Aujourd’hui sale temps à Cambridge (pléonasme), et si je faisais un peu de musique? Ça tombe bien : depuis hier, j’ai quelques accords que je fais tourner sur ma guitare et une idée de titre « The Great Unknown ».
Quand je suis à Cambridge, j’ai un matériel assez rudimentaire : un vieux PC, une carte son (Focusrite scarlett 2i2), un micro (AKG Perception 220), un casque fermé et une guitare nylon d’étude Yamaha premier prix.

Je commence par enregistrer sur mon DAW (Ableton Live) ma partie guitare au clic.
Comme je n’ai pas de clavier, je fais une piste de batterie et de basse rudimentaire à la souris et je rajoute quelques violons, pour donner un peu de complexité.
Maintenant que j’ai une base musicale, il me faut des paroles : j’ai juste une idée pour le refrain qui devra commencer par « Into the Great Unknown » et j’ai envie de parler de l’exil.
Ni une ni deux, je demande à Google :

Le résultat n’est vraiment pas terrible, les phrases sont trop longues, c’est pas musical, ça va être compliqué d’en faire quelque chose:
Verse 1
I packed my life into a single faded bag
Left the keys inside the door, watched the colors start to fade
The streets I used to walk are echoing with fear
And everything I ever loved is drowning in a tear
I didn’t choose to walk away, I didn’t want to run
But the shadows overtook the golden summer sun
Chorus
Oh,0 I am crossing over oceans, crossing over lines
Leaving all my history and better days behind
It’s a heavy weight to carry, a heart torn right in two
When everything you ever knew is slipping out of view
To start again from nothing, to build a brand new home
When your soul is still in exile, and your mind begins to roam
Etc …
Au final, je décide de réécrire un texte plus taillé pour la musique avec des phrases courtes et rythmiques :
Verse 1
I’ve packed my memories / in a heavy worn-out bag
Left the city where / my shadow used to drag
Verse 2
Behind the smoke, colors /start to fade and lag
As I take a final, heavy, / broken glance
Chorus
Into the great unknown, heartbeat in my chest
Into the great unknown, where sorrow comes at best
Verse 3
The borders close like / walls around my mind
It all tears me apart / this life I’ve left behind
Et voici le prompt que je donne à Suno (en plus de ma piste Audio et des paroles) :
« Create an electronic, energetic shoegaze guitar layer; voice singing depressive lyrics, drenched in
long reverbs; driving pulse with sustained vocal tails; synthesizer, drum machine, bass guitar, and massive blurred electric guitar ».
Suno me propose 4 versions pas si différentes que ça les unes des autres : j’opte pour la première version proposée, exporte les pistes et les réimporte dans mon DAW : il ne me reste plus qu’à refaire les prises de voix et voilà le résultat.

Alors quelles conclusions ? Eh bien c’est assez bluffant au premier abord: en moins de 2 heures, j’ai pu créer une chanson de A à Z (et même écrire cet article !) : le son est assez abouti avec des arrangements plutôt efficaces. Mais c’est aussi la limite du truc : toutes les versions générées par Suno reprenaient les mêmes idées. Il faut craindre que ça tourne assez vite en rond au niveau des arrangements à moins de partir sur des idées complètement différentes (une fanfare yougoslave, des Mariachi etc…).
Côté son, le résultat n’est pas mal mais a un caractère assez pompier avec un son stéréotypé genre grosse production FM américaine.
Et puis, Suno ne crée rien : ça n’est jamais très original: il ne fait que recycler des idées déjà enregistrées par d’autres artistes. Il faut aussi lui donner les idées de base, un texte valable … Bref ça n’est pas magique non plus… Au mieux cela
reste un outil sympa pour tester de nouvelles idées et faire des démos (qu’il faudra complètement réenregistrer avec de vrais musiciens pour en faire un morceau digne de ce nom avec des failles et de l’humanité).
Ce qui est certain, c’est qu’avec l’IA, il va devenir compliqué de savoir ce qui a été fait par des humains et ce qui a été produit par des machines : c’est peut-être une menace pour la musique enregistrée (qui voudrait écouter des machines ?) mais c’est sans doute une chance pour la musique live et les vrais musiciens qui savent jouer leur musique devant un vrai public !
Photos/Captures d’écran (c) Xavier Mathes / Dark Globe

Xavier Mathès est chanteur et multi-instrumentiste. Il partage sa vie entre Aix-en-Provence et Cambridge. Inconditionnel de British Pop, il est convaincu qu’une mélodie peut embellir le monde!