. Chaque titre a son propre univers et les séquences proposées sont toutes séduisantes et captivantes. « Life Could Be A Cloud » en ouverture, chanté par Verity Susman, est un titre qui monte en intensité au fur et à mesure que se développe le propos musical. On pense à Nico qui avait ce genre d’emphase dans la voix et pouvait faire grimper l’émotion avec un lyrisme mêlé d’étrangeté. Tout n’est pas systématiquement aussi puissant que cette pièce d’introduction, mais Il y a dans l’album des ballades comme « I Can’t See A Rainbow » qui, si elles peuvent sembler calmes de prime abord, vrillent au détour d’une séquence avec changement de rythme. « Lemon Trees » et « Wildly Remote » donnent l’impression de comptines typiquement british ( Barrett savait faire ça!). Puis on glisse dans le registre pop, avec « Dropped Down The Well » – ce qui n’est pas antinomique avec les éléments décrits – et « Watching The Moon » sur lequel un clavecin qui nous fait revenir en 1969 vers l’album blanc de qui on sait (sur un tempo un peu plus speed il est vrai!) ou d’autres productions de la même époque ( Doors), toutes désormais « vintage » en 2026… Ce serait déjà beaucoup si on en restait là, mais Memorials vont encore plus loin stylistiquement avec des propositions dub/bruitages & musique concrète pour « Mediocre Demon » et psychédéliques 90’s « Holy Invisible ».
L’album sorti le 27 mars chez Fire records, est en lice pour le top 5 de l’année. En tous cas le mien! ( en live le 8 avril au Hasard Ludique, Paris)
https://memorialsmusic.bandcamp.com/album/all-clouds-bring-not-rain

Adepte de Telecaster Custom et d’amplis Fender. Né en 1962 – avant l’invention du monde virtuel – pense que la critique musicale peut-être un genre littéraire, objet idéal pour un débat en fauteuil club millésimé.