En écoutant une playlist mensuelle du webzine, je tombe sur Penny Arcade et son « Everything’s Easy ». Les références évoquées m’invitent à cliquer sur le lien du clip de cet artiste que je connais mal ….
Je découvre un morceau qui me fait tout de suite vibrer, me met dans un bon mood et me fait alors penser à un truc que je connais, « déjà vu« .
Me vient assez vite à l’esprit « This Is How It Ends » de Jeff Tweedy extrait de Twilight Override, paru en 2025, que j’écoute régulièrement en ce moment. La balade tranquille me fait toujours son petit effet. Et en y réfléchissant davantage, puisque je suis dans cette démarche de -à quoi ça me fait penser ?-, me revient à l’esprit quelque chose de bien plus ancien… « Out on the Weekend » de Neil Young !
Et tout me parait plus clair, comme une évidence. Une filiation entre ces 3 chansons par ce qui les relie : le genre, l’ambiance intimiste, le son chaud, la guitare folk, la basse ronde et l’essentiel, qui me saute aux oreilles, le squelette qui tient l’ensemble : le rythme de batterie, le poum-poum tchak.

Quand on apprend à jouer de la batterie, le premier rythme à travailler, c’est poum tchak. Poum à la grosse caisse sur le 1er et 3e temps et Tchak à la caisse claire sur le 2e et 4e temps. Et puis, quand on commence à maîtriser, on envoie un deuxième coup de grosse caisse rapproché, avant le 2e temps (soit deux croches ou bien « 1 et »). Ça donne poum-poum tchak. Cela permet de rompre la monotonie d’un tempo simple, droit et d’accentuer le groove.
Selon la vitesse à laquelle on joue, ça fait plus rock ‘n’roll ou plus folk… Pour « This Is How It Ends » et « Out on the Weekend », le jeu de batterie est identique. Le tempo aussi : 70 bpm pour le 1er et 69 voire 68 pour le second (enregistré sans métronome en live en studio !). On est dans la ballade folk-rock country, lente, l’équivalent du downtempo de la musique électronique. (J’écarte donc volontairement « Everything’s Easy », au rythme plus rapide et légèrement différent (poum tchak poum poum tchak).)
Le jeu est épuré, laid back, consistant à taper la caisse claire en très léger retrait sur le 2e temps. Ça empêche le morceau de s’emballer et donne cette impression d’espace, comme un interstice supplémentaire qui dilate le temps, et une sensation de calme tout en posant le morceau.
La basse est calée sur la batterie, sur les coups de grosse caisse, solide et enveloppante. Le tout procure une sensation de légère lourdeur confortable.
Le combo basse-batterie structure donc ces 2 titres, très métronomique, sobre, assurant l’assise et laissant tout le reste s’exprimer. Même jeu même intention, même sensation même vibration. Le style de chacun des auteurs transparaît pourtant : Solo d’harmonica pour l’un, solo de guitare à la Wilco pour l’autre.
A leur écoute, le matin, pour l’apéro, en voiture, le printemps, l’hiver au coin du feu, on se surprend à chanter ou juste simplement hocher de la tête. Cinématographiques et mélancoliques, ces 2 chansons nous enveloppent et nous emmènent loin. Chansons passe-partout, tout le temps, simples et toujours diablement efficaces.
« Out on the Weekend » ouvre le mythique album Harvest de 1972 du Loner. C’est juste magistral. Ça sent bon les 70’s, l’Amérique des grands espaces qu’on traverse « en pick-up », la musique qu’elle a fait naitre, et un de ses corollaires : sa contre-culture.
Tout est là. C’est un peu la matrice originelle. Je n’ai rien trouvé chez Neil Young dans ce style de plus ancien (faudrait chercher chez Dylan !). En 1970, sur l’album After The Gold Rush, « Cripple Creek Ferry », très court (1mn34 !) reprend ce pattern. Mais c’est vraiment avec « Out on the Weekend » qu’il prend tout son sens et devient peut-être l’un des grooves minimalistes le plus célèbre du genre.
Avec « This Is How It Ends », Jeff Tweedy reprend l’histoire 53 ans plus tard dans le même genre musical, le même thème (la rupture amoureuse), et avec son texte l’achève, c’est-à-dire la mène à terme de manière accomplie, comme une boucle parfaitement bouclée : Un jeune homme solitaire triste de sa séparation prend la route vers L.A. pour passer à autre chose, sortir le week-end, mais cette fille reste dans sa tête…/… lorsque tout en haut de la grande roue, elle lui dit on peut rester amis, il lui répond
on ne l’a jamais été, alors ferme les yeux, compte jusqu’à 10, c’est comme ça que ça se termine… Poum- poum tchack et pas Poum-poum pidou…Certains l’aiment froid ?
https://pennyarcade.bandcamp.com/merch
Photo (c) Yvan Ros/ Dark Globe

Mélomane musicien, boulimique insatiable de mélodies et d’harmonies et de découvertes sonores parce que la musique c’est du bruit qui pense.