∆ (Alt-J) + Erotic Market – Le Marché Gare (Lyon), 26/11/12

Live | publié le 29 Nov 2012 par | 4 372 vues

Ce qu'il y a de bien dans les concerts sold-out, c'est qu'on se sent un peu comme privilégié en arrivant dans la salle, non? Comme s'il y avait quelque chose de gratifiant dans le fait de faire partie, après celui des chanceux dont le nom figurent sur la liste des invités, du club très fermé de ceux qui ont pensé à acheter leur place à temps (avant les autres, quoi). Du coup, on s'attendait forcément à voir quelque chose d'extraordinaire ce soir là ; découvrir (Alt-J) sur la scène du Marché Gare devait dépasser nos rêves les plus fous et nous faire basculer pendant une heure (ou presque) dans une autre dimension. Pas moins!

Mais allons-y en douceur, tu veux. C'est Erotic Market qui a la lourde tâche de chauffer le public (même si dixit la chanteuse, ce dernier n'en a pas besoin, tout excité qu'il semble être de voir le quatuor le plus hype du moment fouler le même plancher dans un futur qui se fait de plus en plus proche). Quatuor local de haute voltige, jeune recrue d'Echo Orange et du label Jarring Effects, le jeune groupe s'en sort plutôt très bien, livrant une pop tintée d’électronique aguicheuse, juste assez distinguée pour ne pas trop le montrer, soutenue par une basse ronde et grésillante, saupoudrée de rythmes R'n'B et parfois parsemée d'un soupçon d'expérimentation bien placé. Il se dégage de ce mélange une jolie énergie mais pourtant, quelque chose me bloque dans mon élan d'enthousiasme, comme si tout ça était encore un poil trop sage, alors que j'aurais été meilleur client si c'était parti plus franchement en cacahuète (restons poli, on est aux heures de grande écoute). Toute la difficulté d'une première partie, çà : trouver le juste milieu entre en faire assez et ne pas en faire trop. Reste tout de même une chouette découverte, que je vous invite à partager. A écouter, le single "Rumblin'", et un titre extrait du concert ci-dessous.

Il est un peu plus de 22 heures quand les british investissent la scène : décor minimaliste, lumières tamisées et colorées, un signe Delta en néon blanc en fond de scène... Le ton est donné : c'est sur la musique qu'on va se concentrer, et rien - ou pas grand chose d'autre. Après une courte ouverture et un salut du type au clavier (dans un français parfait, à souligner quand même) c'est bientôt l'a-capella de "Ripe & Ruin", en intro de "Tesselate", qui retentit. Le public, assez studieux, a fait ses devoirs : beaucoup murmurent les paroles qu'ils connaissent déjà par coeur (l'album An Awesome Wave s'est vendu à plus de 100 000 exemplaires rien qu'au Royaume Uni et semble connaître le même succès en Europe). La pop déconstruite du quatuor, expérimentale et ambitieuse, fonctionne à merveille et séduit tout autant que le disque cet été : l'emprise de la musique d'Alt-J est sans conteste aussi forte sur scène que sur nos platines. "Matilda" s'invite dans la setlist, le rythme ralentit, et l'émotion se fait alors palpable (superbe instru de guitare, tout en arpèges, en final du morceau). Les voix, souvent mêlées, de Joe Newman (guitare) et de Gus Hunger-Hamilton (claviers) captivent tant par leur originalité que par leur justesse ; de "Breezeblocks" à "Ms" et son intro au glockenspiel, en passant par "Dissolve Me" et "Something Good", An Awesome Wave se déroule en quasi-intégralité, sur une interprétation honnête, sincère, loin de la grandiloquence et de la sophistication que leurs clips laissaient suggérer (...et craindre?). Une mise en scène des morceaux authentique et très plaisante, mais aussi - il faut bien l'avouer, parfois un peu frustrante. Car si le jeune groupe sur scène ne déçoit pas, il ne surprend pas non plus, et prend finalement assez peu de risques. Seul écart, qu'on appréciera à sa juste valeur : une reprise on ne peut plus inattendue du titre "Slow" de... Kylie Minogue!!, revisité et recalé sur le sample emprunté au "Still Dre", le tube du Docteur du même nom.

Après quarante-cinq minutes de set (rappel inclus dont un "Taro" de toute beauté) le groupe à la lettre Delta quitte la scène et nous dit déjà goodbye. Alors que le set venait tout juste d'atteindre la dimension espérée, il nous faut déjà redescendre sur terre... Mais qu'attendre de plus d'un groupe si jeune qui n'a qu'un (excellent) premier disque au compteur, et qui semble lui même à peine comprendre l'ampleur du buzz dont il fait l'objet? On était loin de ces considérations-là lundi soir, et c'est tant mieux. On gardera plutôt en mémoire ce qu'aura été ce premier concert d'Alt-J à Lyon : un bon et simple moment de musique avec quatre jeunes garçons dans le vent (tiens, voila qui me rappelle quelque chose) qui font très bien ce qu'ils font, et prennent autant de plaisir à le faire que nous en avons pris à les écouter.

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Posté par Lionel

cultive ici son addiction à la musique (dans un spectre assez vaste allant de la noise au post-hardcore, en passant par l'ambient, la cold-wave, l'indie pop et les musiques expérimentales et improvisées) ainsi qu'au web et aux nouvelles technologies, également intéressé par le cinéma et la photographie (on ne peut pas tout faire). Guitariste & shoegazer à ses heures perdues (ou ce qu'il en reste).