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Insight

The Daggermen, local heroes et mod revival du Thames Delta

The Daggermen, groupe originaire du Kent, n ‘est pas la formation la plus connue qui soit, j’en conviens volontiers. Peut-être n’en avez vous même jamais entendu parler? Qu’à cela ne tienne: Dark Globe va y remédier parce que ce groupe est culte – dans une certaine mesure du moins !

The Daggermen ce sont trois jeunes lads de Medway ( comté du Kent) , actifs dans les années 1980, décennie pendant laquelle ils nagèrent à contre courant de ( presque) tout ce qui se faisait et, surtout, de tout ce qui aurait pu leur rapporter un plus franc succès auprès des médias … Pour bien comprendre The Daggermen et les raisons de leur obscurité médiatique certaine, il faut d’abord souligner que ces trois garçons à peine sortis de l’adolescence, de tempéraments bien agités, plus que de synth pop ou de new wave,  sont avant tout « fans des sixties »( !) . Ceux dont ils connaissent par cœur la discographie, ce sont The Who, The Small Faces, The Kinks, The Beatles et The Jimi Hendrix Experience. A la louche, des groupes que la décennie n’encense plus. C’est Own-up, label alors spécialisé dans le mod revival, qui les signe pour leur seul lp, Dagger in Mind, qui paraîtra en 1986… Il fallait oser parier sur ces encore presque gamins, parce que le trio était bien plus fasciné par le style Carnaby Street des mid sixties ( plutôt oublié) dont ils avaient adopté le look, que par tout ce qu’on voyait sur MTV ou à Top of the pop à ce moment là.

On l’a compris, au début des années 1980, The Daggermen sont essentiellement des local heroes, c’est à dire que dalle ! Le combo ( mené par David Taylor) écume les salles du Sud de l’Angleterre et du Thames Delta. C’est à Chatham qu’il se forme effectivement, chacun hésitant  encore sur qui jouera de tel ou tel instrument.  C’est aussi à Chatham que les comparses décident de se baptiser du nom de Daggermen, ( les hommes avec des dagues! ) à l’occasion d’un concert où ils ouvrent pour The Prisoners. Ces derniers, signés chez Stiff Records et Big Beat ( de 1980 à1997), sont alors un des groupes phares du mod revival impulsé par l’opéra pop « Quadrophenia » (1978).  Originaires du Kent, The Prisoners prennent les jeunes Daggermen sous leur aile et , dans la foulée , les emmènent avec eux à Londres où ils donnent plusieurs concerts dans de petits clubs. Les garçons n’ont pas 20 ans et ils suivent le mouvement sans plan de carrière. Par chance, ils tombent sur Wild Billy Childish , autre natif du Kent, qui  apprécie leurs prestations live. Le musicien, peintre, activiste post punk, présent sur la scène anglaise depuis 1977, leur demande s’ils se sentent capables d’enregistrer un ep pour Empire Records? Une aubaine ! Le trio est mis en situation professionnelle pour la première fois. On répète sérieusement pour réaliser un ep quatre titres intitulé « Introducing the Daggermen », avant de partir en faire la promotion en sillonnant le pays . The Daggermen, sans grands moyens, circulent en van et mènent « joyeuse vie », ce qui a souvent pour conséquence des concerts cataclysmiques. Leur style musical s’est affirmé et mêle punk rock , influences mod et soul du catalogue Mowtown. Ils reprennent, à l’instar de The Jam, le classique ‘Heatwave’ ( 1963), écrit par Dozier& Holland, qu’ils interprètent dans la version de The Who – cela va de soi – , ainsi que  ‘Get Ready’ des Temptations. A la faveur d’un changement de personnel , le line up s’intéresse à l’héritage d’Hendrix qui marqua le Londres de la fin 1960. L’influence hendrixienne ne sera pas qu’une question de look. Tirant partie des effets d’overdrive et de pédale big muff entendus chez Hendrix, la guitare de David Taylor gagne en sauvagerie ce qui ajoute à l’énergie du power trio déjà très iconoclaste…

Dagger In My Mind (1986), leur unique album, est enregistré à ce moment là, au mitan exact des eighties. Venu tout droit de l’univers de la Pop Culture, le titre du lp est inspiré par un épisode de Star Trek. La production est de James Taylor (frère aîné de David) et d’Allan Crockford , tous deux membres de The Prisoners . Douze titres sans fioritures sont mis sur bande aux  Woolly Studios de l’Isle of Sheppey dans le Thames Delta . On reste local pour toute chose , ce qui reflète le fonctionnement typique d’une scène underground qui aime ses bases et n’est pas intrinsèquement liée à l’industrie du show business. Aucune chanson ne dépasse 2’50 ( la moyenne est même plus basse) et toutes sont jouées sur un tempo soutenu. Quand on écoute l’album on peut avoir un sentiment de brouillon par rapport aux productions léchées de la même période, mais on reçoit une extraordinaire énergie très teenage years et franchement rock. Les textes parlent de relations sociales ou d’histoires d’amour mal engagées, rien de fracassant, mais le propos est torché! La musique sonne brut, composée selon des codes mis en place par Peter Townsend, Ray Davies et Steve Marriot ,avec des riffs rapides joués en rafales ! Un pur moment mod sans sophistication. On croit entendre Keith Moon à la batterie et la guitare est celle des Troggs croisant le manche avec Hendrix. Bref personne n’attendait ça en 1986…

Par la suite le groupe se produira une paire d’années uniquement en Angleterre, à l’exception d’une incursion française – nous aimons bien les farfelus d’outre Manche!- , avant de se séparer faute d’ avoir obtenu un succès suffisant pour sortir d’un circuit musical trop ciblé et étroit. Certains membres rejoignent le James Taylor Quartet, The Solarflares et The Buff Medways formations du bouillonnant et prolifique Billy Childhish. Ceci ne fera pas pour autant leur fortune. Mais la question n’était pas là, ni au début ni à la fin de l’histoire Daggermen…

Dagger In my mind a été réédité par Damaged Good Records ( Londres).  Le disque est ce que j’appelle sans hésiter une pièce rare de l’histoire du rock anglais, une pépite underground qu’il faut avoir entendue au moins une fois dans sa vie. En 2026, The Molotovs ( très explosifs) pourraient être les successeurs ou les héritiers des Daggermen. Mêmes écoles, mêmes revendications, même amour du look… Ce point de vue n’engage que moi, bien entendu!

Photos pochette réédition (c ) Damaged Goods Records

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