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Disques

Fontaine DC / Dopamine Chamber

Voici déjà le cinquième album des Fontaines DC depuis 2019 (et 6ème enregistrement si on tient compte de l’album solo du chanteur Grian Chatten,  Chaos For The Fly en 2023), alors qu’on a à peine fait le tour du puissant  Romance , sorti en 2024. Très productifs, sans que leur travail ne soit jamais un acte précipité, poussé par la pression de l’industrie musicale, les irlandais restent aussi farouchement indépendants qu’à leurs débuts. Je concède aisément que l’énergie punk rock de 2018 est désormais bien loin (réécoutez le single « Too Real » pour mémoire…), mais les Fontaines DC ne s’affadissent pas à mesure que leur succès grimpe et s’internationalise. Leur talent consiste aussi à surprendre, on peut le vérifier à chaque nouvelle sortie.

Dopamine Chamber  confirme ce constat. L’album dévoile une liste de titres plus poignants les uns que les autres, toujours enveloppés dans le profond parlé/chanté de Grian et les trouvailles musicales de ses acolytes. Toujours réalisé et mixé par l’incontournable James Ford qui sait y faire en matière de production (Blur, Geese, Arctic Monkeys, Black Country New Road, Pulp…), cet album , à l’ambiance plus sombre que  Romance , s’apparente plutôt au précédent de 2022, Skinty Fia , tout en évoluant vers un autre champ créatif.

« Six Shot Morning » , sépulcral, ouvre l’album , son tempo lent orné d’une basse lourde en faisant un titre idéal pour pénétrer l’univers torturé et la voix caverneuse de Grian Chatten. Plus lumineux, le single « Marianne » nous séduit immédiatement par sa mélodie imparable, résumant l’art des Fontaines DC pour la composition des hymnes de haute volée sans pour autant sacrifier leur ADN . Ce qu’on entend ici est l’équilibre parfait entre emphase et sobriété. Peu de groupes y arrivent… « Mimesis », qui poursuit dans la veine pop, balance un clin d’œil appuyé à la new wave et nous invite à la danse, malgré son texte tout aussi sombre. Question : est-ce un nouveau chapitre musical qui s’ouvre ?

Si « Happy For You » n’a d’optimiste que son titre, « Demolition », plus rythmé, est percussif. Suit le second single « Tongue », qui, fait de rap/rock avec jaillissements électroniques, montre que les 5 irlandais aiment à pimenter leur recette musicale. Surprenant mais je valide. « One Man » et ses 2/3 de ballade tranquille et 1/3 de refrain entrainant, précède « Where Is Gone ? » et je m’arrêterai sur ce titre…

« Where Is Gone ? » est clairement le sommet du disque, la bande son d’un court métrage de plus de 5 minutes, sur un tempo de nouveau lent. Et en invitée d’honneur, le featuring de la chanteuse Rosalia. Son timbre de voix colle à la perfection à l’univers du titre. Il rompt l’uniformité du chant de Grian Chatten, tout en le mettant en valeur. Une réussite vocale. Ce duo, improbable sur le papier, fonctionne ici, démontrant, s’il était encore besoin, que les Fontaines DC ont encore gagné en notoriété.

« You Miss Me » fond ensuite une pop plus classique dans des ornements classieux. Son refrain fait penser à du Neil Hannon, ce qui montre la palette musicale du groupe. « Japan » confirme l’aptitude des Fontaines D.C pour créer des mélodies pop catchy (on peut y danser, au ralenti cette fois).  L’album se clôt sur « Intimate », un titre répétitif, qui illustre à nouveau la face obscure qui domine Dopamine Chamber , et reboucle avec son point de départ…

Je reste sous le charme de ce groupe qui ne cesse d’étonner. Ce dernier opus accompagnerait idéalement un film noir ou pourrait se jouer avec un orchestre symphonique. Si le succès condamne de plus en plus le groupe à jouer dans des festivals gigantesques et des salles XXL, l’intimité de sa musique provoque toujours un grand plaisir, renouvelé à chaque écoute. Dans un monde numérique où le son se consomme à la chaine, revenir à écouter à l’ancienne tout un album, cela fait du bien. Et si des trouvailles électroniques s’invitent désormais dans leur cocktail rock en lui apportant une touche de plus, le tout demeure succulent. On tire son chapeau devant Conor Curley, Conor Deegan III, Tom Coll et Carlos O’ Connell et devant leur illustre chanteur, compositeur de textes qui décortique à l’infini les affres des relations humaines. L’album est à ce propos dédié à Trevor Dietz, leur mentor manager malheureusement décédé le 7 juin dernier, jusqu’alors considéré comme le 6ème membre du groupe.

Bien que le sujet soit probablement anecdotique, je goûte bien moins à leur univers visuel utilisé par le groupe, inauguré avec le précédent disque en 2024. Couleurs bleu/rouge criardes, typographie gothique peu lisible, abstraction d’un visage féminin. Cette fois, le visage ne pleure plus mais perd en lisibilité. Qu’a -t-on voulu exprimer ?

Etant sensible au rendu des visuels, j’aurais envie de crier : « Hang the graphic designer » ! Sans compter la difficulté pour déchiffrer les paroles reproduites en tout petits caractères, en bleu sur fond noir. Avec Romance , c’était du rouge sur fond noir. Les Fontaines DC, malgré leur succès, sont toujours plus sombres…

Mais vite, remettons plutôt le disque sur la platine, pour générer encore… une couche de dopamine !

https://fontainesdc.com/?srsltid=AU7gw4WcQZbBwicSuUQmJPthwZuxHoP31t3JVSUI4fVt1SHaPivhlr3o

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