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Zoom sur Seth and the Car Thief

On ne sait toujours pas ce que les Suédois mettent dans leur eau pour sortir autant de mélodies irrésistibles mais une hypothèse circule : à force de passer six mois dans une demi-obscurité, le simple quidam finit par développer un instinct de survie mélodique pour lutter contre le trouble affectif saisonnier. Ainsi, depuis des décennies, les pays nordiques exportent leur sens inné du refrain — de The Cardigans à The Hives, en passant par Peter Bjorn and John, impossible de nier ce talent imparable pour le hook instantané, celui qui reste coincé dans la tête sans avertir.

C’est dans ce relief climato auditif qu’apparaît Seth and the Car Thief, tout droit venu de Gävle, ville sans folklore particulier (si l’on excepte un bouc géant en paille pour Noël) mais avec juste assez de gris pour donner envie de faire du bruit. Si le nom du groupe semble tout droit sorti d’un film indépendant de Jim Jarmusch dans sa période années 80, il vient en fait d’un quiproquo : Alexander Forsberg, chanteur du groupe a cru entendre « Seth and the Car Thief » dans l’accent d’une Écossaise parlant de Beth McCarthy sur TikTok… Le genre de malentendu qui, ailleurs, durerait cinq minutes en mode rigolade devient ici une identité officielle. Saluons cette détermination absurde certainement dictée par une obscure logique cosmique.

Le groupe s’est imaginé aussi organiquement qu’un riff d’Oasis : Forsberg retrouve son complice Anders Eriksson, un batteur surgit via un ami et un bassiste s’installe enfin pour de bon. La musique porte l’empreinte assumée des Gallagher et l’assurance désordonnée des Libertines avec des guitares franches et une envie de faire bouger les corps. C’est de la pop rock lumineuse, parfois nostalgique et étonnamment militante par sa simplicité, voire sa naïveté à l’heure où tout semble devoir être disruptif.

Difficile pourtant de se développer dans une scène suédoise qui s’étouffe. Car comme ailleurs en Europe, les petits lieux de concert ferment, les studios deviennent inaccessibles et cet écosystème qui faisait éclore les nouveaux groupes se rétracte. Néanmoins, Seth and the Car Thief persiste et prépare un premier album qui s’intitulera Wallpaper avec l’envie de l’enregistrer tous ensemble dans la même pièce. Une manière de rappeler qu’un groupe est un organisme vivant, pas un assemblage de pistes isolées comme lors d’une autopsie numérique. Steve Albini aurait été d’accord.

Chérissons chez Seth and the Car Thief cette absence totale de cynisme vraiment rafraichissante : quatre musiciens qui ne cherchent pas à réinventer la roue, juste à la faire tourner avec élégance et savoir-faire. Dans un monde saturé d’artifices, leur persévérance a quelque chose de précieux : une pop directe et sans filtre, comme une mélodie jouée fort pour nous rassurer dans l’obscurité.

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