Interview – Cigarette of Flowers

26 Janvier 2019. Ce soir, au Café de la Tannerie de Bourg à Bresse a lieu le tout premier concert de Cigarette of Flowers. Pendant presque une heure, Hugo, lycéen de terminale ou plutôt son alter ego, Kof (qui « porte des chemises et des lunettes de soleil« ) dévoile seul sur la petite scène sa douce électro rêveuse aux pieds qui trainent, composée pendant de longs mois dans l’intimité d’une chambre. Pendant son set, le jeunot jongle avec facilité entre saxophone, guitare, ukulélé, chant, programmation et synthétiseur. Les morceaux, même pas encore vraiment taillés pour le live, sont, eux, déjà accrocheurs et débordant de charme. Bien entendu, difficile de dire aujourd’hui si Cigarette of Flowers sera un éphémère jalon musical de la fin de l’adolescence d’Hugo ou s’inscrira dans une durée artistique mais l’implication enthousiaste et dénuée de cynisme dans son projet autant que le talent du jeune homme pour les boucles discrètement hypnotiques méritent que l’on s’attarde un moment sur sa musique.

Tu peux présenter ton projet?

Cigarette of Flowers a commencé il y a environ un an et demi. Je faisais partie d’un groupe rock qui s’est depuis séparé. Je chantais et jouais de la guitare mais pour rendre le son du groupe un peu plus original, nous avions aussi recruté deux saxophonistes. Nous n’étions plus vraiment d’accord sur la direction musicale à adopter: certains désiraient s’orienter vers quelque chose de très énergique mais cela ne me correspondait pas. J’avais envie d’un projet plus introspectif pour lequel je pourrais exploiter tout ce que je ressentais et le retranscrire dans la musique.

Comment décrirais-tu le style de ton projet?

J’ai un caractère plutôt solitaire avec des moments d’isolement. Des amis m’ont expliqué qu’en écoutant les morceaux de Cigarette of Flowers, ils avaient tendance à s’évader dans leurs pensées. J’étais satisfait d’entendre cela car c’était l’effet recherché. Cigarette of Flowers est un projet très modeste pour le moment mais j’essaie d’y insuffler un maximum d’âme.

Des amis m’ont expliqué qu’en écoutant les morceaux de Cigarette of Flowers, ils avaient tendance à s’évader dans leurs pensées.

Pourquoi Cigarette of Flowers? 

J’ai pas mal galéré pour trouver un nom. Je recherchais d’abord quelque chose d’asymétrique mais avec le recul, je ne crois pas que c’était une très bonne idée. Le nom de Cigarette of Flowers m’est venu parce que j’adore regarder les volutes de fumées. Et, pendant que je montais ce projet, j’avais aussi en tête une fleur de montagne violette à l’apparence presque mystique: la Gentiane de Koch.

Comment as-tu commencé la musique? 

J’ai commencé très tôt, à environ 5 ans. J’ai suivi un cursus de saxophone classique au Conservatoire de Bourg en Bresse. Puis, j’ai appris la guitare en autodidacte avant de me mettre à la MAO en achetant un logiciel, une carte son et un synthé.

Qu’est-ce qui, dans tes expériences musicales précédentes, t’a aidé pour Cigarettes of Flowers?

L’enseignement classique m’a permis d’apprendre le solfège, de savoir rapidement maîtriser de nouveaux instruments. Et d’un point de vue plus général, mon père m’a fait écouter beaucoup de styles de musique différents: du rock, du classique, du jazz, de l’electro… Je pense que cela m’a pas mal influencé dans mon besoin de constamment rechercher quelque chose de musicalement nouveau mais aussi dans le caractère hétéroclite des influences dans mes compositions.

Comment en es-tu arrivé à passer du rock à l’électro? 

L’electro était quelque chose qui m’intriguait beaucoup même je n’en écoutais pas énormément auparavant. Je me suis vraiment plongé dans cet univers musical et j’ai commencé à en écouter beaucoup jusqu’à découvrir des musiciens australiens comme I’lls ou Nearly Oratorio par exemple; ce sont des artistes très inspirés par Radiohead qui est aussi mon groupe préféré et donc ma plus grosse influence. Ce ne sont pas des groupes très connus, ils n’ont sorti que des eps mais ce sont tous des petites perles. Les sonorités ne sont pas dansantes, plutôt planantes et résonnent émotionnellement chez moi.

Qu’est-ce que tu utilises comme matériel lors de tes enregistrements? 

Je travaille principalement sur mon matériel de MAO. Je rajoute parfois des lignes de guitare mais je préfère conserver les instruments analogiques pour le live. Pour ce soir, j’ai ainsi travaillé les morceaux pour rajouter des parties de guitare, de saxophone et même de ukulélé.

J’ai l’impression que cela te prend beaucoup de temps pour sortir des morceaux?

J’espère avoir une véritable exigence sur ce que je produis donc cela me prend effectivement pas mal de temps pour sortir des morceaux. En plus, je t’avoue passer beaucoup de temps sur le mixage pour lequel j’éprouve pas mal de difficultés. Et puis au tout début, j’avais tendance à sortir rapidement mes nouveaux morceaux mais désormais, j’ai plutôt envie de les conserver afin de les faire découvrir pendant les concerts.

Ton projet est assez jeune mais j’ai noté une esthétique très différente entre les images en couleurs que tu utilisais pour illustrer tes morceaux au début et celles, plus sobres, que tu utilises désormais. 

Au début du projet, les morceaux étaient sans doute un plus colorés. Mais dans ce que je compose maintenant, il y a une touche un peu plus sombre qui correspond sans doute plus à ma personnalité, à mon caractère. J’ai une tendance assez forte à la mélancolie et c’est certainement la raison pour laquelle j’aime beaucoup Radiohead.

Tu as parfois eu l’impression d’être musicalement à part parmi tes amis? 

On m’a souvent dit que j’écoutais de la musique pour dépressifs. C’est quelque chose avec lequel je ne suis pas spécialement d’accord car pour moi, la musique n’est pas triste en elle-même. Elle peut parfois évoquer la mélancolie ou la nostalgie; des sentiments qui correspondent à l’essence de la musique que j’aime. Comme je suis constamment à la recherche de nouveaux sons, mes amis connaissent rarement ce que je découvre sur Youtube ou les labels que je suis. Et s’il est très rare que je découvre quelque chose que j’apprécie, lorsque cela arrive, cela provoque généralement chez moi des sentiments assez forts.

On m’a souvent dit que j’écoutais de la musique pour dépressifs. C’est quelque chose avec lequel je ne suis pas spécialement d’accord car pour moi, la musique n’est pas triste en elle-même. Elle évoque parfois des sentiments comme la mélancolie ou la nostalgie; des sentiments qui correspondent à l’essence de la musique que j’aime.

Est-ce qu’il y a des disques qui ont changé ta vie?

Pour moi, In Rainbows de Radiohead représente l’aboutissement de la mélancolie. J’ai découvert cet album lorsque j’avais 13 ans et il m’a profondément marqué; c’est celui auquel je suis le plus viscéralement attaché. Actuellement, même si c’est très éloigné de ce que je fais, j’écoute beaucoup Feu Chatterton. Je trouve les textes et les arrangements extrêmement originaux. J’aime aussi beaucoup l’album Lush de Snail Mail sorti en 2018, avec cette chanteuse au timbre très clair; un rock assez adolescent pour lequel je perds totalement mon objectivité. Chapelier Fou et son album Muance m’ont aussi beaucoup influencé; l’ambiance y est onirique, presque fantastique avec à nouveau une tendance à l’introspection.

Est-ce que tu pourrais envisager d’ouvrir ton projet à d’autres musiciens?

En ce qui concerne l’écriture des morceaux, je pense que je resterai seul. J’ai envie de conserver ma liberté totale pour emmener le projet où je le désire. Pour ce qui est des concerts, j’aimerais travailler avec un ami batteur. Pour l’instant, ce n’est pas possible: il est Lyon et moi sur Bourg en Bresse. Mais dans le futur, j’aimerais qu’il m’accompagne sur scène avec une batterie acoustique et des pads pour développer des parties plus dansantes, donner du corps aux morceaux et les sortir de l’aspect calme de l’enregistrement studio.

A quoi va ressembler le futur pour Cigarette of Flowers?

J’aimerais que le projet puisse se développer et pourquoi pas, enregistrer mes morceaux dans un environnement plus professionnel. Si j’ai l’occasion de trouver des gens qui peuvent m’aider pour sortir un EP, cela me ferait vraiment plaisir.

Francois-Marc

Grand consommateur de Baby Carottes et de sorbets au yuzu, j'assume fièrement mon ultra dépendance au doux-amer, à l'électropop bancale et chétive, aux musiciens petits bras ainsi qu'aux formes épurées du grand Steve Ditko. A part cela? Il y avait péno sur Nilmar.