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Insight

Et la New Wave arriva en France…

Image mise en avant Actuel 1980 ( Image source La Dépêche)

La « Nouvelle Vague » était, dans les années 1960, une affaire de cinéastes francophones… Ils ont marqué l’histoire du septième art et leurs noms restent comme des référents : Godard, Truffaut, Rohmer, Rivette etc… Mais la « French New Wave » ( cf notre précédent article sur ce sujet) qui est un terme anglais cette fois, a t-elle eu le même impact sur la musique rock? Et comment peut-on la situer dans un mouvement-suite directe du Punk rock né en 1975 à NYC? Avons-nous suivi américains et britanniques, ou bien l’hexagone a t-il eu ses spécificités, voire laissé des traces dans un style qui marqua les années 1980? Voyons cela.

Basiquement, les anglo-saxons guident la culture pop/rock depuis les années 1950. Les très grands groupes sont anglais, américains, australiens… Ce sont eux les inventeurs du rock and roll puis de la pop music et de leurs principales déclinaisons…Presley, les Beatles, les Stones, Led Zeppelin, Pink Floyd, Genesis ne sont ni parisiens ni venus d’ une sous préfecture de nos belles régions… C’est factuel. Dans les années 1960 les yéyés signés chez Barclay, Vogue ou sur les disques Philips suivent les modèles des rockers américains admirés. Halliday, Les Chaussettes Noires ( premier groupe de rock and roll français en 1961) copient ou adaptent … Il y a une fascination pour une culture qui s’ est étendue hors de ses premiers territoires. Dutronc, en 1966, écoute beaucoup les Stones et les Kinks ( ces derniers l’adapteront! C’est rare! ) et Antoine ( avec Les Problèmes) imite Dylan… Ceci posé, la scène française reste alors très limitée et quasi inexistante hors des grandes villes.

Dans la décennie suivante des groupes prog tels Ange ou Triangle ( pour citer deux noms connus) s’inspirent quant à eux de Jethro Tull, Soft Machine, Weather Report, John McLaughin…Un label se crée, c’est BYG records pour soutenir ces groupes français mais il ne tiendra pas faute de ventes. Si les rockers prog hexagonaux suivent la tendance des années 70 il n’y a pas d’engouement majeur du public. A croire que la jeunesse ne s’y reconnait pas vraiment ( le rock a seulement 25 ans en 1975, ne l’oublions pas!) . Présents dans la même période, Little Bob Story (1971), menés par Robert Piazza au Havre, sont fans de rythmn and blues, de rock sur trois accords et chantent en anglais! Reprises, adaptations sont toujours dans leur répertoire même s’ils composent aussi et jouent en Angleterre avec des groupes tels Doctor Feelgood . Le talent de tous ces artistes existe bel et bien, ils ont parfois une singularité comme Magma ( créé en 1969 ), mais des obstacles demeurent: ils ne sont pas diffusés par les médias et leurs disques, en conséquence, ne sont que très moyennement vendus. Au mieux , les groupes hexagonaux ouvrent pour les vedettes anglo saxonnes quand elles traversent le pays. Ils arrivent à se produire mais le territoire français n’est pas alors un territoire rock.

« Basiquement, les anglo-saxons guident la culture pop/rock depuis les années 1950. Les très grands groupes sont anglais, américains, australiens. »

Jusqu’à la fin des années 1970 le rock made in France s’exprime donc modestement. On fait plutôt des bals que des concerts et certains, pour vivre de la musique, se tournent vers la variété après avoir tenté de créer au travers du prog ou du glam très à la mode. S’il y a eu des personnalités ( Dutronc / Hardy/ Ronnie Bird…) dans un petit univers pop/ rock de la fin des années 1960, les formations ne percent pas suffisamment le mix et laissent toute la place sur les ondes ou dans les bacs à une variété qui adapte souvent des tubes anglo saxons… Les groupes contestataires ( Catherine Ribeiro et Alpes, Shakin Streets, Barricade, Higelin etc…) ou post « mai 1968 » ne sont ni soutenus ni vraiment connus… La France giscardienne est – elle fermée au rock? En tout cas on y subit, sans broncher, une dominance culturelle.

Photo Stinky Toys. Second lp chez Vogue

Avant 1977 il est ainsi quasiment impossible de ne pas voir partout l’influence des super groupes leaders anglo saxons . Nos voisins d’outre Manche sont à la fois proches et loin… Il y a bien un pont mais il reste à sens unique à de rares exceptions près.

Ceci va durer jusqu’à la déflagration punk qui cherche à revenir au rock plus brut des années 1960. On voit alors voyant d’intérêt au style garage (Sonics, Troggs) qu’à celui du prog. C’est la déferlante punk rock et DIY qui change la donne. Les nouveaux groupes qui se montent, d’abord à Paris ou dans les régions de Rennes/ Rouen/ le Havre ne sont plus aussi soumis. Pas question de copier ou d’adapter : on se met à créer . La French New Wave c’est un bond en avant, un regain qui, au tournant des deux décennies, apporte une nouvelle activité d’un intérêt véritable à Paris et sur d’autres scènes émergentes. L’aventure débute surtout à partir de 1980 pour la province, mais les groupes vont fleurir bien plus qu’avant et, le paramètre est notable, tout au long d’une période pourtant bien moins heureuse que celle des « trente glorieuses ». Ceci a son importance puisque la crise économique est là, chantée par Les Civils qui en font un tube en 1981, sonnant la fin du plein emploi et de la société du loisir qu’on promettait…La jeunesse de 1977 commence à voir un mur devant elle. Le rock semblera une planche de salut pour certains ce qui donnera l’énergie typique du mouvement French New Wave.

Illustration « French New Wave » ( 1978 ) par Serge Clerc ( détail couverture livre Jean Emmanuel Deluxe éditions Fantask 2021)

De façon générale, la New Wave est une nouvelle attitude. Il y a, en premier lieu, une autre forme de rapport au rock lui-même – qui s’éloigne du blues -, rejette la virtuosité et voit le prog comme un artisanat et des empilements de séquences ennuyeuses. Le boogie, d’un autre côté, est jugé ringard … Bref, on a peu d’indulgence pour la génération précédente. Chez celles et ceux qui s’activent dans la sphère rock, la relation à la vie, à la société occidentale, aux us et coutumes jugés défaillants sont regardés différemment. On ne néglige pas les aspects intellos possibles à associer au nouveau rock, voire vindicatifs, et on utilise la rébellion du punk pour l’esthétiser. Stylistiquement c’est la naissance du post punk ( personne n’emploie le terme) , avec des déclinaisons qui se mettent en place comme sous genres.

« De façon générale, la New Wave est une nouvelle attitude. Il y a, en premier lieu, une autre forme de rapport au rock lui-même(…) »

Musicalement la New Wave est définie par des critères précis: on n’y fourre pas toute la musique jouée fin 70! Schématiquement, c’est une association à parts variables de punk, de rock et de synthés pop ou krautrock. Raison pour laquelle on n’y classera pas Telephone , désigné au tournant 70/80 comme le premier « grand » groupe français. Ce qui signifie surtout, selon presse et industrie musicale, une reconnaissance nationale et la capacité de s’exporter… Telephone se situent dans des critères basés sur le rythmn and blues , les Stones etc , non sur ceux du punk et du post punk dont ils ne se revendiquent pas. Ils ne se considèrent d’ailleurs pas comme New Wave. Pour être encore plus précis dans ce cadrage, des musiciens moins consensuels comme ceux de La Souris Déglinguée (1976) n’en font pas partie non plus. Bien qu’apparus à l’aube de la première vague de 1977, avec leur single « Haine, Haine, haine » (1979), ils ne cadrent pas stylistiquement avec le courant émergeant. Ils se placent dans une tradition rock pure et dure à l’instar de Little Bob, ou OTH ( Montpellier 1978- 1991), avant tout punk/rock et oï! La Souris Déglinguée qui ne sortiront un premier lp éponyme qu’en 1981, soutenus par Philippe Manœuvre, portent davantage la bannière du rock alternatif…

Les choses sont claires: tout n’est pas New Wave à la fin 1970.

photo Marie et les garçons ( Lyon) en 1978

Dans la posture New Wave on trouve un côté altier, parfois hautain ou dédaigneux . En 1977 le peace and love est loin derrière ( depuis Altamont!), l’idéologie hippie a fait long feu, les « Babas » c’est bien fini même s’il en reste sur les monts ardéchois ou sur les plateaux du Causse au sud du Massif Central… La mode change . Les idées aussi ou réciproquement. Les looks deviennent plus tranchants pour une jeunesse qui a vingt ans fin 1970. Il y a une toute autre posture, née d’une autre culture qui s’organise. Les groupes, les musiciens se présentent différemment. Cette culture tournée vers la jeunesse, les adolescents , n’est pas souterraine puisqu’elle est aussi entretenue par des médias télévisuels à fort impact ( fait nouveau) comme MTV dès 1981, qui associe l’image aux sons et diffuse des clips ou des concerts. On est loin des scopitones ou des longs films rock des années fin 60 et 70 , passant en ciné clubs, parfois à message ou pétris d’idéologie. Ces constats sont valables pour un contexte général, porteur du changement.

La New wave est ainsi un véritable mouvement culturel. C’est à dire un ensemble, avec nouveaux lieux, scènes et clubs, nouvelle presse ( explosion des fanzines, des magazines BD…), nouveaux critiques et nouvelles émissions, nouvelle mode aussi ( du vêtement au vocabulaire en passant par les coupes de cheveux ). En France les choses doivent bouger et elles bougent! Chez Rock & Folk, présent dans les kiosques depuis 1966, dirigé fin 70 par Philippe Paringaux, on crée la rubrique « Frenchy But Chic ». C’est un signe fort. Elle est consacrée aux groupes français qui apparaissent en nombre. Pour en parler, avant même les Inrockuptibles qui ne viennent qu’en 1986, on a Michka Assayas qui pige aussi chez Actuel, Jean-Pierre Dionnet, Yves Adrien ( incontournable ), Alain Pacadis ( dans Libération) et Patrick Eudeline ( chez Best) qui est aussi chanteur depuis 1977 au sein d’ Asphalt Jungle. Marc Zermati, né en 1945 a ouvert Underground, magasin de disques spécialisé dès 1972. Il devient promoteur de concerts à partir de 1977 et fondateur du label Skydog.  Alain Maneval, Antoine De Caunes animent les écrans avant les Enfants du Rock. Bernard Lenoir est sur France Inter dès le début 1980 et en tant qu’auditeur on enregistre OMD ( typiquement New Wave) sur cassette, quand Lenoir diffuse le concert sur les ondes de tout le pays. Le groupe synth pop alors chez Factory Records ( ce qu’on ignore, évidemment), joue aux Bains Douches où d’autres « radio live transmission » vont se faire !

Les Bains Douches ( Paris) début 1980. photo SIPA Press AFP

Les clubs qui ouvrent dans la capitale sont Le Palace, Le Rose Bonbon, Les Bains Douches. Le Gibus, dans le XI eme arrondissement, existe depuis 1967 mais il connait sa vraie explosion en 1977. Essentiellement en recevant des groupes punks , convoqués par Eudeline. Citons Wilko Johnson ( ex Doctor Feelgood), Wreckless Eric, Johnny Thunders , Fleshtones et même … Police… La salle de 900 places , passe à la postérité en apparaissant comme décor du film Tchao Pantin en 1983… Dans les night clubs qui deviennent très vite « branchés », on danse sur les nouveaux sons et des concerts sont donnés avec une plus grande fréquence . Ainsi le fameux et historique Joy Division live aux Bains Douches , passé à la postérité discographique , a lieu en décembre 1979 , alors que Ian Curtis et ses amis ne sont encore que d’obscurs mancuniens…Le public de la French New Wave est là.

« La New wave est ainsi un véritable mouvement culturel. C’est à dire un ensemble (…) »

Des lieux se développent également en province , spécialisés dans le nouveau style musical et ils véhiculent les nouvelles tendances. Les villes phares sont Rennes, Rouen, Nantes, Lyon … A Montpellier l’actuel Rockstore s’appelle alors Grand Odéon, c’est un théâtre à l’italienne à vieux balcon , en bas de la rue de Verdun. Il se reconvertit en scène rock en 1979. Il accueille Stranglers, Simple Minds dès 1982… Les étudiants ont suivi. Toujours à Montpellier, les nouveaux groupes réclament des salles. OTH obtiennent des pouvoirs publics la création de La Salle Victoire en 1982. Du jamais vu…Enfin et ce n’est pas la moindre nouveauté, s’il y a eu Mont de Marsan en 1976 et 1977, il y a Les Transmusicales de Rennes en 1979 premier festival français dédié à la New Wave. Elles sont lancées par Terrapin ( clin d’oeil à Syd Barrett) une association rennaise de passionnés . Leur succès annuel ira grandissant.

Affiche du premier festival de Mont de Marsan (1976)

Mais qui sont les groupes, les artistes solo de cette première vague New Wave Frenchy but chic? La liste est longue… Il est quasi impossible de tous les citer ou de s’en souvenir spontanément…Ce n’est pas un raz de marée, mais la mer monte franchement. Après les coups d’éclat de la fin 70, Stinky Toys, Asphalt Jungle, Metal Urbain et le premier Lp de Bijou (1977) pour la région parisienne, celles et ceux qui monopolisent l’attention sont Indochine, Alain Bashung, Taxi Girl, Elli & Jacno, Les Rita Mitsouko ( créés en 1980 ), Modern Guy (produits par John Cale ), Orchestre Rouge (1980 – 1984) … A Rouen Dogs ont sorti un premier lp en 1979 puis un second l’année suivante. Dans la même ville il y a Les Olivensteins, Les Gloires Locales avec qui joue Antoine Masy Perier ( alias Tony Truant) avant de rejoindre Dogs. A Lyon ce sont les Starshooter et Marie et Les garçons, à Marseille les Martin Dupont… A Rennes Etienne Daho et Marquis de Sade deviennent très vite importants .

Taxi Girl : premier album

On les appelle alors tous les « jeunes gens modernes » selon le magazine Actuel et son rédacteur en chef et créateur Jean – François Bizot , inventeur du terme. On l’aperçoit sur des plateaux télés « à l’ancienne » devenant totalement hétéroclites, pour présenter ce boom artistique qu’on ne comprend pas bien. On regarde des émissions où se côtoient Yvan Audouard ( auteur arlésien), Claude Rich ( acteur depuis les années 60 et premier rôle dans les années 70/80) et des groupes punks français qu’on interroge sur leurs motivations et mode de vie! Patrick Eudeline, encore juvénile, participe grandement à l’animation parisienne. Il a déjà ses lunettes noires mais arbore un look Dutronc 1966 moins décharné qu’aujourd’hui. Il a écrit sur sa passion L’Aventure Punk (1977), réédité chez Grasset en 2004, et fait figure d’expert. Bref, c’est toute une scène qui s’éveille et s’agite aussi énervée et dynamique que , dirait-on parfois, blasée ou désillusionnée… Une simple attitude? Beaucoup de groupes, dès 1980, sont d’obédience Cold Wave (cf compilation en bas d’article), tendance qui s’immisce dans le paysage hexagonal. La crise économique de 1975 est passée par là, je l’ai dit, le début de décennie voit apparaître un mal d’abord mystérieux nommé SIDA, les joints hippies laissent place à la cocaïne… Beaucoup, piégés, n’y survivront pas…

« On les appelle alors tous les « jeunes gens modernes » selon le magazine Actuel et son rédacteur en chef et créateur Jean – François Bizot , inventeur du terme. »

Phénomène plus joyeux, les filles sont nombreuses dans des rôles de premier plan! Parmi elles Edwidge Belmore (Mathématiques Modernes), Lizzy Mercier Descloux , Elli Medeiros l’ex Stinky Toys plus connue du grand public avec Elli et Jacno, Pascale Le Beurre (Complot Bronswick/Marc Seberg), Agathe Labernia ( du groupe Regrets), Véronique Vincent ( Les Tueurs de la Lune de Miel), Mona Soyoc (Kas Product) toujours active aujourd’hui avec le retour du groupe de Nancy, Marie France, Laurence Romance (Radio Romance) et Catherine Ringer, évidemment, binôme de Fred Chichin pour Rita Mitsouko. Il n’y en a jamais eu autant, c’est tant mieux, et comme dira Gillian Gilbert de New Order qui connait son sujet: « Il devrait y avoir des filles dans tous les groupes ».

Mathématiques Modernes, premier album

Le chant en français n’est pas spécifique mais gagne du terrain différemment. Son utilisation sort des us et coutumes traditionnels « Rive Gauche », des chansons à textes ou a contrario de la variété française. Les textes sont soit légers, soit obscurs et tarabiscotés, soit très littéraires comme chez Philippe Pascale, auteur de Marquis de Sade puis de Marc Seberg. Chez Starshooter ils sont totalement second degré et modernistes, grâce à la malice de Kent ( guitare et chant). Dogs chante en anglais, Dominique Laboubée reste fasciné par MC5, Stooges, Kinks plus que par la New Wave anglaise du moment… Bashung, qui galérait en solo ou écrivait pour d’autres, va percer avec le courant New Wave qui le sort d’une ornière où il végétait sans succès… Ses productions qui dépasseront le genre, ne baisseront jamais en qualité.

Le cas Taxi Girl (1978- 1986 /premier lp Cherchez le garçon en 1980) doit être examiné à part. Daniel Darc et Mirwais aux commandes du groupe, sont deux personnalités essentielles de cette nouvelle scène. La French New Wave leur doit beaucoup. Le groupe associe rock à guitare et claviers, le chant de Darc lui donnant une étrange profondeur. Darc c’est l’auteur New Wave par excellence. Il va tracer une ligne d’écriture reconnaissable. Le duo fondateur du groupe rouge et noir tire une ligne tendue qui va en inspirer plus d’un, sans qu’elle soit égalée. Y compris lorsque Mirwais et Darc se retrouveront en duo au milieu des années 80. Mirwais mènera une carrière internationale, s’exportant pour écrire et produire pour des stars comme Madonna. En 2009 il collabore avec Yasmine Hamdan. Un modèle de réussite pour le comparse de Darc et Laurent Sinclair ( clavier et compositeur qui compose et écrit ensuite pour Jil Caplan), tous deux hélas disparus…

Les Provisoires ( Montpellier) chronique sur le groupe dans le fanzine Bruit d’Odeurs ( Avril 1984)

Tous ces groupes il faut les accueillir… La New Wave française s’est ainsi structurée. Cette structuration se fait avec la création des labels qui diffusent ce qui s’enregistre. La philosophie DIY initie des nouveaux projets de maisons de disques indépendantes. Les labels Sordide Sentimental, Celluloïd, Les Disques du Crépuscule, Crammed Discs, Invitation au Suicide, New Rose naissent début 1980 pour signer les groupes français. Ils sont tenus par des activistes du même âge. Comme en Angleterre on se démarque des majors, tendance qui va courir tout au long de la décennie. En province, dans le Sud, on trouve Monsieur Vinyle à Montpellier qui sort des groupes plus locaux . Dont les très cold wave Les Provisoires qui y publient avec Masoch un premier ep minimaliste en 1982. Ils signeront leur seul album Loin de la Plage, deux ans plus tard, sur L’Invitation au suicide, puis disparaitront. Faire carrière sur la durée est une autre histoire…

« La New Wave française s’est ainsi structurée. Cette structuration se fait avec la création des labels qui diffusent ce qui s’enregistre.. »

The French New Wave s’étire sur une décennie mais elle va muter. Ainsi, d’autres groupes qu’il faut citer parce qu’ils y sont associés, comme Wampas (créés en 1983 mais premier lp en 1986), Garçons Bouchers ( 1986), Ludwig von 88 ( 1983- 1991), Bérurier Noir ( 1983 – 1989), Mano Negra (1987-1994) par exemple, sont à ranger dans une seconde vague qui s’appuie sur le mouvement initié par la French New Wave qui a ouvert les portes. Cette seconde vague, avec des musiciens nés début 1960, est celle du Rock Alternatif français. « Les jeunes gens modernes » de Bizot, ce ne sont plus eux. Ils bénéficient de l’ élan 1977/ 1983 dont beaucoup d’acteurs n’ont pas duré ou n’iront pas au delà de 1990. Mais c’est une autre dynamique qui est lancée, voilà ce qu’il faut retenir. Toute une génération de musiciens nés à la fin des années 1950 et début 1960 s’exprime et crée sa singularité. Elle crée un style et une scène qui s’étendent sans cesse . Le phénomène fût absolument nouveau.

Quant à savoir si nous nous sommes exportés et avons impacté le rock hors de nos frontières, chacun connait la réponse. Elle est relative. Il est bien compliqué pour un groupe hexagonal d’être reconnu loin de France. Parmi les acteurs de cette nouvelle vague quelques uns y arrivent, fin 1980, à l’échelle européenne ( particulièrement vers l’Europe du Nord). Notamment Indochine. Plus tard le groupe synth pop gagnera aussi le marché du Sud Est asiatique et japonais. Taxi Girl part pour une tournée européenne à la sortie de son album Seppuku (1982) , produit par Jean Jacques Burnel et doublé d’une version anglaise! Premiers à avoir été remarqués et à jouer à Londres même, les Stinky Toys, invités par Malcolm McLaren, s’y produisent au 100 hundred club en 1978. Pour autant ils n’eurent qu’un succès d’estime à la sortie de leurs deux albums ( chez Polydor et Vogue) et splittent en 1979. Mais au fond, la grande nouveauté c’est que la France avait désormais des bons groupes! Et qu’on le savait.

Depuis cette époque à la fois proche et lointaine, grâce à ces pionniers qui ont donné des lettres de noblesse à une New Wave made in France, les musiciens français bénéficient d’ un terrain d’accueil plus large. Daft Punk dans les années 2000 se sont largement exportés. Des groupes de la French Touch également, ce qui aurait été inenvisageable dans les années 1970/80…Aujourd’hui c’est sans doute la techno, l’électro pop et le rap français qui s’exportent le mieux…

Il faut remercier les jeunes gens modernes, parce qu’ils ont ouvert la voie en se démarquant. Ils créèrent une scène bien plus large que ce qui avait jamais existé en France au mitan des 1960 ( explosion des Yéyés) ou dans les années 70 engluées musicalement entre chanteurs post-68, militantisme incertain, prog sans audience et variété . C’est bien The French New Wave qui constitue la base sur laquelle nous pouvons évoluer plus de quarante ans après.

Sélection Dark Globe en 10 (+2 ) albums (1977-1983) :

1 Bijou, Danse avec moi (1977) Philips / 2 Stinky Toys – 2eme lp (1977) Vogue / 3 Asphalt Jungle, Poly Magoo ( single – 1978) Skydog records/ 4 Starshooter ,Mode ( 1979) EMI / 5 Marquis de Sade, Dantzig Twist (1979) EMI / 6 Lizzy Mercier Descloux, Press Color (1979) ZE Records / 7 Marie et les Garçons , single Re bop -Attitudes – Rien à dire ( 1979) ZE Records/ 8 Modern Guy,Une Nouvelle Vie (1980) Celluloïd / 9 Mathématiques Modernes,Les Visiteurs du Soir (1981) Dorian-Celluloïd / 10 Taxi Girl,Seppuku ( 1982) Virgin / 11 Dogs, Too Much Class for The Neighbourhood (1982) Epic / 12 KaS Product,Try Out (1982) RCA

French New Wave 2026 , héritiers et reformations (sélection non exhaustive évidemment!):

Frustration (2002) Paris – Born Bad Records/ Babel 17 ( reformés en 2003) Paris – Infrastition/ Complot Bronswick ( reformé en 2006) Vannes – May I Records / La Femme (2010-2026) Paris-Biarritz – Barclay,Born Bad Records/ Gwendoline (2015) Rennes / Little Nemo ( reformé en 2008) Paris / Martin-Dupont (reformé en 2025) Marseille – Facteur d’Ambiance / No Tears (2001) Paris – Str8line Records/ Norma Loy ( reformé 2008) Dijon / Nouvelle Vague (2003) Paris – Olivier Lipeaux* décédé en 2021) / Rendez-Vous (2012) Paris – Zappruden Records / Trisomie 21 (reformés 2017) Denain/Valenciennes – Pias / Venin Carmin ( artiste solo – 2015) Lyon / KaSProduct ( reformés 2005) Nancy – RCA-Verycords/….etc (Beaucoup de ces groupes sont orientés Cold Wave, dont on a connu un retour à partir de 2010…ndla)

Pour aller plus loin:

Compilation chez Born Bad Records : Des jeunes gens mödernes ( 2008

https://bornbadrecords.bandcamp.com/album/des-jeunes-gens-modernes-post-punk-cold-wave-et-culture-n-v-en-france-1978-1983

French Cold Wave compilation raretés

Documentaire DVD Des Jeunes Gens Mödernes ( teaser) 2015

Photo mise en avant couverture n°4 magazine Actuel

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